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Pays arabes

Le Bel Otage, Zayd Muti’Dammaj

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 10 Janvier 2014. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Contes, Editions Zoe

Le Bel Otage (Al Rahina), traduit de l’arabe du Yémen par Nada Ghosn, 157 pages, 18 € . Ecrivain(s): Zayd Muti’Dammaj Edition: Editions Zoe

 

Au cours des années de troubles et d’agitation permanente qui préludent à l’assassinat, en 1948, de l’imam-roi Amir al-Mumenin al-Mutawakkil ‘Ala Allah Rab ul-Alamin, Imam Yahya ben al-Mansur Bi’llah Muhammad Hamideddin (sic), de nombreux fils de chefs rebelles ont été enlevés à leur famille et retenus comme otages dans les forteresses des gouvernorats.

Le héros de ce surprenant conte-roman est l’un de ces jeunes captifs. Après une période de forteresse, il est transféré au palais du gouverneur comme duwaydar, affecté au service particulier, aussi longtemps qu’il n’est pas devenu pubère, de la belle Sharifa Hafsa, la jeune sœur du gouverneur, divorcée, oisive, capricieuse, sensuelle, agitée de pulsions qu’elle ne parvient pas à brider.

L’otage, narrateur à la première personne, découvre peu à peu les règles arbitraires et archaïques d’une société de palais hypocrite, fermée sur elle-même, où les duwaydars, valets le jour, sont la nuit les jouets des femmes du sérail qui se les disputent.

Amir, Nabil Naoum

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 04 Juin 2013. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Sindbad, Actes Sud

Amir, traduit de l’arabe (Egypte) par Luc Barbulesco, avril 2013, 185 pages, 21 € . Ecrivain(s): Nabil Naoum Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Avec Nabil Naoum, le lecteur est habitué aux récits fantastiques. Ceci est particulièrement manifeste dans les recueils de nouvelles Le voyage de Râ et Le rêve de l’esclave, publiés respectivement en 1988 et en 1994. L’accent particulièrement sombre et tragique dans une nouvelle-titre Le rêve de l’esclave donne une marque de fabrique et de créativité à Nabil Naoum.

Cependant, Nabil Naoum dans Amir surprend son public en orientant son intrigue vers d’autres thématiques. Dans Amir, l’auteur s’intéresse à l’initiation de son personnage et à sa quête de l’absolu qui va conditionner sa vie. En effet, Amir est un être chétif et maladif. Né avec une difformité et protégé par sa grand-mère et sa mère, il grandit dans l’espoir de trouver l’amour absolu, cette « trouvaille » comme l’appelle André Breton dans Arcane 17. Cette quête existentielle, quasi mystique, mènera Amir aussi bien vers le succès que vers de cuisants échecs.

Le roman comporte neuf chapitres. Dans le premier, il s’agit pour l’auteur de camper son personnage et d’expliquer sa différence : l’atrophie du côté droit de son torse. Amir, dès les premières pages, l’explique en introduisant le rapport des médecins qui ont assisté à sa naissance :

Deux chambres avec séjour, Ibrahim Aslân

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 20 Mars 2013. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Deux chambres avec séjour, traduit de l’arabe (Egypte) Stéphanie Dujols, février 2013, 124 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Ibrahim Aslân Edition: Actes Sud

 

Petit livre aux dimensions du modeste appartement, dont il est question, ici. Petit, mais à la densité extrême de ce qui s’y passe : la vie…

L’histoire tient dans une paire de babouches – usées, familières, posées sur la palier.

Khalil est vieux, usé lui aussi, mais fier de tenir encore debout. Ihsan, est le versant féminin de l’attelage qu’on imagine avec tendresse rouler depuis un bon bout de temps. Ils ne sortent plus beaucoup, ressassent des miettes de souvenirs, se chamaillent pour des riens, conjuguent au passé. Un – doux et tendre – « au théâtre ce soir », sis au cœur du vieux Caire.

Ishan vient à mourir. Portes et fenêtres s’ouvrent sur la rue, les anciens copains, les voisins qu’on connaissait au fond bien peu… Le temps continue sa course au rythme de la pendule des « vieux » chers à Brel…

Mauvaises passes, Mohamed Al-Azab

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 01 Mars 2013. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Seuil

Mauvaises passes (Wuqûf mutakarrir), traduit de l’arabe égyptien par Emmanuel Varlet, Seuil, format kindle février 2013, 176 pages . Ecrivain(s): Mohamed Al-Azab Edition: Seuil

 

Nous est familier, dans le roman, l’usage de la troisième personne, qui instaure, entre le personnage « IL » et le narrateur, la distance maximale.

Nous sommes habitués, également, à l’emploi du JE, qui abolit cette distance pour donner l’illusion que le narrateur et le héros sont une seule et même personne.

Mohamed Al-Azab, pour ce roman court et dense, a fait le choix d’une autre perspective, beaucoup moins courante : le narrateur s’adresse au personnage principal en utilisant le TU.

Certes nous connaissons des exemples de romans à la deuxième personne (La Modification, de Michel Butor, ou Un homme qui dort, de George Pérec, pour ne citer que ceux-là). Dans ces exemples, le narrateur s’adresse au lecteur, et l’institue, de gré et de force, héros du récit.

D'autres vies, Imane Humaydane

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 19 Octobre 2012. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Verticales, Moyen Orient

D’autres vies, trad. arabe Nathalie Bontemps, septembre 2012, 189 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Imane Humaydane Edition: Verticales

 

C’est un livre-vie-voyage, un peu comme Le garçon qui voulait dormir d’Aharon Appelfeld, auquel on pense tout du long.

Il en va de souffrances fondatrices qui, chez l’un, le tenaient dans un sommeil écran, et chez elle – Myriam – la bloquent dans un avion qui va d’un point à l’autre, comme si se poser quelque part était impossible. C’est du reste un aéroport qui illustre la couverture de ce beau livre attachant, qui, comme celui de l’écrivain israélien, décline lieu, mémoire et identité.

Une superbe chanson de Maxime Le Forestier disait : « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… Y’a des oiseaux de basse-cour et des oiseaux de passage, ils savent où sont leurs nids, qu’ils rentrent de voyage, ou qu’ils restent chez eux, ils savent où sont leurs œufs… ».

C’est bien de tout ça dont il est question, quand on est Beyrouthaise – vieille famille druze de la Montagne à cèdres – qu’on est parti, en pleine guerre, quand les bombes tuaient les frères, rendaient fous les pères, et muettes les mères ; quand les paysages, le soleil et même la Méditerranée explosaient.