Identification

Les Chroniques

La Styx Croisières Cie - Février 2020 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 19 Mars 2020. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Ère Vincent Lambert, An II

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« Le fanatique, lui, est incorruptible : si pour une idée il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle ; dans les deux cas, tyran ou martyr, c’est un monstre. Point d’êtres plus dangereux que ceux qui ont souffert pour une croyance : les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyrs auxquels on n’a pas coupé la tête » (E. M. Cioran, Précis de décomposition, Généalogie du fanatisme).

 

Les Moments forts (44) Modernité de la préhistoire, au Centre Pompidou (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Mars 2020. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Artiste, l’homme préhistorique ? Si tant est qu’être artiste, c’est nourrir les âmes à venir. Pourquoi non ? N’est pas forcément artiste celui ainsi nommé. Et n’est pas forcément artiste celui qui accède par la signature, pour sa génération (possiblement pour les générations), à un nom propre (correspondant à l’état civil ou inventé), prélude prétendument nécessaire au fait de faire œuvre.

En outre, peut être artiste celui qui s’ignore tel. Est – sans le savoir – un grand artiste, celui qui, apnéiste, laisse la beauté dans la présence, celui qui, dans la solitude d’une méditation, plonge, fait corps avec l’immensité aux lèvres pâles, s’en va découvrir, explorer le paysage de l’intérieur de l’océan, et, ce faisant, s’explore lui-même, et, ce faisant, par son silence, devient la voix de l’océan, car, comme l’a professé Shih T’ao : « À présent que le Paysage est “né” de moi et moi du Paysage, celui-ci me charge de parler pour lui. J’ai cherché sans trêve à dessiner des cimes extraordinaires. L’esprit du Paysage et mon esprit se sont rencontrés et par là transformés, en sorte que le paysage est bien en moi ».

Une Lumière au cœur de la nuit, Georges Banu (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 17 Mars 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Une Lumière au cœur de la nuit, Georges Banu, Arléa, février 2020, 128 pages, 17 €

 

Mémoire de la lumière

Aller dans la lecture du dernier livre de Georges Banu, c’est un peu comme aller au spectacle. Non pas seulement parce que beaucoup de ces pages relatent et témoignent de différents spectacles, mais aussi pour le profit que l’on acquiert de la personne du critique. Ce dernier nous permet à la fois de vagabonder dans les théâtres, dans les villes, et pour finir, avec sa personne elle-même. La base, d’ailleurs, de la dissertation élégante et juste assez brève de cet ouvrage, permet par son sujet, le lustre, de revenir à l’enfance, en une manière proustienne, enfance d’un Roumain qui a choisi adulte la France. Et puisque j’évoque Proust, il me vient à l’esprit ce que dit Walter Benjamin de la phrase proustienne, qu’il considère comme une crue, la crue du Nil qui enfle et se dilate. Ici, c’est le lustre lui-même dont la lumière s’agrandit et se diffuse, de la petite enfance jusqu’à l’histoire de l’auteur depuis son installation à Paris en 1970 et la découverte d’un spectacle de Robert Wilson. Ce Roumain venu d’un pays angoissé, disons mieux, terrorisé par des années où l’éclairage était rationné par le gouvernement de Ceausescu, l’arrivée à Paris et ce premier spectacle parisien en sa débauche de feux et d’illuminations situent bien le contexte de ce livre important, qui déborde de beaucoup la stricte critique théâtrale.

Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 16 Mars 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom, Le Livre de Poche, 2010, 512 pages, 8,30 €

À la lumière de la rétrospectivité, eût-il fallu purger Nietzsche de sa névrose et javelliser son désespoir ? Au regard de la densité de son œuvre, sans doute pas. Au regard de sa santé mentale et de son agonie démente et mutique longue de dix ans, assurément oui.

Novembre 1882, Friedrich Nietzsche (1844-1899) est un homme seul, effroyablement seul, retranché, accablé de migraines atroces et autres maux physiologiques. Son double littéraire Zarathoustra dragonne son esprit. Tandis que le public la boude superbement, ses pairs décrient sa philosophie iconoclaste, délestée d’académisme, dispensée à coups de marteau, teintée de lyrisme poétique et prophétique. Sa rupture avec Lou Von Salomé est consommée, à l’inverse de leur liaison, demeurée chaste. Un baiser sur le sentier du Sacro Monte au-dessus du lac d’Orta et la belle sylphide de 21 ans s’est rétractée dans sa coquille, renâclant vigoureusement à tout ébat sensuel et déclinant la demande en mariage du moustachu exalté. Ébranlé par ce camouflet, Nietzsche touche le fond. Il considérait Lou comme une âme-sœur et se sent littéralement trahi. Il déverse son affliction dans des brouillons de lettres venimeuses dont l’inélégance inhabituelle transpire l’amertume :

Ma Jian (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Vendredi, 13 Mars 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED


« La vie : on croit avoir tout vu comme par la vitre d’une voiture qui roule à travers les villes, les foules, les campagnes, mais les choses n’ont fait que défiler ».

« La mémoire se fourvoie dans une histoire imaginaire qui ressemble à la vie. La petite enfance, l’âge amoureux, les jours malheureux : c’est le lot de tous. Pour nous qui menons des existences identiques, qui vivons dans les mêmes logements, avons les mêmes idées, les mêmes sourires, une crise de larmes ou un fou rire sont salutaires »

(Ma Jian, Nouilles Chinoises)

Journaliste, photographe, peintre, poète, être multifacette et turbulent, à l’allure peu orthodoxe, en rupture du monochromatisme dans lequel est enfermé le peuple chinois, Ma Jian est sommé en 1983 de faire son autocritique publique dans le cadre de la campagne contre la « pollution spirituelle » lancée par Deng Xiaoping (successeur de Mao).