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Les Livres

Psychothérapie de Dieu, Boris Cyrulnik

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 19 Janvier 2018. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Editions Odile Jacob

Psychothérapie de Dieu, septembre 2017, 314 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Boris Cyrulnik Edition: Editions Odile Jacob

 

 

Dieu était en souffrance. L’homme devait prendre soin de Lui. Et l’appeler par son Nom. Pour cela, il a créé l’outil, il a pensé le mythe. L’ordre imaginaire. L’intersubjectivité. Or il a oublié son Nom.

L’idée de Dieu serait donc née de la nécessité de vivre ensemble, de cette obligation absolue à vivre. Vivre par soi et avec l’autre, vivre par son corps et avec sa mort. Tenir les hommes entre eux par une seule et même réponse. L’idée de Dieu serait donc née du désespoir, entre autres née de l’effroi, noire terreur ou immensité noire, lueurs tremblantes telles ces fusées déclenchées en cas de détresse. Inspirée de la subdivision parentale, elle serait alors le souvenir réactivé du paradis familial. Dieu à l’image de l’homme. Père, mère, l’homme son enfant. L’homme engagé à reproduire l’image, devenir père, devenir mère. Redevenir Dieu. Et rappeler à Lui la biologie de l’âme.

Dictionnaire des mots en trop, Collectif dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 19 Janvier 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Thierry Marchaisse

Dictionnaire des mots en trop, Collectif dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, novembre 2017, 195 pages, 16,90 € Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

Une pépite de plus, vraiment pas « en trop, chez Thierry Marchaisse, où décidément on trouve ce qu’on cherche vainement ailleurs…

Il y avait eu ce Dictionnaire des mots manquants, un pur régal qu’on a tous offert aux amis, en vrac, et aux amateurs d’écriture en particulier. Alors ce moment des « mots en trop » ne pouvait que mettre l’eau à la bouche. Eh bien, promesses bellement tenues ! un pur régal bis, rien d’une simple saison deux.

Emmenée par Belinda Cannone et Christian Doumet, la facétieuse petite bande – écrivains, enseignants, chercheurs de haut vol, dont on sent au fil des pages la jouissance et le plaisir d’appartenir à l’aventure – n’a cessé dans le premier temps de leur écrit de nous assurer – gens d’écriture et de lecture avant tout – « que considérer qu’il y a des mots en trop est un principe délétère », que « des mots, on en manquerait plutôt », mais que par contre, il est des mots donnés comme désuets, considérés comme inutiles, blessant trop, semant le malaise, dont la superficialité, l’effet de mode, le barbarisme d’usage, sont à l’évidence à proscrire.

Un Jardin de Sable, Earl Thompson

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Janvier 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Un Jardin de Sable (A Garden of Sand, 1970), janvier 2018, trad. américain, Jean-Charles Khalifa, 832 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Earl Thompson Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

 

Un gros et grand livre que nous offrent les excellentes éditions Monsieur Toussaint Louverture ! Une sorte de fleuve boueux et déchaîné, qui emporte tout sur son passage et en particulier ses lecteurs. La quatrième de couverture nous invite à évoquer les ombres de Steinbeck (on se demande bien pourquoi), de Fante (on comprend mieux mais…), de Bukowski enfin et là on peut être d’accord. Dans la puissance du style, la brutalité des scènes décrites, l’énormité des dialogues, on voit en effet une parenté littéraire avec le vieux Buk. Mais Thompson est beaucoup plus romancier, son récit est fascinant, dérangeant, terrifiant, touchant. S’il faut vraiment une parenté littéraire, Sébastien Lavy de la librairie Page & Plume à Limoges a pointé celle qui semble la plus pertinente, on pourrait invoquer Erskine Caldwell, avec ses personnages pouilleux, déjantés, dévorés par la pauvreté.

Séoul, visages d’une ville, essai-vidéo, Gina Kim

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 18 Janvier 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Voyages

Séoul, visages d’une ville, essai-vidéo, L’Atelier des cahiers, coll. Images, octobre 2017, trad. coréen Simon Kim, 128 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gina Kim

 

Retour à Séoul

Ce que nous connaissons ici en France de La Corée ce sont des marques de téléphonie, de voitures, un tube fantaisiste entendu un temps sur les ondes ou sur le Net, mais aussi depuis quelques mois la surenchère militaire du dictateur de Corée du Nord, et les réponses de Trump à ce jeu dangereux.

J’aime depuis longtemps le cinéma coréen, les mystères de sa langue et de son alphabet, le hangeul, les baguettes en métal, la saveur du kimchi. Je suis allée dans le quartier coréen de New-York et j’ai fait escale à l’aéroport international de Séoul. Je connais l’histoire violente du pays : la longue colonisation japonaise qui fit subir aux femmes tout particulièrement, entre autres atrocités, la prostitution, qui interdit la pratique de la langue nationale. La guerre civile, après le partage de la péninsule entre l’URSS au nord et les Etats-Unis au sud. Guerre sans paix signée encore aujourd’hui. Ajoutons à cela des dictatures…

Tina, Christian Laborde

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 17 Janvier 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Les éditions du Rocher

Tina, janvier 2018, 128 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Christian Laborde Edition: Les éditions du Rocher

 

« La nuit est un animal qui ne dort que d’un œil. Elle sent bien que cette sortie à moto est une fuite, qu’une peau est en jeu. La nuit prend soin de Tine, de ses cheveux. C’est elle qui règle l’intensité du vent, le maintient à distance du side-car. Le vent ne doit pas décoiffer Tine ».

Tina fuit, elle fuit la fureur des hommes, la vengeance des vauriens de Vissos, le charivari, elle ne laissera pas ces résistants lui voler sa longue chevelure flamboyante, elle refuse les crachats, les insultes, et l’infamie. Alors, elle fuit, elle fuit dans la nuit occitane avec l’aide de Gustin, fidèle et silencieux, elle fuit vers la ville, vers Toulouse où personne ne la connaît, pour se cacher chez les Sœurs de la rue des Trois-Fontaines. Elle a une mémoire affutée Tina, comme son regard, elle ne plie pas, elle s’ouvre au monde, comme elle ouvrait ses bras à son amant Karl, l’officier allemand qui lui offrait en retour des vers de Verlaine, d’Hugo, de Musset, d’Apollinaire : « En admirant la neige semblable aux femmes nues ».