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Les Livres

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset, La rentrée littéraire

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, août 2019, 290 pages, 19 € . Ecrivain(s): Laure Limongi Edition: Grasset

 

Laure Limongi a publié une dizaine de livres entre fiction, essai ou poésie, parfois écrits en collaboration avec des graphistes, et ce n’est que récemment quelle a commencé à sonder la veine autobiographique dans Anomalie des zones profondes du cerveau (Grasset, 2015), tout en dépassant largement l’autofiction. Et elle continue avec On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, un dernier roman semblant lui s’inscrire dans une quête identitaire.

Née à l’époque de la création du FLNC dans une Corse en proie au romantisme révolutionnaire qui la bercera ensuite de ses « nuits bleues », l’auteure quitta dramatiquement son île natale suite à la mort de sa mère il y a plus de vingt ans. « Ame perdue » ayant désormais du mal à trouver sa place, l’exilée se décide enfin à entreprendre le voyage vers l’abîme de ces « limbes corses », à la recherche de « cette histoire tatouée en signes incompréhensibles » dans sa chair. A la recherche des secrets ayant plombé son enfance et sans doute du trésor d’un héritage, d’une appartenance, dans un roman familial creusant la matière-même qui l’a construite et l’a faite écrivaine. Une matière lourde de silences, de non-dits et de tabous…

Le Ciel sous nos pas, Leila Bahsaïn (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Albin Michel

Le Ciel sous nos pas, Leila Bahsaïn, Albin Michel, janvier 2019, 240 pages, 17 € . Ecrivain(s): Leila Bahsaïn Edition: Albin Michel

 

Faire du ciel une terre

Quelque part au Maroc, la jeune fille-narratrice vit avec sa sœur Tifa et sa mère officielle qui travaille dans le commerce de la contrebande (femme-mulet). La narratrice passe son temps sur son perchoir à observer la place de la Dame Libre et à rêver. Plus elle grandit, plus ses rêves grandissent. Adolescente, elle découvre son corps, l’amour, et les chemins de la liberté. Elle avance doucement vers ses rêves. Pour elle tout se paye, il ne suffit pas d’observer. Elle agit sans compter le regard des autres.

Commence ensuite la solitude. Son amie Kenza meurt dans un accident. Sa sœur Tifa est mariée à un émigré et vivra ailleurs, en France. La mère officielle décède. La jeune fille prépare ainsi son départ vers le nombril du monde, de l’autre côté de la petite mer pour rejoindre Tifa. Celle-ci vient de divorcer et d’épouser un intégriste qui rêve de tuer l’Occident mécréant.

La Vie en chantier, Pete Fromm (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, La rentrée littéraire

La Vie en chantier, Pete Fromm, Gallmeister, septembre 2019, trad. américain Juliane Nivelt, 381 pages, 23,60 €

 

Une comédie musicale comme savent les faire les Américains ! Voilà à quoi ce livre m’a fait penser.

Vous connaissez comme moi la recette : une histoire à l’eau de rose ; des personnages bien lissés et pétris de bons sentiments ; vous ajoutez des voix superbes ; de beaux costumes ; des décors à vous en mettre plein la vue ; une chorégraphie calée au poil ; des jeux de claquettes époustouflants ; une synchronisation parfaite. Au final, on se régale et on applaudit à tout rompre.

Eh bien, c’est un peu ça, ce livre. Il y a tout au départ pour faire un navet, et Pete Fromm, je ne sais comment (son talent doit y être pour quelque chose), nous tient d’un bout à l’autre. La Vie en chantier pourrait tenir le haut de l’affiche à Broadway.

J’entends les critiques :

Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Élie Faure évoque dans L’homme et la danse le « tourbillon de flammes dansantes, qui tout d’un coup s’éteignent pour se figer en lisse et dense fût de bronze, bronze brûlant encore de ces flammes qui l’ont fondu ». La passion sont les flammes qui ont fondu chaque phrase de cette lettre d’une inconnue, encore brûlante à la lecture.

Grâce à Zweig, les mots de cette lettre – inépuisable, telle une vie non retenue dans son envol, tel un fleuve qui se sait fleuve – deviennent ainsi comme la ligne de crête d’un amour. Inépuisable comme l’est toute confession qui s’offre sans chercher à être la première mesure d’une symphonie à construire en tandem (car à deux, l’on peut retrouver tous les instruments d’un orchestre, tous les timbres). Comme l’est toute confession qui ne se donne que pour ce qu’elle est – une confession –, et non pour ce qu’elle n’est pas : un espoir, une supplique, voire une appréhension. Pur don ici. Qui bouleverse :

L’Histoire d’un roman, Thomas Wolfe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

L’Histoire d’un roman, éd. Sillage, 2016, trad. américain Matthieu Gouet, 65 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Thomas Wolfe

 

Ce petit livre est une incroyable fournaise, celle qui brûle le cerveau, le corps, l’âme d’un écrivain enfoncé jusqu’au fond de l’Enfer dans sa création. La phrase que vous venez de lire n’est pas seulement une métaphore ; les feux de l’écriture ont réellement consumé Thomas Wolfe, mort à 38 ans de « tuberculose méningée », après 8 années d’une production folle de plusieurs millions de lignes d’écriture, dont ses deux éditeurs successifs, Maxwell Perkins et Edward Aswell, tirèrent 4 romans somptueux et quelques nouvelles.

Wolfe raconte l’incroyable aventure de son destin d’écrivain, à travers une sorte de « making of » de son premier roman* qui nous emmène dans le tourbillon de sa folie d’écriture. Car nous sommes au-delà de l’artisan/écrivain, celui dont se réclament bon nombre d’auteurs, y compris les plus prestigieux, comme Faulkner ou Flaubert. Non, nous touchons là à une forme délirante de scriptomanie. Tout – corps et âme – cesse d’être pour ne laisser place qu’à un déferlement, une cataracte impétueuse que rien – seule la mort – ne peut arrêter ou modérer. Toute vie, tout appétit, tout sommeil, sont suspendus à la création écrite.