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Les Chroniques

Rivages oubliés, Gebran Saad (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Rivages oubliés, Gebran Saad, éditions Lanskine, mai 2019, trad. arabe, Antoine Jockey, 48 pages, 13 €

 

Le poème spirituel

Je commence avec ces lignes la traversée de plusieurs lectures, à travers trois livres qui ont pris place récemment chez l’éditrice nantaise et parisienne Lanskine. Et, avec beaucoup de bonheur, je découvre la poésie de l’auteur syrien Gebran Saad, traduit de l’arabe par Antoine Jockey. C’est heureux en effet car ce recueil, petit dans son volume, ouvre de larges portes à ce qui fonde pour moi la poésie, c’est-à-dire, l’abandon, et ici plus précisément, l’exil. Et particulièrement, la combinaison d’un exil et d’une conscience spirituelle où se manifeste l’aspect douloureux que le poète et l’homme de foi nouent avec l’état d’exilé, appartenant de gré ou de force à deux situations géographiques, à la double douleur de son ici et maintenant. Cette expatriation due à la guerre, guerre complexe et fratricide, gît dans le cœur du poète comme une blessure intérieure. Mais pas d’images de presse, juste l’expression de la valeur du langage à l’intérieur de la complexité d’une foi, d’une espérance sombre.

Les Moments forts (26) Le Lac des Cygnes à l’Opéra Bastille (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La grâce.

La nécessité d’écrire un compte-rendu de ce spectacle (Le Lac des cygnes dans la version chorégraphiée en 1984 par Rudolf Noureev) ne peut que provoquer le sentiment d’un déchirement. Voire d’une impossibilité. Comment les mots de la tribu (cf. Mallarmé) pourraient-ils rendre compte de ce qui, par essence, transcende toute réalité et donc, bien évidemment, les possibilités du langage (ainsi l’inoubliable finale) ? Dans ces conditions, pourquoi ne pas préférer le silence, pourquoi ne pas se référer au silence, le silence bruissant d’une indicible présence ? Et pourtant, dans le désir de faire partager ce qui me paraît une grâce, je tente de communiquer mon expérience malgré la conscience du caractère dérisoire – par définition – de ma tentative.

Mais il faut pourtant que je travaille, Journal, Articles, Souvenirs, Käthe Kollwitz (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Mais il faut pourtant que je travaille, Journal, Articles, Souvenirs, Käthe Kollwitz, L’Atelier contemporain, septembre 2019, trad. allemand, Sylvie Pertoci, 517 pages, 35 €

Transport et doute de Käthe Kollwitz, artiste allemande

Les cahiers de Käthe Kollwitz (1867-1945), regroupés dans un journal, constituent des archives précieuses, qui prennent place dans la belle édition dirigée par François-Marie Deyrolle. Environ 70 illustrations de haute qualité et de photographies inédites en France de l’artiste et de son cercle enrichissent cet ouvrage dense, au titre révélateur, Mais il faut pourtant que je travaille. Les œuvres graphiques de Käthe Kollwitz plongent la personne humaine dans la tragédie, dans l’ombre de la pauvreté, dans l’anonymat des corps voués à la mendicité ou au labeur d’usine. Elle construit ses autoportraits comme des avatars de visages de femmes du peuple. L’on pense à Munch dans l’entrelacs des corps, des bouches, des mains des lithographies, eaux fortes et fusains, mais aussi au chromo-luminarisme de Seurat et aux séries torturées de Goya. Les gravures sur bois sont griffées de blanc tels les téguments des muscles. La représentation de l’extrême dénuement a à la fois quelque chose de biblique (du fait de l’appartenance des Kollwitz à la Communauté religieuse libre), et de scrutement médical (au vu de la proximité de l’époux de l’artiste, médecin).

Le souci de la terre, Virgile (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie, Gallimard

Le souci de la terre, Virgile, Gallimard, mars 2019, trad. nouvelle du latin par Frédéric Boyer des Géorgiques, 264 pages, 21 €

 

Qui fut Virgile ? Qui fut réellement Virgile ? Frédéric Boyer le présente magnifiquement, dans Faire Virgile : « Passer de Mantoue à Naples. Chassé du toit paternel et des bords sinueux du Mincio, exproprié un temps de ses terres, garder toujours le souvenir de Mantoue et de ses prairies. Poète né paysan, quitter sa naissance obscure et se faire réapparaître dans un poème en berger chanteur. Avoir lu Hésiode, Théocrite, Caton, Varron. S’intéresser avec eux à la res rustica (la matière agricole) dont on parle beaucoup à présent que l’on prétend occuper aux champs les vétérans désœuvrés des guerres civiles qui ont déchiré la République. Et après que ces guerres ont probablement causé ravages, rapines, famines, destructions des récoltes et des domaines agraires. Être contemporain de Tite-Live et d’Horace. N’avoir que vingt et un ans quand éclate la guerre civile qui conduit à la fin de la République romaine. Apprendre que César est assassiné. Avoir connu ainsi les dernières convulsions de la République romaine et développé son œuvre pendant l’âge augustéen, période de paix et de création, diront les chroniqueurs.

Kathleen Raine « La fleur du monde » (par Véronique Saint-Aubin El Fakir)

Ecrit par Véronique Saint-Aubin Elfakir , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans Les Chroniques, La Une CED

Pour Kathleen Raine, le monde de l’enfance semble s’apparenter à un jardin paradisiaque dans les landes écossaises. En effet, son tout premier souvenir se rapporte à l’image de fleurs de groseilliers longuement contemplées, comme le relate le premier volume de son autobiographie (1) : « (…) je les contemplais, ces corolles minuscules et parfaites, au cœur secret, dans le ravissement d’une connaissance extatique ». Ce ravissement s’accompagne d’un sentiment de reconnaissance et de présence totale qui n’est pas sans évoquer ces « instants d’être » chers à Virginia Woolf où la réalité semble se condenser en quelques éclats mystérieux. C’est ce sentiment d’union ou de réunification avec la nature qu’elle n’aura de cesse de vouloir retrouver à travers sa vocation artistique et que de nombreux poèmes ne cessent de célébrer :

J’avais pensé écrire un poème différent,

Mais, m’arrêtant un instant dans mon jardin à l’abandon,

J’aperçus, tout d’un coup, le paradis descendant dans le soleil

Matinal

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