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Les Chroniques

Faux-prophètes et colère divine : La violence sacrée chez Sartre et Herzog (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 28 Avril 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED

« Jusques à quand, Yahvé, seras-tu caché ? Jusqu’à la fin ?

Brûlera-t-elle comme un feu, ta colère ? »

Psaume 89:47

« Le Seigneur Yahvé a parlé : qui ne prophétiserait ? »

Amos 3:8

« Nasty – À présent les prophètes pullulent.

Mais ce sont des prophètes de colère qui prêchent la vengeance ».

Le diable et le bon dieu, Sartre

Si, comme il est écrit dans l’Ecclésiaste, le principe de la sagesse c’est de craindre le Seigneur, alors on connaît aussi celui de la folie : le défier.

La parole qui me porte, Paul Valet (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 28 Avril 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La parole qui me porte, Paul Valet, Gallimard, Coll. Poésie, février 2020, préface Sophie Nauleau, 208 pages, 7,50 €

 

Paul Valet : réfléchir/résister

Le 549ème volume de la collection poésie/Gallimard m’a fait découvrir un auteur tout à fait intéressant. Et cela à deux titres. D’abord pour le parcours de vie de ce poète, qui fut résistant et qui pour cela a acquis un nom et un prénom, lesquels d’ailleurs seront gravés sur sa tombe, inscrits à la fois avec son vrai patronyme et celui qu’il s’était choisi comme poète. Cette double appartenance au monde politique, à la guerre de 39/45, et au poème, publications un peu erratiques, où des recueils sont aujourd’hui difficiles d’accès, fait de lui un écrivain en porte-à-faux avec la poésie conçue comme pathétique ou tentée par des images d’Épinal. Car sa poésie s’appuie sur l’activité de la pensée, dirigée vers la profondeur, sans concession envers tout lyrisme, toute enflure poétique. Paul Valet porte un nom de poète qui dit bien le service qu’il rend au langage, avec sobriété, mais visant l’intelligence et la raison.

Des Corps, Anatomies, défenses, fantasmes, Victor I. Stoichita (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 27 Avril 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Des Corps, Anatomies, défenses, fantasmes, Victor I. Stoichita, Librairie Droz, coll. Titre courant, juillet 2019, 390 pages, 24 €

 

Existe-t-il un produit artistique plus banal qu’un portrait peint ? Les musées en regorgent, jusque dans leurs réserves ; les collections privées et les échoppes d’antiquaires également. Le tableau le plus célèbre du monde, pour des raisons ambiguës, est le portrait d’une jeune Italienne. On a discuté à perte de vue pour savoir qui fut le modèle de certains tableaux peints par Vermeer. Si ordinaire et si répandu soit-il, le portrait pose un nombre considérable de problèmes théoriques, pratiques et parfois théologiques (l’aniconisme et l’iconoclasme sont deux phénomènes religieux précisément décrits, bien que peut-être sous-estimés).

Au plan le plus immédiat, l’ouvrage de Victor I. Stoichita correspond au traditionnel recueil universitaire d’études déjà publiées par ailleurs et réunies en volume. Souvent, ce genre de livre n’est que « marqueterie mal jointe » ou répétitions sans fin.

Psychopathologie sociale du confinement (1) (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 23 Avril 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED

Psychopathologie sociale du confinement

1. Le concert d’applaudissements de quelques voisins en hommage aux infirmières mobilisées en première ligne contre le coronavirus, m’arrache, comme chaque soir à vingt heures, à ma lecture. Rare opportunité de se faire un signe de la main, à travers les fenêtres, entre otages du confinement. Je revisite, pour un nombre de fois que je n’ai pas compté, L’Être et le néant (1943) de Jean-Paul Sartre : « L’histoire d’une vie, quelle qu’elle soit, est l’histoire d’un échec. Le coefficient d’adversité des choses est tel qu’il faut des années de patience pour obtenir le plus infime résultat… Il faudrait nous comparer à un condamné à mort qui se prépare bravement au dernier supplice, qui met tous ses soins à faire belle figure sur l’échafaud et qui, entre temps, est enlevé par une épidémie de grippe espagnole… ». Et pourtant, « On peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous ». Ecrire par exemple, raconter l’épreuve endurée, la transfigurer en création. Les bonnes références apportent, en période de désolation, des jouissances intellectuelles nouvelles, des interrogations vivifiantes, des réflexions tonifiantes. Et s’il ne fallait garder qu’un seul ouvrage pour traverser la crise sanitaire, à supposer qu’on en sorte indemne, ce serait La Divine Comédie de Dante Alighieri (1265-1321), incomparable psyché de la condition malheureuse. Le virus est l’enfer, le confinement le purgatoire.

Francis Bacon ou La mesure de l’excès, Yves Peyré (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 22 Avril 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Francis Bacon ou La mesure de l’excès, Yves Peyré, Gallimard Coll. Livres d’Art, septembre 2019, 336 pages, 49 €

Soit Francis Bacon. « Il me semble – avance avec justesse Michel Archimbaud – que l’on ne peut réduire la puissance de son œuvre à la seule violence fascinante et répulsive de ses images. A-t-on suffisamment souligné la beauté de sa palette, ses oranges qu’il aimait tant, ses mauves acidulés, ses verts translucides aussi angoissants que somptueux, ses bleu roi violents, ses jaunes à hurler, ses roses que seul Matisse peut-être avant lui, mais dans un tout autre registre, avait su manier avec une pareille maîtrise ? ».

Bacon « tranche, et sa vie même, qui est largement le foyer de son œuvre, en rajoute », reconnaît Yves Peyré dans Francis Bacon ou La mesure de l’excès, avant d’ajouter : « À bien des titres, elle est scandaleuse, dominée par l’alcoolisme, le jeu et l’homosexualité. Le prohibé revient en force, placé dans la position sacrée de l’épreuve, pour ne pas dire du martyre. Bacon est libre. Des chansons (“Kiss Me Hardy” de Gainsbourg en exemple) ne manquent pas de faire allusion à la pertinence de son théâtre intérieur. Bien des malentendus trouvent en cela leur assise. […] ». Lever – autant que faire se peut – les malentendus est la force immédiate de Francis Bacon ou La mesure de l’excès. C’est d’autant plus important que ces malentendus ont été entretenus par Bacon lui-même. Un exemple ?