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Les Livres

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 05 Juillet 2019. , dans Les Livres, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Arts, Zoe, Cette semaine

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, mai 2019, trad. allemand Marion Graf, Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes, 220 pages, 21 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Zoe

« Devant la musique je n’éprouve jamais qu’un seul sentiment : je manque de quelque chose. Je ne comprendrai jamais la raison de cette douce tristesse et je n’essayerai jamais non plus de la comprendre (…) Quelque chose me manque quand je n’entends pas de musique, et quand j’en entends le manque est encore plus grand. Voilà ce que je peux dire de mieux sur la musique ».

Dans ce texte daté de 1902, Robert Walser précise qu’il ne pratique aucun instrument : « Je ne trouverai jamais cela assez enivrant ni assez doux de faire de la musique ». Pour examiner l’œuvre de Walser dans sa composante musicale, Roman Brotbeck et Reto Sorg n’ont donc pas manqué d’audace en sélectionnant, rassemblant et présentant chronologiquement soixante courts textes de l’écrivain publiés entre 1899 et 1933, dont trente-et-un sont inédits en français. Mais avec Walser les audaces sont les bienvenues et ses lecteurs savent à quel point cette écriture désinvolte et primesautière se laisse décrire comme une « petite musique » requérant une écoute attentive : « Écoutez encore, patients lecteurs, s’il vous reste une oreille, car à présent différents personnages se préparent à vous présenter leurs très humbles respects ».

Alfred Jarry, Une vie pataphysique, Alastair Brotchie (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 05 Juillet 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Alfred Jarry, Une vie pataphysique, Alastair Brotchie, Les presses du réel, janvier 2019, trad. anglais Gilles Firmin, 528 pages, 42 €

 

« Ubu, c’est-à-dire tout ce dont je n’ai pas réussi à parler », reconnaît Patrick Besnier dans sa première biographie de Jarry parue chez Plon, « ou tout ce dont j’ai réussi à ne pas parler : la merdre, la merde, la Phynance et les oneilles, cornegidouille, etc. La gloire d’Alfred Jarry en un mot, Jarry tel qu’il est parce que tel il a voulu se montrer ».

Alastair Brotchie prend le cheminement exactement inverse, faisant d’Ubu le centre de sa biographie. Ce qui est logique eu égard à la conception qu’a le critique de l’œuvre de Jarry, partant du principe qu’elle se divise en deux périodes : « avant et après Ubu roi ».

La promotion que fit Jarry d’Ubu roi fut, remarque Alastair Brotchie, « à la fois géniale et remarquablement menée. Trois ans à peine après avoir débarqué à Paris comme n’importe quel petit provincial, son Père Ubu y occupait la scène de l’un des théâtres les plus en vue de la capitale des lettres et des arts ». Et il est vrai, comme le remarque Patrick Besnier, que Jarry « imposa [Ubu roi] sur la scène du théâtre de l’Œuvre, déréglant l’ordre et le cérémonial de l’art ».

à propos du catalogue d’exposition Le Monde en tête (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 05 Juillet 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Arts

Le Monde en tête, Le Seuil, Musée des Confluences, Lyon, juin 2019, 312 pages, 42 €

Couvre-chefs Initiation et fantaisie

Le mécène, collectionneur, Antoine de Galbert, fondateur de la Maison rouge à Paris en 2004, a choisi de léguer en 2017 plus de cinq cents coiffes du monde entier au musée des Confluences de Lyon. Le Monde en tête, ouvrage imposant, de belle confection, constitue le catalogue raisonné de la donation d’Antoine de Galbert, présentée au musée lors d’une exposition qui durera du 6 juin 2019 au 15 mars 2020. Des écrits d’anthropologues et d’ethnologues fournissent des explications documentées accompagnées de photographies très réussies de ces couvre-chefs fantaisistes et énigmatiques. Tout d’abord, n’oublions pas que la coiffe possède une histoire ancienne. La « couverture de tête » (Richelet, 1680) se lisait comme signe indiciel, car personne ne sortait en Europe sans couvre-chefs. Femmes et hommes étaient chapeautés jusque dans les années 60, à la ville et à la campagne. L’on se découvrait devant les instances de pouvoir (religieuses, seigneuriales, patronales), par allégeance, humilité. L’homme soulevait son chapeau pour saluer les femmes. Les femmes en « cheveux » étaient des ouvrières ou des femmes perdues, les individus sans chapeaux, des indigents.

Au Pays des choses dernières, Paul Auster (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Juillet 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Babel (Actes Sud), Cette semaine

Au Pays des choses dernières (In The Country Of Last Things), trad. américain Patrick Ferragut, 267 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Babel (Actes Sud)

 

Où est Anna Blume ? Elle a assurément quitté ses pénates pour aller se perdre – à jamais ? – dans une ville effrayante, lieu des plus grands désordres qu’elle ait jamais connus, un quelque part de terreur, de douleur et de misère. L’épigraphe du roman, signée Nathaniel Hawthorne, est seule à donner nom à cette ville sans nom.

 

« Il n’y a pas si longtemps, ayant fran-

chi les portes du rêve, j’ai visité cette

Région de la terre où se trouve la

Célèbre Cité de la Destruction ».

Le Singe sous la montagne, Aodren Buart (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 04 Juillet 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, Phébus

Le Singe sous la montagne, mars 2019, 128 pages, 13 € . Ecrivain(s): Aodren Buart Edition: Phébus

 

Nous ressentons à travers ce conte très directement inspiré d’un grand classique chinois : la deuxième partie de la très populaire légende du Roi Singe, l’attrait qu’a exercé la culture ancienne chinoise sur l’auteur lors de son voyage en solo en Chine. Cette quête l’aura poussé vers l’Est, mais donc ici, comme dans la seconde partie de la légende du Roi Singe – le Voyage vers l’Occident –, c’est vers l’Ouest que le moine Sanzang est envoyé par l’Empereur pour aller chercher au-delà de bien des montagnes et sur des chemins parfois dangereux les sutras du Bouddha. « La route, jusqu’au Grand Bouddha de l’Ouest, ne sera pas un simple sentier battu menant sereinement aux confins du monde. Et si je l’ai pensé, c’est par stupidité ou candeur ». L’Ouest étant, dans la légende originelle, l’Inde. On reconnaîtra donc dans ce texte divers éléments du Bouddhisme qui figurent dans la légende, mais aussi des références à la poésie et la peinture traditionnelle chinoises taoïstes, si bien que l’on a parfois la sensation de traverser des tableaux.