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Chroniques régulières

D’Images et de bulles (9) Le Petit Loup rouge, Amélie Fléchais

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 12 Septembre 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Le Petit Loup rouge, Amélie Fléchais, Ankama, juin 2014, 80 pages, 15,90 €

 

Entre album pour enfants et roman graphique, Amélie Fléchais revisite l’un des contes les plus célèbres du sieur Perrault, en en offrant une variante sombre et stimulante, desservie par un graphisme riche et enchanteur. Lorsque la bête n’est pas celle que l’on croit…

Le petit chaperon est devenu un louveteau, au profil gracieux, la tête recouverte par une capuche dessinant ses oreilles. À la demande de sa mère, le voilà parti à travers la forêt pour apporter à sa grand-mère, devenue trop vieille pour chasser, un gros et gras lapin. Sa mère la louve lui recommande d’éviter la forêt de bois morts où vivent un chasseur et sa fille, « vils, cruels, qui détestent les loups ». Le Petit Loup rouge promet d’écouter sa mère.

L'énigme des feux d'artifice sans fête

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 08 Septembre 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Nuits algériennes. La mode des jours est les feux d'artifice. A Oran, à Alger, ailleurs. Sans raison. Des bruits de pétarades, suivis de grosses fleurs de lumières colorées et mourant joliment. Cela explose partout depuis des jours. Etrangement. Sans raison. Signe de ce calendrier national désordonné : il n'y a rien à fêter, pas de dates, rien et pourtant il y a des feux d'artifice. Pourquoi ? s'étonnera l'étranger habitué au faste lors du rite ou de la célébration. Parce que. La rumeur dit qu'il s'agit d'articles saisis à l'importation puis revendus. Inutilement. D'autres bruits parlent d'un homme d'affaires devenu Khalifa qui les distribue gratuitement. En gros, c'est vrai, c'est faux. C'est tout aussi inexplicable que le feu d'artifice. Question fascinante : pourquoi des Algériens lancent des pétards et des feux alors qu'il n'y a pas de fête ? Scène d'un peuple qui s'ennuie, hors du temps et de ses dates. Sans bornes ni limiteur de vitesse. Cela ne se voit nulle part dans le reste du monde qui a des horloges. Face au temps on est unique, et seul. La raison ? L'ennui. La nuit algérienne avait été tuée par la guerre des années 90. Elle est tombée dans le domaine du désert. Hors du champ du regard et de l'Etat. C'est l'espace du hurlement, du gyrophare, de la ronde, de l'interdit et du sans toit. 
La guerre est finie, son couvre-feu est resté.

L’ornière d’origine (1ère partie) - A propos de "Tempête" de J. M. G. Le Clézio

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 03 Septembre 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

A propos de Tempête, Deux novellas, de J.M.G. Le Clézio, Collection Blanche, Gallimard, mars 2014, 240 pages, 19,50 €

 

L’ornière d’origine (1ère partie)

 

La vie semble parfois toute tracée par les circonstances de la naissance, notamment lorsque l’abandon paternel, ou pire encore maternel, entraîne de graves troubles identitaires. Vous pouvez être à la dérive, cherchant continuellement vos racines, puis vous vous décidez irrésistiblement au bout du compte à retourner sur les lieux qui vous ont vu naître afin d’y rencontrer, pensez-vous, la vérité primordiale. C’est ainsi que les différents narrateurs des deux longues nouvelles de Tempête de J.M.G. Le Clézio souffrent de « cet atavisme qui rejette les humains vers l’ornière d’origine, immanquablement ». Inclination dangereuse qui finit parfois mal.

Grand chœur vide des miroirs, Jacques Pautard, éd. Arfuyen

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Narrer

Quelques propos sur Grand chœur vide des miroirs, de Jacques Pautard.

J’ai pris le temps pour écrire cette page, car la formule du poète du Grand chœur vide des miroirs est d’un principe complexe, que je voulais bien posséder pour rédiger ces lignes. Ainsi, comme il existe en peinture une conduite artistique plus propre à la ligne, au contour ou à la tâche, à la macule, il me semble que l’activité de la poésie est elle aussi bornée par l’art de la musique d’un côté, et celui de raconter de l’autre. Et les choses s’arrangent merveilleusement avec le Virgile de l’épopée, ou le Dante Alighieri des voyages en Enfer. Le texte de Jacques Pautard se trouve justement sur cette crête, cette interrogation. Et je dis cela à dessein, car je suis très touché par cette discussion : que doit narrer le poème, et faut-il que le poème raconte, relate ? C’est-à-dire, comment faire fonctionner le mode lyrique et le récit.

D’Images et de bulles (8) - Herakles, tome II, Edouard Cour

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Herakles, tome II, Edouard Cour, Editions Akileos, avril 2014, 160 pages, 18 €

 

Herakles revient pour un second volume aussi détonant et sanglant que le premier. Si vous avez manqué cette revisitation du mythe par Edouard Cour, procurez-vous ces deux tomes élégants à la couverture noire. Sur le second, une main aux doigts épais, rouge sang, fait le pendant à la figure jaune du héros comme esquissée à la craie du premier : farouche, violent, c’est un Herakles hanté par la culpabilité, un héros au cœur pur et aux mains souillées que vous allez rencontrer.

« Un lion se fait faire la peau, un hydre ne sait plus où donner de la tête ? Herakles est passé par là !

Une biche innocente capturée, un génocide pour un sanglier ? Herakles a bien bossé !

Une pluie d’oiseaux percés, un taureau dompté, un compagnon bouffé par des équidés ? Herakles continue sur sa lancée !