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Les Chroniques

Les chercheurs de lumière, Révolutions minuscules, Séverine Jouve (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 27 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, L'Harmattan

Les chercheurs de lumière, Révolutions minuscules, Séverine Jouve, L’Harmattan Coll. Amarante, janvier 2018, 154 pages, 16 €

 

« À certains moments de l’existence surgissent des crises. Elles dévoilent brutalement le caractère illusoire de ce que l’on avait pu croire, jusqu’alors, fondamental ».

Trois personnages inscrits dans trois champs artistiques différents, l’écriture pour Marie, la peinture pour Suzanne et la musique pour Alexandre, se croisent, se frôlent, sans s’accoster. Pourtant ces rencontres ne doivent rien au hasard, chacune d’elles charrie dans ses bagages d’autres contacts qui tous obéissent à une nécessité. Lucien Montaldo, le poète-pédagogue, l’ami discret, servira d’intermédiaire et de conseiller bienveillant, capable d’écoute et d’accueil.

Séverine Jouve, dans un roman flamboyant, Les chercheurs de lumière, nous fait entendre leur voix et nous permet de les suivre lors d’un épisode charnière de leur existence. Trois lieux, une terrasse, un pavillon, une clairière, vont jouer un rôle capital dans chacune de ces trois trajectoires. Ces lieux servent à structurer l’ouvrage en trois parties qui en fait n’en font qu’une.

Fouché, Stefan Zweig (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Fouché, Stefan Zweig, Le Livre de Poche, 2000, trad. Alzir Hella, Olivier Bournac, 288 pages, 6,70 €

 

Auteur de nombreuses biographies, toutes passionnantes, Stefan Zweig est un des écrivains les plus susceptibles de pénétrer le cœur des êtres humains, même si, tel Fouché, ceux-ci en sont dépourvus.

Joseph Fouché reste un des personnages les plus habiles et les plus opportunistes de la Révolution, et il a su traverser tous les régimes qui se sont succédé. Stefan Zweig le décrit comme capable d’avaler « les injures les plus grossières, et, avec un froid sourire, les humiliations les plus pénibles ; aucune menace, aucune fureur n’ébranlera cet homme au sang de poisson ».

Élu député à la convention, il siège dans le parti des plus nombreux, les Girondins. Au moment de voter la peine qui sera prononcée contre Louis XVI, alors qu’il est peu favorable à sa décapitation, il fait le compte des forces en présence ; il en conclut que le roi déchu sera condamné à mort et rejoint sans état d’âme le camp majoritaire.

Les Moments forts (18) : Hopper au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Hopper est le peintre de nos solitudes – le pluriel s’impose –, en plein jour (la nuit peut être un jour cru), même à plusieurs. Mais. C’est surtout le peintre de nos insomnies (même en plein jour). En cela, visiter cette exposition une nuit, c’est particulièrement bien vu (cela a été possible, mais ne vous figurez pas que c’était facile, les gens sont venus, sont venus, sont venus, elle a duré des heures, l’attente*).

Cioran note dans un Cahier : « Cet après-midi, comme j’avais très mal dormi la nuit dernière, j’ai fait la sieste. Plus d’une heure de sommeil lourd, si lourd, qu’en m’éveillant, j’ai eu nettement la sensation d’avoir coïncidé pendant des siècles, des millénaires, avec la matière brute. La nostalgie de la mort n’est peut-être pas autre chose que ce désir de coïncidence, de retour définitif à l’état de non-conscience et d’irréflexion. J’aime l’effondrement dans le sommeil, la sensation d’y être englouti, comme s’il s’agissait d’un abîme maternel, de l’enveloppant univers d’avant la naissance ». Comme le constate Olivier Abel, « [d]ans le sommeil, je romps avec le principe d’individuation, et je fais moins de différence entre moi et un autre qu’entre moi et moi-même ».

La Styx Croisières Cie (II) Février 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 25 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

« Père Ubu : Eh bien, capitaine, avez-vous bien dîné ?

Capitaine Bordure : Fort bien, monsieur, sauf la merdre.

Père Ubu : Eh ! La merdre n’était pas mauvaise.

Mère Ubu : Chacun son goût.

Père Ubu : Capitaine Bordure, je suis disposé à vous faire duc de Lituanie.

Capitaine Bordure : Comment, je vous croyais fort gueux, Père Ubu.

Père Ubu : Dans quelques jours, si vous voulez, je règne en Pologne.

Capitaine Bordure : Vous allez tuer Venceslas ? »

Père Ubu : Il n’est pas bête, ce bougre, il a deviné »

 

Alfred Jarry, Ubu Roi, Acte I, Sc. IV

Jules de Montalenvers de Phrysac : noté dans le Livre de mes Mémoires

Le Nouveau, Philippe Sollers (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 22 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Gallimard

Le Nouveau, Philippe Sollers, Gallimard, mars 2019, 144 pages, 14 €

 

« Pour les séances en mer, Le Nouveau, petit format, traînant derrière lui sa barque, fera l’affaire. Ancrage à 100 mètres, on part très tôt le matin avec la marée, rentrée le soir avec le retour de l’eau. Louis a prolongé cette tradition, qui se retrouve avec moi dans l’encre bleue, le matin et en fin d’après-midi, face au large. Les mouettes commencent leur ballet fou, elles crient dans le ciel d’orage. Je pense à Edna, ma belle Irlandaise. Sa photo est là, sur la cheminée. Elle à l’air gaie ».

Pas surprenant lorsque l’on habite une île, et que l’on est Bordelais, d’avoir des passions marines, pas surprenant lorsque l’on est écrivain, et grand lecteur de Conrad, de souvent prendre le large, à Venise, faisant sienne la devise de Joyce : « Le silence, l’exil, la ruse ». La maison de l’Ile de Ré s’invite souvent sur la pointe des pieds dans les romans de Philippe Sollers. Silencieuse, habitée de silence et de mémoire, elle ne fait pas de vagues, elle est là, comme une boussole, un pôle, qui abrite « L’Isolé absolu » (1). Dans ce film pour la télévision, l’écrivain montre de la main gauche des pages de son cahier, écrites à l’encre bleue :