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Les Chroniques

Les Moments forts : Roberto Bolaño aux Ateliers Berthier, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

2666est le chef-d’œuvre publié un an après la mort de Bolañoet la dispersion de ses cendres dans la Méditerranée,adapté intelligemment par Julien Gosselin*, pour être présenté à Avignon, et représenté à l’Odéon.

« [U]n livre, c’est d’abord un objet particulier qu’on touche, qu’on voit, aléatoirement qu’on sent,mais qu’on n’entend pas. Le grand problème est donc de savoir quelle voix peut sortir du livre, ou plutôt comment le livre peut faire surgir quelque chose comme de la voix […] », écrivent Christian Biet et Christophe Triau dans Qu’est-ce que le théâtre ? (Gallimard, collection Folio essais, 2006).

Avec 2666, aux Ateliers Berthier, les notions de style, de timbre, de ton, qui renvoient à une écriture et à une lecture apparemment abstraites et silencieuses, sont devenues ostensiblement phonétisées, rythmées. Et poétisées. Du reste, le poète est, détective sauvage, chercheur hétérodoxe du réel, la figure narrative dominante dans les nouvelles et les romans de Bolaño où s’enchevêtrent avec brio les intrigues (cf. Europe, n°1070-1071-1072, juin-août 2018).

Les larmes de Johnny, Mathieu Alterman, Patrick Alban, par Félicia-France Doumayrenc

Ecrit par Félicia-France Doumayrenc , le Lundi, 05 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Les larmes de Johnny, Mathieu Alterman, Patrick Alban, Editions Carnets Nord, octobre 2018, 288 pages, 18 €

De la star au mythe : Johnny

En France, il suffit de prononcer le simple prénom Johnny pour qu’immédiatement celui-ci soit associé à Hallyday. Nous avons tous en mémoire la sidération lors de l’annonce de sa mort, ses funérailles nationales, ce recueillement de ses fans, ses bikers qui l’accompagnaient jusqu’à l’église de la Madeleine, la cérémonie religieuse et la scénarisation de celle-ci.

Sublime mise en scène, Johnny Hallyday la star entrait le jour de son enterrement définitivement dans la légende et devenait mythique.

Mathieu Alterman et Patrick Alban qui viennent de coécrire Les larmes de Johnnysoulèvent dans leur livre le portrait d’un homme différent que celui que tous ses fans croient connaître. La star qui se donnait à voir et dont tout le monde, s’il s’en donnait la peine, pouvait quasiment suivre sa vie au quotidien, se camouflait derrière ses yeux bleus de fauve. Il scénarisait entièrement son existence afin de cacher sa véritable identité, son inguérissable mal-être.

Chaque heure est possiblement native : le travail d’écriture de Colette Prévost (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 02 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

 

Qui, plus que Lisa Bresner (pour celles et ceux qui la connurent), fut poète ? François Cheng lui rend – tendrement – hommage dans Enfin le royaume (Gallimard, collection Blanche, 2018), esquissant un parallèle avec la destinée de la photographe Francesca Woodman : « La terrible vie terrestre n’est point pour toi. / Ton amour trop vaste pour qu’on pût t’aimer ; / Ton rêve trop haut pour qu’on te suivît. Par la fenêtre, / En un seul cri, tu rejoignis l’ange, ton propre être ». Et Cheng ajoute, en un autre quatrain dédié cette fois « à [tous] ceux qui habitent la poésie » : « Tu ouvres les volets, toute la nuit vient à toi, / Ses laves, ses geysers, et se mêlant à eux, / Le tout de toi-même, tes chagrins, tes émois, / Que fait résonner une très ancienne berceuse ».

Mais être poète, ce n’est pas seulement ainsi ouvrir.

En lieu et place, Olivier Domerg (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 02 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

En lieu et place, Olivier Domerg, L’Atelier contemporain, juin 2018, postface Michael Foucat, 144 pages, 20 €

 

Obsession

Obsession est le mot qui m’est venu très vite à l’esprit pour titrer ces quelques lignes que je veux consacrer au dernier livre d’Olivier Domerg. En effet, c’est pour moi le mot convenable pour résumer le livre et éclairer ainsi un principe en littérature que je trouve essentiel. Oui, comme en musique, j’aime l’ostinato, qui correspond pour ce qui me concerne à la tentative et à la méthode les plus difficiles, car ces dernières jouent sur des contraintes très fortes. Ici, l’obsession qui fait le thème principal, c’est la place Ducale de Charleville-Mézières. Car hormis quelques débordements vers des rues adjacentes, la totalité des 15 mouvements de l’ouvrage revient à décrire et à partager par écrit cette place emblématique de la ville de Rimbaud. Obsession de la place, qui fait place, la place au poème, qui s’en fait le lit, son foyer, sa focale. En ce sens, la construction de ce recueil reprend, je crois, les formes musicales d’un certain minimalisme américain, où le thème est développé jusqu’à produire de simples éléments d’expression répétés et qui varient peu.

Nass El Ghiwane, Merveilleux colporteurs des poétiques populaires (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Mercredi, 31 Octobre 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

 

Concert de Nass El Ghiwane à Epinay-sur-Seine dans la région parisienne. Je retrouve Omar Sayed avec sa canne d’inépuisable pèlerin, sa gestuelle chaleureuse, sa parole savoureuse, sa pudeur valeureuse. La mémoire partagée se promène dans le backstage comme une ombre. S’interpellent en quelques mots les décennies claires et sombres. Se rappellent le terrain Hofra (le trou), sa fameuse équipe de football et son école franco-musulmane, Derb Moulay Cherif et son cinéma niché dans une misérable bâtisse, les baraques du marché ravagées par des incendies récurrents, les vendeurs à la sauvette pourchassés comme indésirables concurrents. Se convoque le souvenir des fertilisantes pépinières, Dar Chabab (La Maison des Jeunes), ses ateliers de création artistique, et la troupe de théâtre pionnière, Hilal Dahabi (La Lune dorée), les spectacles éphémères dans les terrains vagues, les folles illuminées échappées de la mer, les poètes vagabonds prophétisant les lendemains amers. Des vocations exceptionnelles germinent, en ces lendemains de l’indépendance, dans le terreau des souffrances.