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Les Livres

Ninfa dolorosa, Essai sur la mémoire d’un geste, Georges Didi-Huberman (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 03 Septembre 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Ninfa dolorosa, Essai sur la mémoire d’un geste, Georges Didi-Huberman, Gallimard, coll. Art et Artistes, mars 2019, 352 pages, 81 ill., 29 €

« [N]ous avons […] regardé les informations télévisées. Nous avons vu […] [d]es images de feu et de sang, de guerres et de souffrances humaines », écrit Georges Didi-Huberman.

Derrière (à l’origine de) ces images de sang. De feu. De guerres. De souffrances humaines, il est des hommes et des femmes. Parfois des enfants (cf. le génocide des Tutsis au Rwanda). Qui se sont approprié ces mots de La Nouvelle Justine, sans avoir jamais lu Sade, sans avoir eu besoin d’une attelle pour donner à l’efflorescence de l’obscur tout son mouvement ou (c’est selon) toute son immédiateté (et alors tout son maintien, toute sa souplesse) : « [Q]uel besoin l’homme a-t-il de morale pour exister content sur la terre ? [Il n’y en a qu’une :] celle de se rendre heureux, n’importe aux dépens de qui ; celle de ne se rien refuser de tout ce qui peut augmenter notre bonheur ici-bas, fallût-il même, pour y réussir, troubler, détruire, absorber absolument celui des autres. La nature, qui nous fit naître seuls, ne nous commande nulle part de ménager notre prochain : si nous le faisons, c’est […] par égoïsme : nous ne nous nuisons point, de peur qu’on ne nous nuise ;

Le Bruit des tuiles, Thomas Giraud (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, La Contre Allée

Le Bruit des tuiles, août 2019, 300 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Thomas Giraud Edition: La Contre Allée

Thomas Giraud nous transporte au milieu du XIXe siècle, à une époque où de nombreux Européens s’embarquaient pour l’Amérique, attirés par la promesse d’espaces vierges où tout était à construire. Il raconte l’échec d’un grand projet d’expérimentation collective, d’une utopie fouriériste qui devait aboutir à la liberté et au bonheur. Un projet qui, selon son organisateur, ne pouvait que réussir. Car Victor Considerant, s’érigeant en « prophète », pensait non seulement avoir trouvé le lieu idéal dans la « Terre promise » du Texas mais avoir tout prévu, tout envisagé. Tenant compte des raisons des échecs de ses prédécesseurs qu’il prétendait avoir comprises, ce polytechnicien avait en effet préparé ce projet sur le papier avec méthode ; il avait anticipé chaque étape dans ses moindres détails.

Mais « l’Eden sauvage » que ces pionniers – « tous animés de principes égalitaires » à défaut d’avoir pour la plupart « jamais planté un haricot ou une salade de leur vie » ni « jamais monté un mur » – devaient transformer en « Eden harmonique » s’avéra vite un enfer. Car « tout semblait moins préparé sur place que dans ses architectures de papier ». Et sur ces terres infertiles plombées par un climat rigoureux aussi glacial en hiver que caniculaire en été, où s’abattent parfois par malchance des nuages de sauterelles, l’éphémère communauté de La Réunion fondée en 1855 à quelques kilomètres de Dallas périclita et disparut cinq ans plus tard.

Le Nuage et la valse, Ferdinand Peroutka (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, La Contre Allée

Le Nuage et la valse, avril 2019, trad. tchèque Hélène Belletto-Sussel, 573 pages, 25 € . Ecrivain(s): Ferdinand Peroutka Edition: La Contre Allée

 

Ce fut tout d’abord une pièce de théâtre jouée en 1947-1948, pièce écrite par Ferdinand Peroutka qui fut interné à Buchenwald par les nazis en raison de ses convictions démocratiques ; ce n’est qu’en 1976, alors exilé aux USA en raison du Coup de Prague, qu’il publie son texte sous la forme d’un roman.

La structure du texte donne une vision kaléidoscopique du nazisme, de la guerre jusqu’à la libération et les excès et autres « erreurs » commises alors. Ce n’est pas, en effet, une structure romanesque classique obéissant à une linéarité « confortable », mais plutôt un rhizome de personnages dont les trajectoires peuvent se recouper. Il y a malgré tout un fil conducteur cristallisé par une méprise liée à une homonymie. Un employé de banque est interné par erreur par les nazis, et ce personnage sera confronté à d’autres individus, des internés comme lui mais aussi des gardiens nazis.

Kahawa, Donald Westlake (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Rivages/noir

Kahawa, Donald Westlake, Rivages Noir, juin 2019, trad. anglais (USA) Jean-Patrick Manchette, 640 pages, 10,70 € . Ecrivain(s): Donald Westlake Edition: Rivages/noir

 

L’action de ce roman se déroule en 1977 en Afrique orientale. Il s’agit de détourner un train et sa cargaison de café, principale exportation du pays, d’une valeur de 36 millions de dollars. Ce hold-up est fomenté par un proche, conseiller blanc, d’Idi Amin Dada, le capitaine baron Chase. Ce dernier est associé à des Indo-Pakistanais, anciens habitants et commerçants d’Ouganda chassés par le régime du président sanguinaire, et vivant au Kenya. L’opération sera menée entre autres par deux mercenaires américains, anciens « bérets verts », Lew Brady et Frank Lanigan ainsi qu’Ellen la compagne de Lew.

Cette histoire abracadabrante, qui consiste à faire disparaître au nez et à la barbe de l’armée du président d’Ouganda son train de café, est totalement inventée même si un certain nombre de personnage sont réels, tel l’archevêque Janani Luwum. Elle est néanmoins une formidable illustration de l’état d’esprit qui régnait à cette époque-là dans ce pays et de l’humour de Westlake.

L’Arbre-Monde, Richard Powers (par Catherine Blanche)

Ecrit par Catherine Blanche , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

L’Arbre-Monde, Richard Powers, Cherche Midi, septembre 2018, trad. anglais (USA), Serge Chauvin, 550 pages, 22 €

 

Une symphonie à la gloire de l’arbre fondateur. Pour thème, la déforestation et ses méfaits : un sujet fait pour me plaire. J’attaque donc ce livre avec un a priori favorable. De belles heures en perspective.

Eh bien, non, à l’arrivée, je suis flouée.

Au tout début, il y a cependant de grands moments et des idées prometteuses comme celle du jeune châtaignier qui sera photographié chaque année au même endroit, à la même date et sur plusieurs générations, par la famille Hoel. Cet arbre qui deviendra « arbre sentinelle » […], phare unique d’une mer gonflée de grain ».

Alors, l’écriture est fluide et l’on rentre bien dans la première histoire de cette famille d’émigrés Norvégiens. On commence à s’y attacher et voilà qu’il faut s’en extraire pour un autre personnage, un autre contexte, et cela neuf fois de suite. Neuf personnages vont ainsi défiler, chacun associé à une essence d’arbre [1].

Pourquoi pas. Belle idée. Bien que j’aie eu l’impression chaque fois d’une cassure qui m’obligeait à repartir à zéro.