Identification

Chroniques régulières

Le sort fait aux femmes révèle la liste des peuples maudits (Kamel Daoud)

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 16 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Farkhunda. Le prénom, presque, d’une terre. Ou d’un royaume ? Ou d’une légende ? C’est le prénom de la femme afghane lynchée par la foule, filmée, puis jetée au fleuve Kaboul, dépecée et brulée, il y a une semaine. Il fallait voir ces images sur Internet : des policiers qui se croisent les bras, un Afghan qui filme, une meute qui s’acharne sur une masse sombre : la femme accusée d’avoir brûlé un coran. A un moment, un homme arrive et se met à la frapper avec un seau. Un autre avec une planche. Poussière. Atroce. Sentiment de terreur et de honte.

Plus tard, quand retombera la poussière, le ministère afghan de l’Intérieur précisera qu’elle n’était coupable de rien : ni d’avoir brûlé, ou piétiné ou déchiré un Coran. Juste d’avoir été une femme. Farkhunda. On tente d’imaginer ses derniers moments, sa douleur sous le piétinement, ses cris, sa sombre solitude.

Je vous construis le paradis ! par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 15 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de construire le paradis. Et pour construire le paradis, un vrai paradis, il faut avoir les ingrédients adéquats et nécessaires : humains, angéliques, diaboliques, matériels et textuels. Parce que je l’ai toujours imaginé en forme d’une vaste et riche bibliothèque, donc pour ériger le paradis, le vrai paradis, il me faut des livres, beaucoup de livres humains et divins. Les meilleurs livres de tous les siècles et de tous les Cieux. Des livres dans toutes les langues. Même ceux écrits dans les langues des oiseaux. Dans toutes les disciplines et dans toutes les indisciplines ! Et beaucoup de manuscrits ornés et calligraphiés par les plus grands maîtres du calame à l’image d’El Wassiti et Ibn Moqla.

La bibliothèque, même avec ses milliers de livres et manuscrits, sans la présence des poètes, elle n’est qu’espace mort. Mausolée abandonné. Donc j’ai décidé d’inviter les poètes pour occuper mon Éden. J’ai établi une liste des meilleurs faiseurs de mots ou de papillons. Je les ai classés par ordre de mérite c’est-à-dire par ordre de malédiction. La « malédiction poétique » est un critère littéraire déterminant dans mon choix. Et parce que le paradis est un espace de liberté, j’ai laissé la liste ouverte.

Carnets d’un fou : XXVI (mars 2015)

Ecrit par Michel Host , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

(Pour la nouvelle présentation de ces « Carnets », lire la première page des Carnets d’un fou-XXIV)

 

« La Bibliothèque n’est pas ce qu’un vain peuple pense. Mais un climat, mais un haut lieu. Elle fascine, elle envoûte, elle fait des vocations. Cent vingt kilomètres d’imprimés y plongent trois cents chercheurs dans de chastes ivresses. Quand on les a connues on n’en guérit jamais ».

Alexandre Vialatte, Chroniques de La Montagne, I, p.87

 

# Il y a eu (des paléontologues le prétendent) un homo habilis et un homo faber. Je veux bien. Tranche-biftecks en silex, armes de poing et de main. Puis vint, dit-on, homo sapiens. Là, je l’avoue, c’est se vanter au-delà de toute raison. Pourquoi alors les flèches et les arquebuses ? Quant à prétendre qu’il fut suivi de homo sapiens sapiens, c’est vouloir cacher la laideur de ses pieds sous la roue du dindon.

D’Images et de bulles (17) Elle s’appelait Tomoji, Jirô Taniguchi

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Si, dans ce nouvel opus,  le dessin garde sa précision, sa légèreté et sa douceur, Jirô Taniguchi sort de son univers habituel : il quitte les villes pour gagner la campagne la plus reculée, l’époque contemporaine pour le Japon des années 20, des héros masculins pour une héroïne toute jeune.

En 1925, Tomoji a 13 ans, elle s’en revient de l’école, en jeune femme en harmonie avec la nature. Au détour d’un chemin, son regard croise celui de Fumiaki, venu de Tokyo faire de la photographie dans la région. Le lecteur sait que ces deux êtres se recroiseront et attend le déroulé de leur histoire d’amour, toute en finesse et en pudeur.

« Il faudra encore plusieurs années avant que ces deux êtres, qui regardent le même ciel, se rencontrent ».

Festival concordan(s)e #9 du 11 mars au 16 avril 2015

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 10 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Tout au long de l’année, Le Club Concordan(s)e propose des rencontres et des lectures, des spectacles et des ateliers d’écriture, des dégustations de mots et de mets autour de la danse et la littérature. Le Festival Concordan(s)e revient cette année, du 11 mars au 16 avril 2015 entre Paris et Province.

Jean-François Munnier, issu de la danse, confesse que ce festival vise à « créer une étincelle, un frottement inattendu entre danse et littérature, deux disciplines qui souvent s’ignorent ». Alors que les gestes disparaissent souvent de la mémoire, la littérature assure la pérennité de son art. Entre mot et geste, entre écrivains et chorégraphes, ces binômes vont « développer leurs sensibilités communes et élaborer une création au carrefour de leurs disciplines ». Il arrive que deux artistes partagent leur amour pour le silence, et cela fonctionne très bien : ainsi Mickaël Phelippeau et Célia Houdart ont réalisé une très belle performance dans un précédent festival et ils ont su transmettre leur goût du silence. Au départ, le danseur et l’écrivain ne se connaissent pas et ils apprennent à travailler ensemble pour les besoins du spectacle. Les rencontres de Concordan(s)e donnent naissance à des résultats surprenants et engendrent de belles mutations, telle la transformation des robes de chenille, avant qu’elles ne deviennent chrysalides.