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Les Chroniques

Wuhan, ville close. Journal, Fang Fang (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 05 Octobre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Wuhan, ville close. Journal, Fang Fang, traduit du chinois par Frédéric Dalléas et Geneviève Imbot-Bichet, Paris, Stock, collection « La Cosmopolite », paru le 9 septembre 2020, 23 €.

 

 

Le monde entier connaît désormais, pour le maudire, le nom de Wuhan. Le 28 décembre 2019, le Dr Ai Fen, directrice des urgences à l’hôpital central, attirait l’attention de ses collègues sur l’apparition, trois semaines plus tôt, d’un virus à la fois inconnu, dangereux et contagieux. Les éléments qu’elle avait divulgués furent repris et plus largement diffusés par un ophtalmologue du même hôpital, le Dr Li Wenliang, ce qui lui valut des ennuis avec les autorités. Aucune dictature, si rigide soit-elle, ne peut empêcher la propagation d’un virus. La suite appartient à l’Histoire en train de s’écrire et le Dr Li Wenliang mourut à trente-trois ans, emporté par cette nouvelle maladie. Les autorités chinoises décidèrent de placer Wuhan en quarantaine – trop tard pour empêcher le virus de se répandre dans le monde.

Et si on arrêtait de faire semblant ?, Jonathan Franzen (Par Sylvie Ferrando)

, le Vendredi, 02 Octobre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Et si on arrêtait de faire semblant ?, Jonathan Franzen, L’Olivier, septembre 2020, trad. anglais (USA) Olivier Deparis, 352 pages, 22,50 €

Voici une collection de dix-huit articles publiés au fil des ans, dans diverses revues ou ouvrages, de 2011 à 2019, mais écrits entre 2004 et 2019 par l’essayiste Jonathan Franzen, et traduisant son engagement soit littéraire, soit politique.

Le goût de Franzen pour les oiseaux court de texte en texte, au gré de ses nombreux voyages – que de merveilleux noms cités, tels le Rossignol progné, les Cochevis huppés, la Bondrée apivore, le Pic à raies noires, les Pluvians d’Egypte, les Guêpiers carmin, un Engoulevent à balanciers mâle, le Pygargue à tête blanche, le Loriot d’Europe, et tant d’autres, car Franzen est un ornithologue « listeur », celui qui aime à établir des listes des espèces rencontrées. C’est sa façon propre de s’engager en faveur de la biodiversité et de la protection des espèces en voie de disparition. Toutefois, comme tout bon écrivain qui pense contre la doxa et l’opinion commune, Franzen déploie une pensée à étages, une analyse de sa propre critique : « je me demande parfois si, au fond, mon souci de la biodiversité et du bien-être animal ne serait pas une forme de régression vers ma chambre d’enfant et sa communauté de peluches : un fantasme de câlins et d’harmonie interespèces ».

Onde générale, Jean Daive (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 30 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Onde générale, Jean Daive, Flammarion, coll. Poésie-Flammarion, 2011, 277 pages, 18 €

 

« Comment s’appelle / ce qui désigne / les opérations d’anéantissement ? », s’interrogeait Jean Daive dans Le Retour passeur (P.O.L.). Dans Onde générale, magnifique livre de poèmes, il ne cherche pas à répondre à cette question, mais lui donne corps singulièrement, expérimentant par l’écriture une façon d’être continûment « face [au] paysage /du pourrissement ». Toujours, pour les corps portés par le poème, il s’agit de se tenir dans l’effacement. « L’ombre graminée des corps / goûte la mélancolie / de la décomposition », ainsi qu’il était dit dans Le Retour passeur, recueil portant en lui l’onde d’Onde générale. « Le trou noir des visages » (Le Retour passeur) s’approfondit ainsi en « large trou / à la place du corps » (Onde générale).

Cette disparition du corps renvoie à l’idée ancestrale de sacrifice : « [l]e corps […] / le sacrifice ne peut manquer de le dévorer ». La sauvagerie immémoriale s’élabore selon des rites : « Une échelle sera lit d’agonie / avec femme attachée / qui plonge dans les flammes ». Elle est civilisationnelle, c’est pourquoi elle est constamment approchable puisqu’à tout instant nous sommes plongés dans la civilisation :

Spectres balkaniques, Un voyage à travers l’histoire, Robert D. Kaplan (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 29 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Spectres balkaniques, Un voyage à travers l’histoire, Robert D. Kaplan, Buchet-Chastel, 2018, trad. anglais (USA) Odile Demange, 492 pages, 26 €

 

Journaliste américain, Robert D. Kaplan a parcouru la péninsule balkanique « à l’ancienne », ce qui ne veut pas dire qu’il a voyagé à pied ou à cheval, mais qu’il avait fait ce qu’on faisait en général aux XVIIIe et XIXe siècles, avant de partir et parfois même sur la route : on lisait ce que des voyageurs du passé avaient écrit, ce qui permettait d’affiner le regard, d’enrichir les impressions et, sur place, de les confronter à celles des devanciers. Kaplan avait pris comme viatiques Entre fleuve et forêt de Patrick Leigh Fermor et, surtout, Agneau noir et faucon gris de dame Rebecca West (1941), un ouvrage qui mit soixante ans à être traduit en français et qui est à présent épuisé… On pourrait reprocher à Kaplan de contempler le présent avec les lunettes du passé, mais s’il y a bien une zone de l’Europe où le poids des siècles écoulés, des haines recuites et des rancœurs immémoriales accumulées se fait constamment sentir, ce sont les Balkans, sorte d’angle mort de l’Europe, dont on ne parle qu’à l’occasion d’événements tragiques.

Une brûlante usure, Gérard Bocholier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 28 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Une brûlante usure, Gérard Bocholier, éditions Le Silence qui roule, août 2020, 147 pages, 15 €

 

Poème d’attente

Dire quelques mots de ce livre que Gérard Bocholier publie récemment, ouvrage qui se présente sous la forme d’un journal, où l’auteur indique simplement les mois successifs durant les deux années 2016 et 2017 en tête de chapitre, serait, comme en une tentation et pour le meilleur, ajouter, continuer, l’augmenter par la propre littérature intérieure du lecteur. Du reste, l’auteur lui-même s’y autorise, en poursuivant parfois l’idée d’un autre poète par ses mots à lui. Ainsi, les deux pensées se confondent : l’écrivain et le liseur – sachant que l’écrivain est toujours un liseur.

Cela dit, ce qui est essentiel, c’est l’œuvre, c’est ce journal mélancolique, et comme on le dirait d’une image photographique, légèrement sépia, tournant parfois à l’autochrome. Oui, la mort, et le temps qui a passé, la durée incertaine qui reste, les grandes dates de l’existence qui s’effilochent, pour ne garder du souvenir que des bribes, des fragments, des petits morceaux dont la valeur est bel et bien celle d’une matière friable, feuilles jaunies trouvées dans le pli d’un vieux livre.