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Les Chroniques

Olga et les siens, Alain Jomy, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 30 Mars 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Olga et les siens, Alain Jomy, Alma Editeur, février 2018, 450 pages, 23 €

 

– Oui, on nous oubliera. C’est notre sort, rien à faire. Un temps viendra où tout ce qui nous paraît essentiel et très grave sera oublié, ou semblera futile. Curieux, mais il nous est impossible de savoir aujourd’hui ce qui sera considéré comme élevé et grave, ou comme insignifiant et ridicule… Anton Tchékhov (Les Trois Sœurs, trad. Génia Cannac et Georges Perros).

Alain Jomy a décidé de faire mentir cette affirmation. Il va remonter le cours du temps, réactiver la mémoire et creuser l’histoire de sa filiation avec la minutie d’un détective à l’affût du moindre indice et la compétence d’un documentariste en liant l’atmosphère d’une époque agitée, retrouvée dans des archives, avec toutes les traces conservées par chacun des membres de sa famille pour reconstituer les pérégrinations de sa lignée depuis le dix-neuvième siècle jusqu’à aujourd’hui. C’est pour lui, au moment où il a atteint un âge respectable et où il est un des rares ascendants encore en vie, comme une mise en demeure impérative de faire revivre tous ces disparus. Depuis l’enfance, il écoutait beaucoup. En prenant de l’âge, il a fouillé partout, il a voyagé dans tous les pays où sa lignée avait à un moment de ses pérégrinations déposé ses valises et son existence, avec une curiosité en éveil de reporter. Comme le documentariste qu’il est, il s’est donné comme mission de retisser cette histoire qui est aussi son histoire et de la transmettre.

Éphémérides créatives du mois de mars (1), par Jean-Marc Dupont

, le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

28 mars : éphémérides créatives (I), Virginia Woolf – « Si je ne suis pas moi-même, je ne suis personne »

Le 28 mars 1941, disparition de la femme de lettres anglaises Virginia Woolf (née le 25 janvier 1882)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Virginia_Woolf

International Virginia Woolf Society : http://sites.utoronto.ca/IVWS/

Linda Anderson explique ici [1] que « si vous lisez les cahiers publiés d’écrivains célèbres, vous constaterez qu’ils les utilisent souvent comme l’endroit où ils “se détendent” pour écrire et où ils réfléchissent sur leur processus créatif. Par exemple, Virginia Woolf a souvent réfléchi à son processus d’écriture dans son journal. Parce que le journal ne “compte pas comme écrit”, elle a pu l’écrire dans un “galop rapide au hasard”. Elle a trouvé que ce genre d’écriture non préméditée et occasionnelle donnait souvent de bons “accidents” et de précieuses découvertes », et de citer un fragment de ses notes (20 janvier 1919) :

Les Moments forts (6) : Modigliani à Londres, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 28 Mars 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Les paupières abaissées mettent dans certains visages peints par Modigliani cette continuité parfaite que les yeux n’interrompent pas. Le sommeil, splendeur vécue. Peint comme une fleur ouverte, odoriférante. Le sommeil qui, plume, danse de nietzschéenne façon sur un corps, dénudé. Un corps entré (niché) dans son abandon.

Le demi-abandon, comme Female nude (1916) [salle 9 titrée « Heading South »]. Ou l’abandon vrai, bouleversant, comme Nude (1917) [salle 9]. Alors se lèvent et dansent quelques phrases proustiennes : « [S]entant que son sommeil était dans son plein, que je ne me heurterais pas à des écueils de conscience recouverts maintenant par la pleine mer du sommeil profond, délibérément, je sautais sans bruit sur le lit, je me couchais au long d’elle, je prenais sa taille d’un de mes bras, je posais mes lèvres sur sa joue et sur son cœur ; puis, sur toutes les parties de son corps, posais ma seule main restée libre et qui était soulevée aussi, comme les perles, par la respiration d’Albertine ; moi-même, j’étais déplacé légèrement par son mouvement régulier : je m’étais embarqué sur le sommeil d’Albertine ».

Le journal de MCDem (11), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 27 Mars 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Jeudi 14 décembre 2017

dans le châssis des mots

ouvrir

une voie nouvelle

l’infini à portée d’image

lucarne

taillée dans la pente des mots

sous l’arbalétrier de la veille

tu découpes une fenêtre

dans le miroir

les mots branchés dans l’arbre

Correspondance avec Tristan Tzara et Francis Picabia (1919-1924), André Breton, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 26 Mars 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Correspondance avec Tristan Tzara et Francis Picabia (1919-1924), André Breton, Gallimard, décembre 2017, 247 pages, 26 €

« Mon ami Jacques Vaché disait : “L’art n’est pas une sottise. Presque rien n’est une sottise. L’art doit être une chose drôle et un peu assommante : c’est tout” », André Breton (Juin 1919)

On sort à peine de la première Guerre mondiale. Il s’agit, pour l’essentiel, de la naissance et des premières évolutions du mouvement Dada, inspiré par Tzara, le dynamiteur absolu. L’introduction d’Henri Béhar situe clairement les choses, et ses notes au fil des pages, abondantes, circonstanciées, nous en laissent deviner ou nous en font mieux connaître les aléas et difficultés.

On est, surtout, dans des projets rarement aboutis, des échanges de textes et d’illustrations pour diverses revues, des rendez-vous manqués ou pas. Avec Francis Picabia, la correspondance est souvent plus animée et divertissante. Néanmoins, n’exagérons rien : on se connaît depuis peu, on s’observe, et d’une certaine façon on marchera sur les plates-bandes de l’autre à la première occasion. Breton est dans le deuil quasi éternel de son ami Jacques Vaché, lequel, dans ses Lettres de guerre, avait parfaitement deviné, Henri Béhar nous le rappelle,