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Les Chroniques

Éphémérides créatives - Claude Simon et Harold Pinter (par Jean-Marc Dupont)

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Mercredi, 24 Octobre 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

10 Octobre : éphémérides créatives (I), Claude Simon : la création « par le cheminement même de l’écriture »[*]

Le 10 octobre 1913, naissance de l’écrivain français Claude Simon (mort 6 juillet 2005). Le prix Nobel de Littérature en 1985 est venu récompenser celui « qui, dans ses romans, combine la créativité du poète et du peintre avec une conscience profonde du temps dans la représentation de la condition humaine ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Simon

Association des Lecteurs de Claude Simon :

http://associationclaudesimon.org/

Dans son discours Nobel [a] Claude Simon nous éclaire sur son processus créatif :

Au commencement étaient les Berbères ! (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 23 Octobre 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Au commencement étaient les Berbères. Il y avait une terre et les enfants de cette terre. Une langue, des mythes, des femmes, un Dieu et des oliviers. Et le rêve habitait le cœur des chansons.

Et par un matin, des envahisseurs cagoulés se sont pointés à l’horizon. Violeurs des rêves. Ils parlaient une autre langue et dans leur bagage un autre Dieu bien emballé. La guerre ne compte pas ses morts. Celui qui est vivant est celui qui ne perd pas sa langue. Convertis à la foi chrétienne, de gré ou de force, les enfants du commencement n’ont pas perdu leur langue ni leurs mythes. La Ghriba synagogue de l’île de Djerba, Tunisie, témoigne d’une autre foi. Un témoin qui dit la pluralité du Ciel.

Les premiers envahisseurs se sont retirés, d’autres leur ont succédé. Et les enfants du commencement n’ont pas perdu la mémoire ni l’amour de l’olivier. Chaque envahisseur se voit le maître du lieu et le sauveur du peuple vis-à-vis du Dieu et de l’Histoire !

Les Phéniciens. Les Romains. Les Vandales. Les Byzantins…

Parler de soi avec justesse, avec superbe : l’œuvre de Simone de Beauvoir en La Pléiade [1 sur 2] (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 19 Octobre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Simone de Beauvoir, Mémoires, tomes I et II, édition publiée sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Éliane Lecarme-Tabone avec la collaboration d’Hélène Baty-Delalande, Alexis Chabot, Jean-François Louette, Delphine Nicolas-Pierre, Élisabeth Russo, et Valérie Stemmer, chronologie par Sylvie Le Bon de Beauvoir, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, n°633 et 634, 2018

 

Sylvie Le Bon de Beauvoir, Album Simone de Beauvoir, iconographie commentée, Albums de la Pléiade, n°57, 2018, 256 pages, 198 ill.

 

Beauvoir, suivant les pas de Sartre, aimait du même amour la philosophie et le roman. Ces deux sphères privilégiées de la création ont fait don à la vie de Beauvoir de la renommée que l’on sait. L’on se souvient du succès de scandale du Deuxième Sexe en 1949, devenu avec le temps le titre auquel le nom de Beauvoir est le plus souvent associé. L’on se souvient du prix Goncourt couronnant Les Mandarins en 1954.

Jean-Paul Gaultier et l’éternel retour à l’androgyne (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 19 Octobre 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Tout l’art de Jean-Paul Gaultier se transcende dans ses audaces transgressives. Sa collection automne-hiver 2018-2019 resublime la cigarette dans ses volutes jouissives, ses vapeurs envoûtantes, ses spirales fuyantes. La cigarette nargue en beauté la damnation sanitaire et se métamorphose en joailleries merveilleuses. Les mannequins, pipes et fume-cigarettes glissés dans les doigts, jaillissent d’un écran translucide, traversé de nuées interdites. Des sillons fantomatiques prennent l’allure d’hologrammes oniriques. Se profilent dans les dominantes noires et blanches, des silhouettes androgynes, alternances d’ombres et de lumières, d’opacités brillantes et de transparences scintillantes. Le yin et le yang s’emboîtent dans la complétude. Les poitrines se dévoilent sous membranes cristallines. Les têtes s’enferment, comble d’autodérision, dans des fumoirs personnels intégrés. Le slogan « tétons libres » s’imprime sur plastique pellucide porté à même la peau. « Free the nipple » pour tous !

Tango de Satan, László Krasznahorkai (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 18 Octobre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Tango de Satan, László Krasznahorkai, Folio, trad. Joëlle Dufeuilly, 288 pages, 21 €

 

Ouvrez un livre de l’écrivain hongrois LászlóKrasznahorkai, et d’inquiétants effets secondaires s’emparent de votre corps, d’impalpables interférences troublent votre lucidité, d’étranges phénomènes altèrent la matière autour de vous : la lumière décline subitement, le sol s’affaisse sous vos pieds pourtant solidement rivés au béton du réel, la linéarité temporelle s’étiole littéralement. Tango de Satan, premier roman publié en 1985 par le cobra des Carpates (hé, ça sinue et se déplace, un serpent !), n’échappe guère à cette règle paranoïde. Vos mains, à force de tourner les pages de ce livre, finiront par s’empoisser tellement l’atmosphère perpétuellement pluvieuse et bourbeuse se propage au mépris de toute frontière dimensionnelle. Et sur votre esprit se déposera une brume fuligineuse à laquelle le style méandreux de Krasznahorkai n’est pas étranger. Trêve de déblatérations : quel délice indicible, quelle extase déconcertante de lire cet auteur exigeant né en 1954, méritant lauréat de plusieurs distinctions littéraires, notamment le prix József Attila (1987), le prix Sándor Márai(1998), le prix Kossuth (2004) et le prix international Man Booker (2015) pour l’ensemble de son œuvre.