Identification

Les Chroniques

Fils de MémoireS (par Pierrette Epsztein)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 19 Décembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

 

Pour faire naître un projet, un porteur de projet est indispensable. Cela commence par un désir irrépressible, ancré en soi, qui mûrit et prend forme d’abord dans une tête. Et puis un jour, vient le moment de sa mise en œuvre. Et là, il faut longuement réfléchir au comment, au pourquoi et avec qui le faire exister. Cela prend du temps. Mais quand on est tenace, opiniâtre, infatigable, comme l’est celle qui a porté cette noble idée de promouvoir la culture dans tous ses états, un jour la naissance advient. Et la personne dont je vais maintenant dévoiler le nom et qui possède toutes les qualités c’est Jeanne Orient. Il fallait être sacrément hardie en ces temps de relâchement du lien social pour ne jamais baisser les armes. Elle a commencé par des interviews avec des personnes dont elle admirait le travail, notamment lors du Festival Quartier du Livre qui se tenait à la mairie du cinquième arrondissement de Paris. Puis, elle a poursuivi avec ce dessein de créer l’évènement : Fils de MémoireS. Elle avait pour visée de réunir des auteurs autour d’un thème précis. Ce fil en est maintenant à sa troisième édition et se poursuivra à raison d’une rencontre mensuelle. J’ai assisté à la première qui s’est tenue au café de Flore et dont je suis revenue enthousiaste, vu la qualité des personnes participantes et la haute teneur des échanges. J’ai manqué la deuxième.

Les Moments forts (34) Bonnard à la Tate (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Décembre 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Les peintures de Bonnard irradient une sorte de nitescence qui nous enseigne que la vie, toute vie est une fleur nivéale, la neige du silence étant, pour les siècles et les siècles, ce qui alentour se répand, galopant sur l’étendue de nos existences orphelines.

Tout au long de la visite de cette exposition, il faut songer au pétrichor. Et au friselis d’une rivière.

Le 28 janvier 1935, Matisse affirme à Bonnard, dans une lettre : « la vérité, c’est qu’un peintre existe la palette à la main et qu’il fait ce qu’il peut. […] [L]a théorie est une chose un peu stérilisante ou appauvrissante ». Par la grâce de ces mots, Matisse laisse en Bonnard un bruissement de longue résonance, pour reprendre la formulation de Jean-Baptiste Para. Dès le 1er février 1935, Bonnard répond à Matisse : « Pour le moment je me promène dans la campagne et j’essaie de la voir comme un paysan ». Le poursuit cette idée car il précise sa pensée, quelques jours plus tard, dans une lettre adressée à Vuillard : « Je ne m’ennuie pas car j’ai pas mal travaillé et je suis devenu paysagiste non pas parce que j’ai peint des paysages j’en ai fait très peu mais parce que j’ai acquis une âme de paysagiste ayant fini par me débarrasser du pittoresque, de l’esthétique et autres conventions dont j’étais empoisonné […] ».

La Rhétorique de la haine, La fabrique de l’antisémitisme par les mots et les images, Dominique Serre-Floersheim (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 17 Décembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La Rhétorique de la haine, La fabrique de l’antisémitisme par les mots et les images, Dominique Serre-Floersheim, Honoré-Champion, Coll. Bibliothèque d’études juives, n°66, février 2019, 282 pages, 45 €

 

Qu’est-ce que l’antisémitisme ? Au niveau rudimentaire, la forme de haine la plus ancienne et – paradoxalement (ou par conséquent) – la plus vivace qui soit. Dès le livre d’Esther (composé sans doute au IIe siècle avant Jésus-Christ), Haman déclare au roi Assuérus (3, 8) : « Il est une nation répandue, disséminée parmi les autres nations dans toutes les provinces de ton royaume ; ces gens ont des lois qui diffèrent de celles de toute autre nation ; quant aux lois du roi, ils ne les observent point : il n’est donc pas dans l’intérêt du roi de les conserver » (trad. Bible du Rabbinat). Le reproche traversera les siècles. On trouve chez les écrivains latins des propos peu amènes ; mais – et en l’occurrence le paradoxe est strident – ce fut avec le christianisme, au départ une variante du judaïsme parmi d’autres, que le discours anti-juif acquit une virulence particulière. L’Église a fait amende honorable. Trop peu, trop tard ?

La Styx Croisières Cie (XI) Novembre 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 16 Décembre 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Ère Vincent Lambert, An I

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« Père Ubu : … et puis ils ont tué le pauvre Lascy !

Mère Ubu : Ça m’est bien égal !

Père Ubu : Oh ! mais tout de même, arrive ici, charogne ! Mets-toi à genoux devant ton maître (il l’empoigne et la jette à genoux), tu vas subir le dernier supplice.

Mère Ubu : Ho, ho, monsieur Ubu !

Svetlana Alexievitch : la littérature au-delà de la littérature (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 13 Décembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Svetlana Alexievitch : la littérature au-delà de la littérature, Jean-Philippe Jaccard, Annick Morard, Nathalie Piégay, La Baconnière, octobre 2019, 175 pages, 20 €

 

Ce livre devrait dissiper définitivement les doutes des lecteurs qui hésitent encore à qualifier de littéraire l’œuvre de Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature 2015), sous prétexte qu’elle explorerait la mémoire soviétique avec des méthodes propres au journalisme.

L’ensemble est composé de sept contributions de spécialistes d’histoire ou de littérature (1), encadrées par deux textes d’Alexievitch inédits en français : une admirable allocution prononcée à l’Université de Genève lors de la réception de son prix de Docteure Honoris Causa en 2017 : « À la recherche de l’homme libre (une histoire de l’âme russo-soviétique) », et un entretien de 2013 avec Natalia Igrounova : « Le socialisme a disparu, mais nous sommes toujours là ».