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Les Chroniques

L’escalier, Olga Votsi (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 11 Février 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

L’escalier, Olga Votsi, éd. Le Taillis Pré, décembre 2018, trad. Bernard Grasset, 136 pages, 14 €

 

Fléchir le temps

Comment aborder cette traduction du grec moderne vers le français tout en réinventant un dialogue critique, entretenu par le traducteur Bernard Grasset, grâce à son choix de poèmes dont le sous-titre est Poèmes métaphysiques ? Autrement dit, comment parler de métaphysique ? Peut-être en regardant de près comment Olga Votsi aborde la question fondamentale et universelle du temps, de sa finalité, de son contenu, de sa force, de son déroulement, de son immortelle présence. Et que nous soyons conviés à parcourir des escaliers vers des contrées profondes, nous sommes toujours invités à connaître en quoi le « re-mourir » peut être une renaissance. Par exemple en rappelant le destin de Lazare dans les Écritures, ou celui de Jonas qui renaît en quelque sorte de la baleine allégorique.

Ainsi il faut examiner avec la poétesse, en quoi vivre le temps est une expérience, doit être moralement un examen, qui permet de connaître la vérité de la croissance, de la charité, de la fructification, et ainsi ne pas être le sujet symbolique d’un figuier qui ne donnerait pas de fruits, la renaissance au monde de la foi en quelque sorte, de l’ajout, du plus et du meilleur. Le temps n’a d’intérêt que par ce qu’il produit comme éléments moraux surnuméraires.

Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway, nouvelle traduction de Philippe Jaworski (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 07 Février 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway, Gallimard, coll. Folio n°6487, mai 2018, trad. anglais (USA) et préface, Philippe Jaworski, 144 pages, 6 €

Cette nouvelle traduction – superbe, fidèle – redonne au dernier roman publié du vivant d’Hemingway en 1952, toutes ses couleurs*.

« Il s’agenouilla, parvint à crocher le thon sous l’avant avec la gaffe et le tira vers lui en évitant les rouleaux de ligne. Faisant repasser la ligne sur son épaule gauche et prenant appui sur sa main et son bras gauches, il ôta le thon du croc et remit la gaffe à sa place. Il posa un genou sur le poisson et découpa des bandes de chair rouge sombre dans la longueur, de l’arrière de la tête à la queue. C’étaient des bandes triangulaires qu’il découpait depuis l’arête dorsale jusqu’au bord du ventre. Lorsqu’il en eut découpé six, il les étala sur le bois de l’avant, essuya son couteau sur son pantalon et souleva la carcasse de la bonite par la queue et la lança par-dessus bord ». Au travers d’un recours effréné aux descriptions, à la pesanteur des descriptions relatives aux gestes simples, précis, par quoi une audace humaine peut se lire au sein d’une nature hostile (j’ai perdu parce que je suis allé trop loin), ce bref et inépuisable chef-d’œuvre d’Hemingway s’élève à la dimension d’une allégorie. D’une parabole ? D’un mythe en tout cas, par quoi quelque chose de notre profond peut se dire.

La Styx Croisières Cie (9) Septembre 2018 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 05 Février 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

« Quand je lisais des contes de fées, je m’imaginais que des aventures de ce genre n’arrivaient jamais, et, maintenant, voici que je suis en train d’en vivre une ! On devrait écrire un livre sur moi, on le devrait ! Et quand je serai grande, j’en écrirai un moi-même ». « Mais je suis grande, dès à présent, ajouta-t-elle d’une voix chagrine ; « en tout cas, je n’ai pas ici la place nécessaire pour grandir davantage » (*).

« Mais alors, pensa Alice, ne deviendrai-je jamais plus âgée que je ne le suis actuellement ? Ce serait une consolation, en un sens, que de ne jamais devenir une vieille femme. Mais aussi, toujours devoir apprendre des leçons ! Ah, je n’aimerais sûrement pas cela ! ».

(*) Alice vient de boire la moitié du contenu d’un flacon, et elle a grandi jusqu’à occuper la totalité de l’espace d’une petite chambre.

Lewis Carroll

Traduction de H. Parisot

Jules de Montalenvers de Phrysac : noté dans le Livre de mes Mémoires

La stricte observance. Avec Rancé à la Trappe, Michel Onfray (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 04 Février 2019. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Tropisme normand mis à part (mais on aurait tort de négliger cette dimension), qu’est-ce que Michel Onfray, athée convaincu et déterminé à convaincre les autres, a bien pu aller faire à l’abbaye de la Trappe ? Inciter les moines à lire son Traité d’athéologie ou un de ses ouvrages laborieux dans lesquels il explique que Jésus est une invention (l’existence du Christ est aussi bien attestée que celle d’Alexandre le Grand, dont personne ne doute) ? Les persuader qu’ils ont dévolu leurs existences à quelque chose qui n’existe pas ? Dans ce cas, il serait venu pour rien : la règle du silence s’applique avec une particulière rigueur dans le célèbre monastère cistercien « de stricte observance » et aucun visiteur, si célèbre et si athée soit-il, n’a le droit de parler aux moines – qui d’ailleurs ne s’adressent en principe pas la parole entre eux. Comme il faut tout de même communiquer, les Cisterciens avaient jadis développé un langage gestuel élaboré, mais il n’est pas facile de prouver l’inexistence de Dieu à l’aide de gestes. Michel Onfray se serait-il rendu à la Trappe comme Voltaire à l’abbaye de Senones, pour y profiter de la bibliothèque monastique ? Non : il est venu lire un livre, un seul, la Vie de Rancé, que Chateaubriand composa en guise de pénitence.

Poéticide, Hans Limon - A dos de Dieu, Marcel Moreau, chez Quidam (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 01 Février 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Poéticide, Hans Limon, Quidam éditeur, coll. Les Indociles, novembre 2018, 96 pages, 13 €

A dos de Dieu, Marcel Moreau, Quidam éditeur, coll. Les Indociles, octobre 2018, 140 pages, 16 €

 

« Il me faudra du temps pour écoper ton spectre

et détourner mes pas de tes appas, Electre.

Mon corps à bout de cœur a besoin de repos.

Il faut parfois muer pour conserver sa peau ».

Poéticide, Rideau, Hans Limon

« Beffroi, c’est tout autre chose. Pendant ce temps-là, il pousse à travers la ville. Ses yeux sont noirs et ils sondent. Ses bras en battoir, son torse de corsaire. Rire qui siffle. Cheveux sales, pense sa voisine, dans le tramway. Il en descend, disparaît. Sa façon de s’enfoncer dans une foule : comme une machette. Tout autre chose. Pendant ce temps-là, il boit ».

A dos de Dieu, Marcel Moreau