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Les Chroniques

Les "cartes et le territoire" de la guerre dans la littérature française - Philippe Annocque, Michel Bernard (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 11 Janvier 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

 

Mon jeune grand-père, Philippe Annocque, éd. Lunatique, coll. Parler Debout, novembre 2018, 192 pages, 20 €

La tranchée de Calonne, Michel Bernard, La Table Ronde, coll. La Petite Vermillon, novembre 2018, 208 pages, 7,30 €

 

« … J’ai reçu aussi une aimable carte de Mme Gillet qui m’envoie aussi ses veux ainsi que ceux de sa famille. Elle se met à ma disposition pour m’envoyer des livres si j’en ai besoin. Présentez-lui mes remerciements et mes meilleures amitiés pour elle et toute sa famille. Les formules de politesse prennent de la place sur une carte où chaque centimètre carré est compté. La politesse est peut-être l’équivalent de la propreté ou du soin vestimentaire, une affaire de dignité », Le 26 janvier 1917, Mon jeune grand-père.

La nuit, Nasser-Edine Boucheqif (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 11 Janvier 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La nuit, Nasser-Edine Boucheqif, éd. Al Mawkib Al Adabi, Maroc, 2017

 

Nuit mystérieuse

Je me fais l’écho d’un livre paru en 2017, parce que parmi les livres que je lis il représente une voix singulière, une sorte de voix de la nuit, du reste plus une nuit physique que mystique. Cependant, le mystère de la nuit de l’auteur me reste énigmatique. Je n’ai pas percé le secret du livre, ce qui en un sens est signe de richesse et de profondeur. Ainsi, la nuit ici est pensée comme une nuit d’insomnie, une nuit qui viendrait buter sur l’éveil, un éveil du petit matin, un éveil du rêve, un éveil du cauchemar brûlant au milieu du sommeil.

La révélation est peut-être là, dans la question du sommeil, dans l’intrigue de dormir, sachant que dormir est sujet à fables, à récits, et que la manière de s’endormir prête au dormeur plusieurs questions renouvelées par le cycle de la léthargie, de l’appesantissement charnel de l’obscurité. La nuit se constitue dès lors comme moment défini par ce qui lui fait limite, finalité, comme le blanc s’oppose au noir, la forêt à la clairière, l’ombre comme fin de la lumière, crépuscule qui découpe le jour.

Le Chant du monde, Jean Giono (par Marianne Braux)

Ecrit par Marianne Braux , le Jeudi, 10 Janvier 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Folio (Gallimard)

Le Chant du monde, Jean Giono, Folio

 

Situé dans la Provence natale de Jean Giono, Le Chant du monde entraîne le lecteur dans une longue épopée paysanne conduite par Antonio, l’homme du fleuve, et son compagnon Matelot, partis à la recherche du fils de ce dernier à travers le pays imaginaire de Rebeillard. Face à eux, la bande à Maudru, maître auto-proclamé des lieux, décidés eux aussi à retrouver le « cheveu rouge », qui a kidnappé la fille de Maudru après avoir tué son neveu à qui elle était promise. L’action est dense et mouvementée comme la galerie des personnages est longue et diverse. Les rencontres sont nombreuses, qui rythment la quête du héros et sa découverte de l’Autre, incarnés par deux personnages éblouissants : Clara l’aveugle aux « yeux comme des feuilles de menthe » et à la parole clair-obscur, de qui Antonio tombera amoureux et apprendra la valeur de l’invisible, et Toussaint le bossu, figure du poète à la « voix d’enfant » qui enseignera au jeune homme le sens de l’intériorité et le pouvoir des mots.

Houellebecq ou l'homo melancholicus - A propos de Sérotonine, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Sérotonine – Michel Houellebecq, Flammarion - 352 p. janvier 2019 – 22 €

Lecteurs, au seuil de Sérotonine, considérez le conseil de Dante aux portes de l'enfer : « abandonnez tout espoir, vous qui pénétrez ici ! »


Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle


De tous temps les vers de la mélancolie ont creusé leurs galeries obscures dans les tréfonds de l'âme humaine. De tous temps les vagues de l'absurde ont corrodé le rivage de la volonté humaine. De tous temps les tentacules de la solitude ont enserré le cœur des hommes. Il y a trois mille ans retentissait déjà le cri funèbre de l'Ecclésiaste : Vae soli !¹ L'artiste s'est particulièrement interrogé sur la difficulté à exister, concourant à l'éclosion d'un libido moriendi² formalisé par Sénèque, magnifié par Lautréamont : « Je veux mourir bercer par la vague de la mer tempétueuse. » Michel Houellebecq, le décadentiste léthargique, s'insère dans cette lignée d'écrivains capables de capter et de retranscrire au plus juste les convulsions du désarroi humain.

Les voyages extraordinaires de Naïa, Jean-Noël Godard (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mardi, 08 Janvier 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Les voyages extraordinaires de Naïa, Jean-Noël Godard, La Draiglaán Éditions, mars 2017, 336 pages, 20 €

 

Ouvrir ce livre serait comme plonger sa main dans l’armoire magique, celle de nos grands-mères parfumées à la lavande, celle de nos lectures d’enfant, le doigt sous chaque mot pour n’en prendre aucun. Le corps entier absorbé.

Ce livre est un conte fantastique, un livre pour enfant, le livre qui unit les enfants aux adultes, les adultes à leur enfance. Un conte philosophique doublé d’un récit initiatique.

N’avons-nous pas oublié nos premières lectures, sans filtres, sans fards, lorsque nous découvrions toute la magie du monde au bout de nos doigts. La magie d’une lettre associée à une autre pépite. La combinaison infinie des lettres et leurs pouvoirs magnifiques.