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Les Chroniques

La mère Michel a lu (5) Été 2019, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 08 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

« La mère Michel a lu un livre ! Au lieu de faire son ménage ? Eh bien, c’est comme ça qu’elle l’a perdu son chat ! »

Denis Diderot, Billet à Sophie Volland (coll. Privée)

 

« Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l’obscurité et du silence ».

Marcel Proust, Le Temps retrouvé

 

« Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur ».

Julien Green, Adrienne Mesurat

Sommaire :

Eve en liberté Peintures Elisabeth Bouillot-Saha Textes Mustapha Saha

Ecrit par Mustapha Saha , le Mardi, 08 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Au-delà des infériorisations exégétiques du phallocratisme triomphant après l’âge de bronze, il faut retenir d’Eve, mère de l’humanité, sa signature ontologique, sa marque étymologique significative de la vie dans ses multiples significations. Depuis plusieurs millions d’années, la conscience humaine se forge dans la contemplation des merveilles de la nature, imagine la volonté secrète qui les façonne sous forme d’œuf cosmique. L’art anthropomorphise cette entité indéfinissable sous forme de Déesse Mère, réponse globale à son intelligence intuitive de la genèse de la Terre et de l’Univers, du mystère de l’existence, de l’énigme de la vie. Cette entité totale est conçue comme principe créateur du monde, sorti du néant, aux commencements des temps. L’art africain lui donne sa première incarnation dans la matière, sa première visibilité, sa première présence identifiable à une génératrice des origines, androgyne, procréatrice de l’incommensurable énergie. Sa sacralisation procure aux artistes-chamanes leur statut de messagers de l’inaccessible, d’intercesseurs de l’invisible, d’interprètes de l’ineffable. Le divin s’élabore dans le silence de l’art avant d’inspirer le verbe qui le nomme. Les premiers temples sont des grottes, des cavernes, des spélonques, des abris souterrains à l’écart du vacarme.

Rivages oubliés, Gebran Saad (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Rivages oubliés, Gebran Saad, éditions Lanskine, mai 2019, trad. arabe, Antoine Jockey, 48 pages, 13 €

 

Le poème spirituel

Je commence avec ces lignes la traversée de plusieurs lectures, à travers trois livres qui ont pris place récemment chez l’éditrice nantaise et parisienne Lanskine. Et, avec beaucoup de bonheur, je découvre la poésie de l’auteur syrien Gebran Saad, traduit de l’arabe par Antoine Jockey. C’est heureux en effet car ce recueil, petit dans son volume, ouvre de larges portes à ce qui fonde pour moi la poésie, c’est-à-dire, l’abandon, et ici plus précisément, l’exil. Et particulièrement, la combinaison d’un exil et d’une conscience spirituelle où se manifeste l’aspect douloureux que le poète et l’homme de foi nouent avec l’état d’exilé, appartenant de gré ou de force à deux situations géographiques, à la double douleur de son ici et maintenant. Cette expatriation due à la guerre, guerre complexe et fratricide, gît dans le cœur du poète comme une blessure intérieure. Mais pas d’images de presse, juste l’expression de la valeur du langage à l’intérieur de la complexité d’une foi, d’une espérance sombre.

Les Moments forts (26) Le Lac des Cygnes à l’Opéra Bastille (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La grâce.

La nécessité d’écrire un compte-rendu de ce spectacle (Le Lac des cygnes dans la version chorégraphiée en 1984 par Rudolf Noureev) ne peut que provoquer le sentiment d’un déchirement. Voire d’une impossibilité. Comment les mots de la tribu (cf. Mallarmé) pourraient-ils rendre compte de ce qui, par essence, transcende toute réalité et donc, bien évidemment, les possibilités du langage (ainsi l’inoubliable finale) ? Dans ces conditions, pourquoi ne pas préférer le silence, pourquoi ne pas se référer au silence, le silence bruissant d’une indicible présence ? Et pourtant, dans le désir de faire partager ce qui me paraît une grâce, je tente de communiquer mon expérience malgré la conscience du caractère dérisoire – par définition – de ma tentative.

Mais il faut pourtant que je travaille, Journal, Articles, Souvenirs, Käthe Kollwitz (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Mais il faut pourtant que je travaille, Journal, Articles, Souvenirs, Käthe Kollwitz, L’Atelier contemporain, septembre 2019, trad. allemand, Sylvie Pertoci, 517 pages, 35 €

Transport et doute de Käthe Kollwitz, artiste allemande

Les cahiers de Käthe Kollwitz (1867-1945), regroupés dans un journal, constituent des archives précieuses, qui prennent place dans la belle édition dirigée par François-Marie Deyrolle. Environ 70 illustrations de haute qualité et de photographies inédites en France de l’artiste et de son cercle enrichissent cet ouvrage dense, au titre révélateur, Mais il faut pourtant que je travaille. Les œuvres graphiques de Käthe Kollwitz plongent la personne humaine dans la tragédie, dans l’ombre de la pauvreté, dans l’anonymat des corps voués à la mendicité ou au labeur d’usine. Elle construit ses autoportraits comme des avatars de visages de femmes du peuple. L’on pense à Munch dans l’entrelacs des corps, des bouches, des mains des lithographies, eaux fortes et fusains, mais aussi au chromo-luminarisme de Seurat et aux séries torturées de Goya. Les gravures sur bois sont griffées de blanc tels les téguments des muscles. La représentation de l’extrême dénuement a à la fois quelque chose de biblique (du fait de l’appartenance des Kollwitz à la Communauté religieuse libre), et de scrutement médical (au vu de la proximité de l’époux de l’artiste, médecin).