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Chroniques régulières

Le Scalp en feu (X), par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Samedi, 03 Décembre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Poésie Ô lapsus », Robert Desnos

 

Le Scalp en feu est une chronique irrégulière et intermittente dont le seul sujet, en raison du manque et de l’urgence, est la poésie. Elle ouvre un nombre indéterminé de fenêtres de tir sur le poète et son poème. Selon le temps, l’humeur, les nécessités de l’instant ou du jour, ces fenêtres changeront de forme et de format, mais leur auteur, un cynique sans scrupules, s’engage à ne pas dépasser les dix à douze pages, ou à peine plus, pour l’ensemble de l’édifice. Le Scalp est publié, simultanément ou non, par les magazines en ligne : La Cause littéraire, et Recours au poème. Lecteur, ne sois sûr de rien, sinon de ce que le petit bonhomme, là-haut, ne lèvera jamais son chapeau à ton passage car, fraîchement scalpé, il craint les courants d’air (Michel Host)

Le vieillard et le premier cahier, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 30 Novembre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« … Le pays se déchire comme un vieux journal. Je regarde et je tente de rassembler les morceaux pour comprendre, mais je n’y arrive pas ! La météo se mêle au blé, un général parle pendant qu’on distribue des logements, une réforme est annoncée alors que la pluie n’est pas tombée. C’est chacun dans son coin. Comme s’il ne restait du lien du sang que les martyrs d’autrefois. C’est épars, dans le vent mais sans le sens. Comme mon corps : je sais que je glisse vers la tombe en froissant ma peau par la vieillesse, mais le monde m’apparaît comme un jeu de cartes éparpillées. Il y a sûrement une règle de jeu. Mais je l’ai oubliée à la naissance, je crois. Comme tout le monde.

C’est alors qu’on me sort une chaise et qu’on me met au soleil vers 11h dans la petite cour de la maison au village. C’est un moment de bonheur que de sentir le soleil et de regarder les avions minuscules quand ils passent dans le ciel bleu et tracent un trait de fumée blanche. J’imagine les vies dedans, leurs buts laborieux, tout le tintamarre des préoccupations et des peurs, la galaxie des objets qu’on a tous dans la tête et les poches et les sacs et qui nous suivent et nourrissent leur nécessité de nos désirs.

A propos de Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 28 Novembre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala, éd. La Maison brûlée, novembre 2016, 136 pages, 15 €

 

 

Au risque de répéter ce qui a été dit déjà au sujet de la forme très originale et particulière du théâtre de Catherine Gil Alcala, il faut se faire à l’idée qu’il y a là un style d’auteur, et un vrai monde. Ce monde est fait de la concaténation de différents éléments, qui prennent source dès la liste des personnages (un peu à la manière de Novarina) et d’ailleurs avec le tout premier d’entre eux : Zoartoïste, c’est-à-dire un enchâssement de noms et d’épithètes tels que Zoroastre, toïste, artiste, le Tao, l’art, Zarathoustra. Et c’est bien ce qui surgit à la lecture, ce mélange, cette saturation, le caractère protéiforme d’un univers théâtral à part entière. Là encore, pour cette pièce qui s’organise en 15 scènes (15 miroirs), l’on est tout devant une sorte d’autoportrait de la dramaturge, une sorte de monologue à plusieurs voix qui nous sature d’informations et d’images, qui explose en quelque sorte dans un style foisonnant et divers.

A propos de Lieux-non dits, Geneviève Roch, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 25 Novembre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Lieux-non dits, Geneviève Roch, éd. Le Lavoir St-Martin, 2013, 15 €

 

Une poésie autarcique

Le destin des livres est une affaire parfois mystérieuse. Il l’est d’autant que le livre passe le temps de sa publication et vient au regard d’un lecteur qui n’est plus tout à fait contemporain de la parution. Et c’est ce retard-même qui interroge. Tel est le cas de ce petit recueil que publiaient les éditions de Marie-Noëlle Chabrerie en 2013. C’est ainsi que la littérature résiste au temps séquencé de notre époque, faite d’oubli et de passions violentes – oubli violent lui aussi à la mesure de l’engouement artificiel et souvent médiatique d’un simple moment historique, que le livre lui, doit transcender.

Donc, Lieux-non dits est de cette espèce, un livre avec destin. D’ailleurs cette poésie se prête elle-même au temps, au phénomène d’usure de la durée. Et cette lutte intérieure contre le temps chronologique, est ici tenue en échec par des figures sans image, une langue abstraite et géométrique d’une poésie sans image, une sorte de représentation à la Bram Van Velde, qui se suffit à elle-même, qui se nourrit de sa propre force, une poésie autarcique.

Enveloppez la bêtise dans un discours religieux…, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 22 Novembre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Les minorités face à la majorité de la bêtise

La littérature doit creuser, profondément piocher dans l’Histoire et dans la religion afin de pouvoir interpréter le secret de cette terreur qui menace ou qui habite le fond du citoyen arabo-musulman.

Et ils sont nombreux en nombre de têtes !! Ceux qui ont fait de la religion une profession, un métier pour gagner du pain et pour conquérir le pouvoir et la richesse ! Cela est appelé : la pollution de la religion.

Enveloppez la bêtise dans un discours religieux, n’importe quelle bêtise, grande ou petite, politique, culturelle ou scientifique, emballez-la dans une langue colorée d’un lexique religieux, et elle reprendra les ailes, a dit un jour Ibn Ruchd Averroès, philosophe de la rationalité. Sa parole est toujours d’actualité. La bêtise, toute bêtise fascine dès qu’elle est portée par une langue religieuse ! Dans une société, comme la nôtre, la pauvreté culturelle, l’obscurantisme dans l’école, l’université isolée recroquevillée sur elle-même, l’absence de la pensée critique et rationnelle, tout cet environnement favorise l’hégémonie et la répression religieuses sur l’imaginaire libre du citoyen. Il faut clarifier que dans ce cas de figure, le religieux n’est pas le spirituel. Au contraire le religieux est l’ennemi ou l’opposé du spirituel.