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Les Chroniques

Réarmement lumière, Alexandre Desrameaux (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 08 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Réarmement lumière, Alexandre Desrameaux, Ed. Des Vanneaux, Coll. L’Ombellie, mars 2018, 58 pages, 15 €

 

Le titre à première lecture interpelle : Réarmement lumière, mais encore ? Signalétique d’un opus poétique, le lecteur l’interprète d’emblée en son sens figuré et se souvient que le réarmement a pu historiquement désigner un mouvement de rénovation spirituelle fondée sur des valeurs pacifiques et altruistes, « réforme du monde par une réforme de la vie personnelle ». Gandhi en fut un représentant avec sa doctrine de non résistance fondée sur des moyens pacifiques. Est-ce de cela que nous parle ici le poète Alexandre Desrameaux ? Appliqué à la poésie nous devinons que le réarmement désigne ici un rechargement des batteries pour « transformer la vie » au sens rimbaldien. Du moins le supposons-nous de prime abord. L’illustration de couverture qui représente un détail d’une œuvre picturale signée du poète d’envergure Bernard Noël, confirme cette orientation par sa légende « Les soupirs de la méthode » et nous conforte dans l’idée que nous nous ouvrons là à la lecture d’un cheminement, cognitif et créatif très probablement, les deux se complétant, formant la dimension non systémique mais totalisante de notre intégration au monde ici pulvérisé pour souffler le carcan de remparts transfigurés en « fumées d’escaliers, montant Babel de chiffres et prouvant dieu malgré eux ».

Éphémérides créatives - Oscar Wilde & Henri Michaux (par Jean-Marc Dupont)

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Jeudi, 08 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

16 octobre : éphémérides créatives (I), Oscar Wilde : critique créative, « Vouloir le vrai, c’est s’avouer impuissant à le créer »

Le 16 octobre 1854, naissance de l’écrivain irlandais Oscar Wilde (mort le 30 novembre 1900)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde

« La logique est le dernier refuge des gens sans imagination », Oscar Wilde [*]

« Pas une carte au monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas », Oscar Wilde

Le site officiel : https://www.cmgww.com/historic/wilde/

En évoquant divers écrits [1] Yves Landerouin rappelle que « Ces textes résultent d’une pratique qu’Oscar Wilde a décrite dans son essai The Critic as Artist (1891) et à laquelle on pourrait donner le nom de “critique créative” : ils ont en commun de manifester leur lien avec une autre œuvre, de remplir une ou plusieurs fonctions de la critique (juger, décrire, interpréter l’œuvre en question) et de présenter eux-mêmes les caractéristiques d’une nouvelle création (disons provisoirement : les formes des genres réputés créatifs, la prépondérance de l’imagination et de la subjectivité).

Gargantua, François Rabelais (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Cette semaine

Gargantua, François Rabelais, Flammarion, 2016, translation en français moderne Myriam Marrache-Gouraud, 477 pages, 4,90 €

 

Palsambleu, quelle créativité, quelle gouaille, quelle outrance, ce Rabelais ! Les braises de la paillardise ne l’effrayaient guère. Il les maniait et les sculptait avec tellement d’habileté, d’élégance et d’humour qu’elles parviennent en nos mains transformées en pépites littéraires. Avec Pantagruel (1532), premier volume d’une pentalogie (pintalogie, devrait-on dire) composée également de Gargantua (1534), Le tiers livre (1546), Le quart livre (1548 et 1552) et Le cinquième livre (1565), l’écrivain français défricha le champ romanesque près d’un siècle avant Cervantès. Gargantua retrace les aventures épiques et cocasses du géant et père de Pantagruel, de la naissance à l’âge adulte.

François Rabelais, tour à tour moine, étudiant, médecin, écrivain, né on ne sait quand (1483 ou 1494) du côté de Chinon, ne lésinait pas sur la truculence, la facétie, l’invraisemblance. À telle enseigne qu’il fit naître son héros au terme de onze mois de gestation, et par l’oreille s’il vous plaît. L’imagination recèle tellement de ressources inexploitées.

La Cartothèque, Lev Rubinstein (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La Cartothèque, Lev Rubinstein, Le Tripode, novembre 2018, trad. Hélène Henry, 288 pages, 22 €

 

 

J’avoue que j’ai été surpris par l’originalité de ce livre que publient les éditions du Tripode, maison que je ne connaissais pas du reste. Surpris, mais pas perdu ; étonné, mais participant comme liseur à la ligne esthétique de l’ouvrage ; déstabilisé, dans le sens où c’est la liberté d’abord qui se donne à lire ici, liberté du mouvement des vers, liberté de ton, liberté formelle, liberté de l’invention textuelle. Car si l’on en croit les dates de production des recueils, qui s’échelonnent de 1976 à 2006, l’on voit combien cette façon d’inventer, de créer du moderne (au sens de Rimbaud, c’est-à-dire « absolument »), parfois avec humour, gravité souvent mais sans emphase, conduit à ne pas tremper sa plume dans la veine lyrique ou très peu, et à nous livrer ainsi un univers typique, sans faux-semblants, entêtant et entraînant.

Le Triomphe de la bêtise ou Le gâteau au chocolat du président Donald Trump, Armand Farrachi (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Triomphe de la bêtise ou Le gâteau au chocolat du président Donald Trump, Armand Farrachi, Actes-Sud, mai 2018, 112 pages, 12,50 €

Pétrarque (1304-1374) fut l’inventeur d’une rhétorique amoureuse qu’on imita durant près de cinq siècles, jusqu’au Romantisme. Ceux qui feuillètent encore son Canzonierene remarquent pas toujours que le recueil est composé de deux parties, les « Sonetti et Canzoni » et les « Trionfi », qu’on lit encore moins que le reste, poèmes allégoriques en tercets (comme la Divine Comédie), mettant en scène successivement le Triomphe de l’Amour, de la Chasteté, de la Mort, de la Gloire, du Temps et de l’Éternité. Les Trionfi suscitèrent des épigones, pas autant, toutefois, que les sonnets amoureux, qui ont placé une bonne part de la poésie française du XVIesiècle sous le signe d’un pétrarquisme de série.

Armand Farrachi proposerait-il un septième triomphe, celui de la Stupidité, qui engloberait les six autres (sans doute la bêtise n’est-elle pas éternelle, mais ne serait-elle pas immortelle ?) ? Lointaines héritières de Joachim de Flore, les Lumières avaient formulé la croyance à un progrès infini (ou à des progrès, le XVIIIesiècle employant plus volontiers le terme au pluriel). De manière visible, Armand Farrachi ne partage pas (ou plus) cette foi :