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Chroniques régulières

Zainab Fasiki* La révolution des mœurs par l’art (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 07 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

La bande dessinée de Zainab Fasiki s’intitule Hshouma, mot-clé qui clignote, depuis des siècles, dans les cerveaux marocains comme une alerte culpabilisante. Une machine morale qui broie d’avance toute résistance. Le livre, rouge et noir, indocile et libertaire, se décline comme un blog réfractaire, un graff’zine pamphlétaire. L’esprit soixante-huitard souffle sur les slogans ravageurs. Le message se condense dans sa métaphore. L’image émoustille et scintille comme un sémaphore. Les slogans, les aphorismes, les fragments livrent l’insoutenable vécu dans sa crudité liberticide. Dans cette sémiotique minimaliste, le signe et le signal se répandent en écho. Le cri se fait symbole. La candeur apparente cache une ambition désarmante. Zainab Fasiki veut, à l’instar du poète Arthur Rimbaud, que son dessin soit plus qu’un dessin, qu’il soit catalyseur de révoltes salutaires et locomoteur d’une libération des mœurs, transformateur de la société et transfigurateur de la vie. Qu’il soit une onde de choc, qui délivre les âmes malades de leur tourmente héréditaire.

Les moments forts (34) « Les noces de Figaro » à Prague (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 05 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Quel bonheur d’écouter Mozart dans le théâtre où a été donnée la première de Don Giovanni, le théâtre Nostitz (quand bien même le compositeur s’est plaint des retards apportés à la mise en scène, des difficultés rencontrées avec le personnel du théâtre de Prague, avec la troupe de Bondini « qui n’est pas aussi habile que celle de Vienne pour monter un tel opéra »).

Ce bonheur semble être partagé par tous, praguois ou touristes ! Et ce depuis le premier jour ; comme l’écrit André Tubeuf, « Prague […] va […] faire [à Mozart] la surprise bouleversante de raffoler de son Figaro, qu’on chante partout, et qu’on sifflote quand on ne le chante pas […]. Mozart a été fêté à Prague […] ».

À l’écoute de cette représentation des Noces de Figaro (bien que soient perfectibles les travaux vocal, instrumental – fausses notes d’un bassoniste à la fin de l’ouverture –, scénique), du fait de la jouissance des spectateurs, de celle des chanteurs (chacun s’amuse, à sa manière, chacun célèbre le hic et nunc), l’on ne peut que se remémorer ce passage du Mozart de Jean Blot :

La Styx Croisières Cie (IX) Septembre 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 31 Octobre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Ère Vincent Lambert, An I

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« On empile les nobles dans la trappe.

Père Ubu : Dépêchez-vous plus vite, je veux faire des lois maintenant.

Plusieurs : On va voir ça.

Père Ubu : Je vais d’abord réformer la justice […].

Plusieurs magistrats : Nous nous opposons à tout changement.

Père Ubu : Merdre. D’abord les magistrats ne seront plus payés.

Magistrats : Et de quoi vivrons-nous ? Nous sommes pauvres.

Père Ubu : Vous aurez les amendes que vous prononcerez et les biens des condamnés à mort.

Les Moments forts (28) - Aménophis III, le Pharaon-Soleil siégeant au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 29 Octobre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

L’art préféré du peintre Francis Bacon ? L’expressionnisme ? Que nenni. L’art égyptien. Francis Bacon l’a dit, à plusieurs reprises, lors d’entretiens [1] : « je pense que l’art égyptien est de loin le plus grand qui soit jamais apparu ». « Par exemple ces deux grandes sculptures, Rêhetep et sa femme, au musée du Caire, sont pour moi les œuvres les plus merveilleuses qui existent ». « [L’]art égyptien […] est un art traditionnel dans le sens que j’appellerais religieux. Les figures sont extrêmement vivantes et réalistes, […] avec ces visages peints […] où vous avez une présence extraordinaire. Je voudrais que ma peinture soit présente […] ».

Cette présence, pour Malraux, c’est la beauté. Ainsi qu’il le confie dans son discours prononcé à Paris le 8 mars 1960 pour sauver les monuments de Haute-Égypte, en réponse à l’appel de l’Unesco (nous soulignons) : « La beauté est devenue l’une des énigmes majeures de notre temps, la mystérieuse présence par laquelle les œuvres de l’Égypte s’unissent aux statues de nos cathédrales ou des temples aztèques, à celles des grottes de l’Inde et de la Chine – aux tableaux de Cézanne et de Van Gogh, des plus grands morts et des plus grands vivants – dans le Trésor de la première civilisation mondiale ». Et Malraux clôt ainsi son discours, passage qu’il réutilisera tel quel dans ses Antimémoires : « Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévale ni la négligence des constellations ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort ».

Les Moments forts (30) Die Zauberflöte à Londres (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 23 Octobre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Enfin une Flûte enchantée enchanteresse ! Cela tient entièrement à la mise en scène de Simon McBurney.

L’on se souvient de la séquence du Club Silencio, dans Mulholland Drive (2001). Je raconte de mémoire. Tout est enregistré. On l’apprend, on le comprend avec le trompettiste. Cela nous est répété. Comme un avertissement. La musique qu’on entend est enregistrée, on nous le dit encore une fois. Il n’y a pas d’orchestre ; c’est une illusion. Puis vient cette femme en grand deuil. En grand deuil d’elle-même : elle est en proie à la douleur d’être, au regret du passé, à la nostalgie de l’insouciance, à la pulsion du chant qui tient autant à la mort qu’à la vie. On boit son chant. On boit – très expressif, très maquillé – son visage, qui module ce chant. On en oublie l’avertissement qui a été proféré, proféré encore. Cette femme s’écroule. Perd connaissance. Son chant continue. Par deux hommes, elle est – pendant que son chant, déchirant, continue de s’élever, d’invisiblement tournoyer – sortie de scène, avec calme. Une lenteur qui prouve, peut-être, que la perte de connaissance était pareillement jouée. Et là le miracle advient.