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Les Chroniques

Graffiti Palace, A.G. Lombardo, par Yann Suty

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 25 Juin 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Graffiti Palace, A.G. Lombardo, Seuil, mai 2018, trad. anglais (USA) Charles Recoursé, 400 pages, 22 €

 

La mythologie reste une source d’inspiration inépuisable pour nombre de romanciers, cinéastes ou scénaristes. Elle est si riche, elle semble avoir inventé toutes les situations possibles et imaginables que le rôle d’un créateur n’est plus que d’en donner son interprétation, en tentant de se la réapproprier avec plus ou moins de talent. Parfois, l’emprunt est subtil et ne se découvre qu’après avoir détricoté les fils de la narration. D’autres fois, les allusions sont particulièrement flagrantes, voire insistantes, comme un graffiti beaucoup trop chargé (pour établir un lien avec la thématique du roman de A.G. Lombardo). Graffiti Palaces’inscrit clairement dans la seconde catégorie en s’emparant du mythe d’Ulysse pour une nouvelle odyssée qui se déroule cette fois-ci en 1965 à Los Angeles, au cours d’un été qui n’en finit pas, alors que la ville vient de s’embraser suite à une arrestation un peu trop musclée d’un Noir par les forces de police.

« J’essaye de rentrer chez moi et des gens essayent de m’en empêcher ».

Hommage à Philip Roth (4) - Exit le fantôme, par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 21 Juin 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Exit le fantôme, Traduit de l'américain par Marie-Claire Pasquier

Philip ROTH n’aura jamais obtenu le prix Nobel de littérature. Il a fait bien mieux, il nous a offert une des plus belles œuvres romanesques américaines et, ici, un de ses plus beaux romans. « Exit Le Fantôme » est un bijou de mélancolie, d’humour (bien sûr avec Roth !), d’amour de la vie et des femmes (avec Roth !). C’est aussi, et c’est surtout, un formidable moment de réflexion aux sources même de l’acte d’écriture.

Zuckerman, le héros et le double de Philip Roth depuis toujours, est de retour à New-York, après un exil volontaire et rural de onze ans. Il est physiquement diminué (incontinent et impuissant à la suite d’une opération de la prostate), moralement détaché des choses de ce monde et en particulier de toutes ces fadaises urbaines et mondaines qui font courir les new-yorkais en tous sens (des scoops littéraires aux expos à la mode, en passant par les passions déchaînées qui marquent la deuxième élection de George W. Bush, véritable désastre planétaire aux yeux de l’intelligentsia de NY, accablée). Zuckerman est désabusé, réfugié dans son monde intérieur, stupéfait par les robots à téléphones portables qui se déplacent partout devant lui dans les rues.

La Styx Croisières Cie (4), par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 21 Juin 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Ma voisine vient frapper à mon huis. Je lui ouvre : – Qu’y a-t-il, ma bonne Marthe ? – Monsieur Jules, ce matin on a trouvé mort notre voisin Delavigne. – Eh bien, quoi ? Il était en âge, non ? – C’est vrai, mais on l’a trouvé sous son lit. – Ça, ça ne m’étonne pas, il nous parlait sans arrêt de son lit de mort… Il aura pris peur ? Le grand naïf aura voulu jouer à cache-cache avec Mme La Faucheuse !

Jules de Montalenvers de Phrysac, Livre de mes Mémoires

 

Lµ 1. Cette plaisanterie de l’épigraphe, j’en tiens l’idée de la lecture de Le livre contre la mort, d’Elias Canetti. Le grand penseur, dès les premières pages, s’élève contre ce scandale de la mort appliquée aux humains sans qu’il y ait là apparence de raison. Il le fait avec le sentiment d’un désordre et d’une injustice scandaleux, mais souvent aussi avec cet humour détaché qui n’est qu’à lui (présent de l’indicatif, car un écrivain, même s’il s’est persuadé du contraire, ne meurt pas !) : « À chacun de ses anniversaires, il célébrait un petit service funèbre à sa propre mémoire, car n’aurait-il pas pu être déjà mort, après tout ? ».

La fabrique de levure, Jakub Kornhauser, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

La fabrique de levure, Jakub Kornhauser, Éditions Lanskine, mars 2018, trad. Isabelle Macor, 104 pages, 14 €

La maison de Jakub

« Mon cher généralissime, Hartmann bouillonne comme bouillonnait Boris, – des sons et des idées sont suspendus en l’air, je suis en train de les absorber et tout cela déborde, et je peux à peine griffonner sur le papier ; je suis en train d’écrire le n°4. Les transitions sont bonnes (la promenade). Je veux travailler plus rapidement et de manière plus sûre. Mes états d’âme peuvent être perçus durant les interludes. Jusqu’à présent, je pense que c’est bien tourné… » (Lettre de Moussorgski à Stassov en juin 1874, durant la composition des Tableaux d’une exposition).

Un recueil est tout à la fois un faisceau de textes, un lieu de refuge et, par translation sémantique, l’occasion d’un recueillement, d’une plongée en soi, un soi qui ne serait pas seulement le point nodal d’une subjectivité restreinte, mais le centre de gravité d’un peuple disparu, celui d’une Europe à peine remise de ses traumatismes, orpheline de ses Juifs d’avant-guerre et pourtant riche de réminiscences, d’œuvres et de témoignages qui la font sempiternellement revivre après toutes ses morts. « Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition » disait fort justement Marcel, dans son Temps retrouvé.

Éphémérides créatives - Arthur Conan Doyle, Henri Michaux & Raymond Carver

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

22 mai : éphémérides créatives (I), Arthur Conan Doyle : « Lorsque toutes les solutions logiques se sont révélées fausses, il faut chercher dans l’illogique »

Le 22 mai 1859, naissance de l’écrivain et médecin britannique Arthur Conan Doyle (mort le 7 juillet 1930)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Conan_Doyle

Comme le rappelle Joseph Rixère [*], parfois certaines personnalités réelles peuvent nourrir la créativité des artistes, ainsi Arthur Conan Doyle « se serait inspiré du Dr. Joseph Bell, de l’université d’Edimbourg, qu’il connaissait personnellement pour avoir suivi ses cours. Joseph Bell était réputé pour déduire les souffrances des gens d’un simple coup d’œil et aida la police dans plusieurs enquêtes dont l’affaire Ardlamont. Le médecin a même préfacé l’un des livres de son élève ».