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Les Livres

Ainsi parlait, Léonard de Vinci (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 15 Avril 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Arfuyen

Ainsi parlait, Léonard de Vinci, Arfuyen, janvier 2019, trad. Louis Gehres, 172 pages, 14 €

 

Forces et formes de la connaissance

L’initiative de Gérard Pfister, directeur des éditions Arfuyen, de créer une collection capable de faire état, dans une synthèse du travail littéraire, d’un auteur important, joue son rôle ici pleinement. Les textes du célèbre peintre de la Renaissance, qui sont tirés de quelques 13000 pages où dessins, manuscrits, plans d’ingénieur ou d’architecte se côtoient à l’aventure, donnent un aperçu synoptique de l’univers intellectuel et artistique du créateur de La Joconde. Il en découle que le monde de Vinci est celui de la connaissance, offrant dans ses tentatives d’approche un univers stimulant, connaissance au sens strict et fort du terme. Du reste, le Quattrocento est déjà en lui-même un grand passage, le climax de la connaissance humaine, autant pour les arts que pour la science, voire la technique. De cela, Vinci se fait le miroir, interroge la mémoire, l’art, la vérité, le mensonge, la nature, la science, tout ce qui peut découler de la force de l’entendement.

Les Hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra (par Christian Massé)

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 15 Avril 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Les Hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra, Pocket, 2010, 148 pages, 5,95 €

On entre dans un soupirail de l’enfer. C’est un nid d’hirondelles encagoulées, sous un vol de talibans. « Tout paraît embrasé, fossilisé, foudroyé par un sortilège innommable. Le racloir de l’éclosion gratte, désincruste, débourre, pave le sol nécrotique. Kaboul : une ville de décomposition avancée » (p.7).

Des silhouettes humaines fantomatiques rasent les murs, sauf celles des miliciens cravachés et des miliciennes engrillagées. Les mendiants, nombreux, ont des yeux chassieux. On assiste tout de suite à la lapidation d’une prostituée. C’est une festivité publique, obligatoire comme les prêches des éléphantesques mollahs. Entrer dans le roman de Yasmina Khadra, c’est succomber au vertige de l’horreur et du pire.

Atiq est geôlier à la prison forteresse de Pul-e-Charkhi. Il doute des mollahs. « Quand on passe ses nuits à veiller des condamnés à mort et ses jours à les livrer au bourreau, on n’attend plus grand-chose du temps vacant » (p.18). Son épouse, Mussarat, est gravement malade. C’est la Volonté de Dieu : il est en droit de la jeter à la rue où la parole et le rire sont interdits. La menace est permanente : « les gens ont du mal à cohabiter avec leur propre ombre. La peur est devenue la plus efficace des vigilances » (p.27). Elle perturbe les équilibres conjugaux, dégradés par la guerre contre les Soviets qui n’ont laissé que la haine après leur capitulation en Afghanistan.

Les 250 livres préférés du Club de La Cause Littéraire (des places 32 à 58)

Ecrit par La Rédaction , le Vendredi, 12 Avril 2019. , dans Les Livres, La Une Livres

 

La Cause Littéraire anime un Club sur le réseau social FaceBook. Lors d’une « votation » littéraire récente, les membres de ce club dont les noms sont en bas de cette page ont désigné les 250 livres qu’ils préfèrent. Nous vous les présentons, en ordre croissant (du 250ème au 1er) et par tranches de nombres de voix obtenues. Nous publierons 2 tranches par semaine, le mardi et le vendredi.

Nous espérons que cette sélection vous sera utile pour vos choix de livres.

 

Livres classés de la 32ème à la 58ème place :

Rendez-vous à Samarra, John O’Hara (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 12 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil), Cette semaine

Rendez-vous à Samarra, février 2019, trad. anglais (USA) Marcelle Sibon, 288 pages, 22 € . Ecrivain(s): John O’Hara Edition: L'Olivier (Seuil)

« Gibbsville était ennuyeux comme la pluie tout au long de l’année, mais […] tout le monde s’accordait pour dire qu’à Noël, c’était l’endroit le plus amusant qu’on pouvait trouver en province ».

Fin décembre 1930, à Gibbsville, Pennsylvanie, dans le très huppé et puritain milieu des notables de cette petite bourgade de l’Est des Etats-Unis, on fête Noël. En pleine réception, dans le fumoir du Country Club Lantenengro, Julian English, président de la Compagnie des automobiles Cadillac et marié à Caroline, jette le contenu de son verre de whisky-soda au visage de Harry Reilly, propriétaire de la même Compagnie.

Ce portrait d’une Amérique en pleine Dépression après la crise de 1929, figée dans ses conventions et en proie aux gansgters et bootleggers qui profitent de l’économie moribonde, raconte quelques jours de la petite vie provinciale de ses habitants : rapports entre les sexes, adultère, pessimisme, alcool et alcoolisme, relations à l’argent. Le roman a fait scandale à sa parution en 1934. Le titre, quelque peu énigmatique, provient d’une citation du célèbre romancier et nouvelliste William Somerset Maugham, qui s’énonce comme un conte oriental où la peur de la mort finit par précipiter vers elle un serviteur, de Bagdad à Samarra. Comme le serviteur de Bagdad, Julian s’est-il trompé de cible, de lieu de sa colère ? Que cache chez English cette violence qui se déploie quand il a bu ?

Gare à Lou !, Jean Teulé (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 12 Avril 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Gare à Lou !, Jean Teulé, Julliard, mars 2019, 182 pages, 19 €

Un dessin. Du noir et du blanc. Ça commence par un dessin. Un poisson. Une chambre d’enfant. Lou a douze ans.

Lou-Moaï Seigneur a une mère, une mère qui a un talent, Roberte fabrique des vasarbres en argile et rêve d’avoir son atelier de poterie.

Lou est toute puissante. Ce qu’elle désire se réalise.

Amusez-vous à la contrarier et vous serez engloutis sous cent quarante kilos de crottin.

La mère dort sur le canapé, dort dans le salon, le salon cuisine, fait ce qu’elle peut pour payer la pièce qui sert à tout, un deux-pièces pour elles deux. À payer en euros-yens. Lou a sa chambre, Lou voit le monde depuis son petit donjon. Elle vit Avenue du Bonheur, habite une tour appelée L’Immeuble de l’Incendie. Au deux-cent-soixante-treizième étage, appelé l’étage des indigents, sans majuscules. Écorche-cieux ou crève-yeux. Le conte n’a pas sa place ici. Entre réalité et magie, entrons plutôt chez Jean Teulé par les double-portes, les grincements comme autant de ricanements, en poussant des portes coupe-feu. Pour voir soudain se métamorphoser les papiers en fleurs, les larmes en mers, les cheveux en vagues. Voir toutes nos injures se matérialiser.