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Les Livres

Piranhas, Roberto Saviano (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, Cette semaine

Piranhas, octobre 2018, trad. italien Vincent Raynaud, 368 pages, 22 € . Ecrivain(s): Roberto Saviano Edition: Gallimard

 

Le titre original, sans doute plus complexe et évocateur, La Paranza dei Bambini, évoque tout à la fois un terme de pêche, puisque la « paranza » est cette pinasse ou embarcation de pêche, dite aussi balancelle, un vocable culinaire, le fruit de la paranza, et aussi le symbole d’un groupe qui tire sens et profit de l’ensemble de ses membres. Les enfants ou adolescents du livre forment, il est vrai, proche de la « mer qui baigne Naples » comme dirait Ortese, un réseau mafieux avec scooters, armes, planque, codes, chef, tabous et interdits, sang de frères partagé, etc.

Quand de jeunes recrues napolitaines se mettent à mimer les parrains de la camorra, comme les séquences époustouflantes de Gomorra dans Scampia (un des quartiers du nord de Naples, proche de Secondigliano) ont pu nous le montrer dès 2006, entre les mains d’adultes. Ici, fléchissement notable, c’est du côté des très jeunes que les méfaits se passent, dans une extrême violence aussi.

Bleu Calypso, Charles Aubert (par Marc Ossorguine)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Slatkine

Bleu Calypso, janvier 2019, 320 pages, 20 € . Ecrivain(s): Charles Aubert Edition: Slatkine

 

Attention, Bleu Calypso est un leurre ! Un leurre destiné à la pêche et que fabrique le narrateur, Niels Hogan. Dans le récit, ce leurre s’avère particulièrement efficace pour attraper les loups qui s’aventurent dans les étangs. Pour ceux qui ne vivent pas sur les côtes de la Méditerranée, précisons que les loups sont bien des poissons, connus sur d’autres rivages sous le nom de bar.

Ayant fui les tracasseries et la folie d’une grande ville (peu importe laquelle, elles se valent toutes plus ou moins), Niels s’est réfugié dans une cabane sur les bords d’un des étangs qui étendent leur miroir entre Sète et le sud de Montpellier. Il a coupé les ponts avec sa vie d’avant et fabrique des leurres très prisés des pêcheurs. Pas de n’importe quels pêcheurs. De ceux qui choisissent de toujours relâcher leur prise et qui aiment autant l’efficacité de cette chasse aquatique que la beauté du geste ou de la stratégie.

Sollers en peinture, Olivier Rachet (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Tinbad

Sollers en peinture, mars 2019, 220 pages, 21 € . Ecrivain(s): Olivier Rachet Edition: Tinbad

Olivier Rachet : « dialogue » avec Sollers.

Olivier Rachet donne au Sollers, critique d’art, esthète, écrivain (forcément) et homme de « goût » (mot clé pour le sujet et pour l’auteur de Paradis lui-même), le premier essai consacré à la peinture dans son œuvre.

L’analyste ne s’est pas contenté des multiples articles en revue (les siennes, Tel Quel, L’infini, ou celles des autres, et dans la presse dont Le Monde entre autres) : il s’est frotté tout autant aux textes de « fiction » dans un texte où tout est dit des partis-pris jouissifs comme des « crucifixions » de Sollers qui au besoin pourrait se déguiser en soldat roman face à certains crétins.

Par ailleurs, il propose parfois une forme de dialogue à la fois critique et autocritique dans lequel il s’amuse. L’auteur et son modèle s’interpellent : page 184, par exemple, l’un reproche à l’autre d’être allé « baiser la mule du pape Jean-Paul II ». Et l’accusé de répondre de manière apocryphe : « que l’on puisse sortir indemne de l’enfer et de la damnation en rayonnant en peinture, vous agacez terriblement ».

Vathek, William Beckford (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Libretto

Vathek, William Beckford (1760-1844), Libretto, postface Stéphane Mallarmé, 144 pages, 7,70 €

 

Est publiée probablement au début du mois de décembre 1786, chez Isaac Hignou, à Lausanne, la première édition française de Vathek ; cinq cents exemplaires sont imprimés. Paraît à Paris, chez le libraire Poinçot, en juin 1787, une deuxième édition ; le roman est alors sous-titré : Conte arabe. « [C]onte arabe qui scelle l’alliance du cauchemar gothique et du rêve oriental », résume Jean Raimond dans La Littérature anglaise (PUF, coll. Que sais-je ? 1986, p.55). Conte – écrirons-nous – qui est la cérémonie, fastueuse, précisément démesurée, au cours de laquelle est célébré le mariage du jour et de la nuit.

Le jour : « On descendit pourtant heureusement dans la vallée par de grands escaliers que l’émir avait fait pratiquer dans le roc ; et déjà on commençait à entendre le murmure des ruisseaux et le frémissement des feuilles. Le cortège enfila bientôt un sentier bordé d’arbustes fleuris, qui aboutissait à un grand bois de palmier, dont les branches ombrageaient un vaste bâtiment de pierre de taille. Cet édifice était couronné de neuf dômes, et orné d’autant de portails de bronze, sur lesquels les mots suivants étaient gravés en émail :

Mystères, Knut Hamsun (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 02 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Le Livre de Poche

Mystères, trad. Ingunn Galtier, Alain-Pierre Guilhon, 26,30 € . Ecrivain(s): Knut Hamsun Edition: Le Livre de Poche

 

En 1892, deux ans après Faim, Knut Hamsun (1859-1952) publie Mystères, roman reposant derechef sur l’épaisseur, la complexité et l’extravagance du personnage principal. À cette nuance près que le héros ne crève pas la dalle et qu’il jouit cette fois-ci d’une certaine aisance financière. À la manière d’un justicier, sans passé ni famille, Nagel débarque dans une bourgade norvégienne congelée dans les conventions. L’excentricité, l’imprévisibilité et l’éloquence de Nagel fascinent et désarçonnent le petit groupe de personnes qu’il se met à fréquenter. Oscillant entre un sentimentalisme sincère et un machiavélisme cynique, entre une sensibilité aiguë et un nihilisme éhonté, il intrigue et sème le doute dans l’esprit des habitants. Avouant ses désirs les plus secrets puis pratiquant l’élucubration mythomane, il souffle le chaud et le froid. Tour à tour lyrique puis taciturne, euphorique puis abattu, généreux puis mystificateur, audacieux puis maladroit, Nagel est un puits de contradictions, l’homme énigmatique par excellence : « Quel intérêt y a-t-il donc, même concrètement, à enlever toute poésie, tout rêve, tout mystère, toute beauté, tout mensonge à la vie ? ».