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Les Livres

Triste Boomer, Isabelle Flaten (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 26 Octobre 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Triste Boomer, Isabelle Flaten, éd. Le Nouvel Attila, janvier 2022, 200 pages, 18 €

 

Isabelle Flaten nous présente dans son nouveau roman, Triste Boomer, publié en janvier 2022 aux éditions Le Nouvel Attila, sous forme d’une parabole, une vision féroce et ironique du monde contemporain. Pour cela, elle invente une forme surprenante d’écriture. Elle délègue à des objets inanimés le rôle de doublure comme dans un film en langue étrangère. L’auteur pourrait reprendre à son compte cette question qu’énonce Alphonse de Lamartine à la fin du poème Milly terre natale :

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

Ces deux voix vont conduire le lecteur dans une aventure qui débute à un moment précis de la vie des deux personnages essentiels et qui va dérouler, au fil des pages, toute leur histoire. Celui-ci entre donc dans la narration de biais comme dans une fable insolite. Les personnages ne prennent la parole en leur nom propre qu’à de rares moments lors d’événements d’une importance exceptionnelle.

Mon oncle le jaguar & autres histoires, João Guimarães Rosa (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 25 Octobre 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, En Vitrine, Cette semaine

Mon oncle le jaguar & autres histoires, João Guimarães Rosa, éditions Chandeigne, 2016, trad. Portugais (Brésil) Mathieu Dosse, 432 p. 22€

 

Ce recueil de nouvelles (Histoires ? Contes ?) constitue un univers à part, tant dans l’œuvre du grand Guimarães Rosa que dans la littérature. Les situations, les scènes, les personnages, les histoires (il y en a neuf) nous mènent au cœur d’un dépaysement absolu, d’un monde stupéfiant, d’une langue propre à l’auteur où les mots sont recomposés souvent, créés de toutes pièces parfois, toujours lumineux cependant dans leur justesse sémantique. Ces neuf contes construisent un univers où les hommes sont au plus près de la Création, en osmose parfaite avec la nature et les animaux, comme dans une sorte de genèse biblique où le vivant forme un tout, indissociable et solidaire.

Bon nombre de ces histoires ont pour héros véritables des animaux. Féroces, domestiques, ennemis, amis, créatures monstrueuses ou fidèles compagnons, tous s’inscrivent dans un lien serré avec les hommes.

Il faut peu de mots, Martine Rouhart (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Mardi, 25 Octobre 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Editions du Cygne

Il faut peu de mots, Martine Rouhart, Éditions Du Cygne, août 2022, 52 pages, 10 € . Ecrivain(s): Martine Rouhart Edition: Editions du Cygne

 

Dans ce très beau recueil, Martine Rouhart partage son amour des mots, ces mots qui l’accompagnent dès les premières lueurs du jour, ce « peu de mots » qu’elle réveille pour « combler l’heure vide d’avant l’aube ». Dans un style sobre et épuré, au fil des mots, elle trace un chemin de « solitude heureuse jusqu’à la mer », comme si la mer était le lieu ultime de l’épanouissement de l’être après avoir traversé, grâce à la poésie, ces « mondes endormis », enfouis au fond de l’inconscient. Les mots sont en quelque sorte des clés qui ouvrent les portes du mystère.

Et c’est « de toute son âme » que l’auteure « chante » sa façon si belle et si particulière « d’être au monde », son rapport esthétique à l’éphémère : « en marchant / j’écris des mots /sur les nuages / tant mieux / si leur trace s’efface / avec le vent ». Cette conception de l’existence n’est pas sans rappeler l’âme de la poésie asiatique de Wang Wei, pour le goût de la concision, pour le rapport à la nature et au temps. Martine Rouhart livre avec générosité et humilité des « fragments » d’elle-même, de cette poète qu’elle est devenue, de cette part d’elle qui lui « échappe » aussi.

Confrontations, François Amanecer (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 24 Octobre 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Confrontations, François Amanecer, éditions de Corlevour, Revue NUNC, mai 2022, 192 pages, 19 €

 

Profession de foi

Dans le dernier livre de François Amanecer, Confrontations – dédié à Jean-Pierre Jossua, écrivain et théologien dominicain français (1930-2021) –, déclare que, concernant Le Poète, « sa très haute fonction est d’aboucher l’homme au cosmos », étant « passeur entre les mondes ». L’ouvrage soulève la question de la création – un phénomène, un « en-soi » ou un dédoublement, ou bien une schize, une coupure. François Amanecer analyse la partie sombre ou lumineuse de la psyché de différents auteur.e.s et le fait de « se confronter à la déité ». Il articule sa réflexion entre deux axes : « athéisme et foi », et spécifiquement sur « la plausibilité d’une intervention divine » et ce, à travers les professions de foi littéraires, visuelles et spirituelles de seize figures – dont seulement trois femmes, mais non des moindres…

Les Hommes tissent le chemin, Bernard Grasset, éditions Soc & foc (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 24 Octobre 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Les Hommes tissent le chemin, Bernard Grasset, éditions Soc & foc, peintures de Jean Kerinvel, 2014, 12 €

 

Le voyage des signes

L’ouvrage encore assez récent que signent Bernard Gresset et Jean Kerinvel, est bâti sur une collaboration de deux formes artistiques : l’écrit et l’art plastique. Ici, les deux auteurs sont à égalité, le poème suggérant le texte, et la peinture produisant le récit de l’écriture. Tous deux représentent des expressions capables de faire croître l’homme, de nous autoriser à revenir à une relation spirituelle tout autant par le voyage, sorte de bulle immobile, que par l’action de l’art. Relation à la contemplation, celle de la nature, de l’art, penchant sur le besoin d’agrandissement de notre habitation humaine. Car l’être humain ne finit pas, toujours pris entre les deux tangentes de la matière et de l’esprit, du corps et de la pensée. L’être, son ontologie, dépassent le cadre narcissique d’un Je susceptible d’être aimé pour lui-même, mais un Je qui questionne le Je, le Je-suis-je de Parménide.