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Les Chroniques

Pierre ou Les ambiguïtés, de Herman Melville, par Gaëlle Cauvin

Ecrit par Gaëlle Cauvin , le Lundi, 16 Avril 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Pierre ou Les ambiguïtés, Herman Melville - Folio

 

La réception de Pierre ou Les ambiguïtés fut assez mauvaise lorsque le roman parut en 1852 aux Etats-Unis. Les critiques y virent une parodie du mélodrame gothique, des émotions et des actions exagérées et une langue particulièrement opaque. L’indistinction du vice et de la vertu, du bien et du mal, et les considérations sur la démocratie américaine, qu’elle puisse générer turpitudes et meurtres, déplurent au public de l’époque. Tenu dès lors pour un auteur dangereux, irrévérencieux et dépravé, Melville fut notamment accusé d’avoir violé la sainteté des liens familiaux.

L’intrigue est simple : Pierre Glendinning, jeune homme de bonne famille et gouverné par une mère possessive et puritaine, doit épouser Lucy Tartan. Il pressent et découvre qu’il a une demi-sœur Isabel Banford que sa mère refuse de reconnaître. Il s’enfuit alors avec elle à New York, accompagné d’une femme réprouvée Delly Ulver. Tous trois s’installent dans l’église des Apôtres occupée par d’autres infortunés : artistes, écrivains, spirites et philosophes dont le mystérieux Plinlimmon. Pierre tente de vivre de sa plume.

Œuvres romanesques I, II, Mario Vargas Llosa, La Pléiade, par Marc Ossorguine

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 13 Avril 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Œuvres romanesques I, II, Mario Vargas Llosa, Gallimard, La Pléiade, mars 2016, trad. espagnol Bernard Lesfargues, Albert Bensoussan, Anne-Marie Casès, 3872 pages, 145 €

 

Un monument relié à lire et relire

Que peut-on dire ou écrire au sujet de l’œuvre de Mario Vargas Llosa qui n’ait pas déjà été dit ou écrit ? Rien, a priori. Ecrivain phare de la littérature latino-américaine et de la littérature mondiale, couronné du Prix des prix, le Nobel, maintes fois commenté, interviewé, encensé, cité… L’édition française lui a en outre accordé ce prix qui n’en est pas un mais qui est peut-être pour beaucoup encore plus qu’un prix : la publication dans la bibliothèque de La Pléiade. Un honneur et un bonheur dont l’auteur dit lui-même qu’ils l’ont plus touché que le Nobel. Que peut-il rester à ajouter ? Pour ma génération, il lui manquerait peut-être l’entrée dans le Lagarde et Michard, ce manuel qui a officialisé et institutionnalisé la culture littéraire de quelques générations de lycéens. Dès lors, il ne reste plus qu’à le lire. Tout simplement. Car il n’est pas impossible qu’à l’instar de certains auteurs dont tout le monde parle, dont tout le monde a entendu parler, ceux qui en parlent ne l’ont pas toujours lu, voire toujours pas lu. Ou l’ont mal lu. Nous avouons très humblement être de ceux-là.

Éphémérides créatives : Erica Jong et Wolfgang Goethe, par Jean-Marc Dupont

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Jeudi, 12 Avril 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

26 mars : éphémérides créatives (I), Erica Jong – « Si vous ne risquez rien, vous risquez encore plus »

Le 26 mars 1942, naissance de l’écrivaine américaine Erica Jong

http://www.ericajong.com/

Et côté Wikipédia :https://fr.wikipedia.org/wiki/Erica_Jong

 

Herbert Meyers et Richard Gerstman ont interrogé vingt personnalités créatives dont Erica Jong pour mieux comprendre leur processus créatif [1]. On y apprend toutes sortes de réflexions :

« Je pense qu’une personne créative est quelqu’un qui voit le monde différemment et qui n’accepte pas les structures que la plupart des gens acceptent inconsciemment ».

Les Moments forts (8) : Banksy à Amsterdam, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 11 Avril 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Dans le désordre ? Une peuplade primitive s’attaquant, avec des sagaies, à des chariots de supermarché. Deux grands-mères dans leurs fauteuils, finissant de tricoter, à la lueur d’une lampe vieillotte, des pulls mangés sur toute leur hauteur par les mots « PUNK’S NOT DEAD » [le punk n’est pas mort] et « THUG FOR LIFE » [voyou pour la vie]. Dans une salle de vente (on se croirait chez Christie’s), les enchères s’envolant pour un tableau, monochrome blanc recouvert des lettres « I CAN’T BELIEVE YOU MORONS ACTUALLY BUY THIS SHIT » [j’ai du mal à croire que vous, gros nazes, achetiez cette merde]. Des punks et marginaux faisant la queue pour se procurer un tee-shirt orange de mauvaise qualité à 30 dollars, portant l’inscription « DESTROY CAPITALISM » [détruisez le capitalisme]. Des pleureuses en habits liturgiques levant les bras, joignant les mains devant une affiche proclamant « SALE ENDS TODAY » [les soldes se terminent aujourd’hui]. Crucifié, un christ traditionnel, avec, dans chacune de ses mains, une multitude de sacs témoignant d’achats (compulsifs ?) multiples, qui ont trait au plaisir, aux loisirs (champagne, peluche…).

La religion de ma mère, Karim Akouche, par Fawaz Hussain

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mardi, 10 Avril 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

La religion de ma mère, Karim Akouche, Editions Ecriture, octobre 2017, 174 pages, 16 €

 

On m’a volé ma patrie

Comme dans L’Etranger de Camus, La religion de ma mère, de Karim Akouche, commence par le décès de la mère. Le narrateur ne reçoit pas de télégramme de l’asile de vieillards lui annonçant avec des termes laconiques, « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués », mais un coup de fil du bled. C’est le « frangin » devenu inspecteur de police à Blida qui lui demande de rentrer pour les funérailles de leur génitrice. Mirak (Karim en lisant à l’envers) se trouve à huit heures de vol d’Algérie. Il est au Canada, un pays où la glace couvre les croix des tombes et les écureuils grimpent sur les érables. Devant al-Nakba, le grand désastre, la mort de la mère, il bâcle son odyssée en quelques phrases lapidaires : « J’ai fui le pays des vautours et des dégénérés. J’ai opté pour la France, puis, déçu par ses enfants arrogants, j’ai bifurqué vers Montréal. J’ai chaviré au large de l’Amérique ».