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Chroniques régulières

Peaux d’écriture (2), par Nathalie de Courson

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 05 Octobre 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

À propos de L’Interlocutrice de Geneviève Peigné

 

Une des plus singulières peaux de lecture-écriture que j’aie été amenée à toucher ces dernières années est celle de L’Interlocutrice de Geneviève Peigné, récit poétique et autobiographique publié aux éditions du Nouvel Attila en 2015.

Voici, à quelques mots près, la présentation de l’œuvre donnée en quatrième de couverture :

Quelques mois après la mort de sa mère Odette, l’écrivain Geneviève Peigné découvre, dans la bibliothèque de la maison qu’elle vide, une collection de romans policiers « Le Masque », dans les marges desquels la défunte, atteinte d’Alzheimer, a tenu le journal de sa maladie. À mesure que son mal progresse, Odette en vient à s’immiscer dans les dialogues des romans, et à répondre aux répliques des personnages comme si elle recherchait un interlocuteur, et comme si la fiction était plus à même d’apporter des réponses à la solitude et à la détresse. En lisant ces confessions souvent très prosaïques sur la douleur, Geneviève Peigné entame un dialogue posthume mère-fille autour du livre, de l’écriture et de la lecture.

Variantes oisives sur le mythe de Sisyphe, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 04 Octobre 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Parce qu’il trompa les instincts profonds, les lois de la nature ou les dieux grecs (leur anciens synonymes), un homme qui s’appelle Sisyphe a été condamné à pousser vers le haut d’une colline un énorme rocher qui irait rouler vers le bas dès que le but est atteint et ainsi de suite. Sans fin. Pas même la mort, car le châtiment a lieu après la mort justement.

Albert Camus en fit un mythe encore plus moderne et l’illustration de la condition humaine absurde, sauf avec la dignité de l’effort. L’homme était l’homme, et le rocher son univers : condamné à faire n’importe quoi, le plus longtemps possible dans un monde qui n’a pas de sens. Fascinante illustration qui laisse deviner un abîme de variantes.

Éphémérides créatives : Georges Simenon et Stéphane Mallarmé, par Jean-Marc Dupont

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Lundi, 24 Septembre 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

4 Septembre : éphémérides créatives (I), Georges Simenon : « mots-matière »

Le 4 septembre 1989, disparition de l’écrivain belge francophone Georges Simenon (né le 13 février 1903). On lui doit par exemple : 103 épisodes de Maigret, 117 romans représentant au total 1800 lieux du monde entier et plus de 9000 personnages :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Simenon

Ici [1] Anne Mathonet rappelle ces mots de Simenon pour mieux comprendre son travail :

« Une pomme peinte par Cézanne, par exemple, a du poids. En trois coups de pinceau, elle a du jus et tout. J’essayais de donner à mes mots le même poids que Cézanne donnait à une pomme. C’est pourquoi j’emploie presque toujours des mots concrets. J’essaie d’éviter les mots abstraits ou poétiques, “crépuscules”, par exemple. C’est très joli, mais ça ne donne rien ».

Peaux d’écriture 1, par Nathalie de Courson

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 21 Septembre 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Michel Butor écrit :

La littérature vous fabrique une nouvelle peau. On peut comparer les phrases au fil de la chenille. L’œuvre est le cocon qui va la protéger et la transformer en papillon. Chez moi, ce doit être aussi une des raisons des longues phrases de mes premiers livres. Elles sont le fil avec lequel je tisse cette membrane qui va recouvrir la peau qui saigne (1).

Butor semble tenir à se représenter la littérature comme une nouvelle peau, car il dit aussi à propos de L’Enfant maudit de Balzac : « On peut dire que la littérature ou la peinture est une façon pour celui qui a une peau trop fine, trop sensible, de se constituer une peau plus forte » (2).

Toutes ces phrases viennent m’encourager à réaliser un projet que je caresse depuis longtemps : esquisser des familles d’écrivains en fonction de la texture de leur peau d’écriture.

Éphémérides créatives - Francis Ponge / Hermann Hesse, par Jean-Marc Dupont

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Jeudi, 20 Septembre 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Francis Ponge : « L’Homme est l’avenir de l’homme »

Le 6 août 1988, disparition de l’écrivain et poète français Francis Ponge (né le 27 mars 1899)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Ponge

Jean-Marie Gleize explique ici [*] que « Le texte spécifiquement intitulé My creative methodrépond à une question. […] Mais cette question n’est pertinente aux yeux de Ponge que parce qu’en l’occurrence elle n’implique aucune “explication” des poèmes, dans la mesure où ceux-ci portent en eux le caractère de l’évidence. Ils disent ce qu’ils disent en le disant, “en propres termes”, ils sont donc inexplicables. En revanche, il est possible de parler de “méthode”, autrement dit de technique d’écriture, de procédés ou “mécanismes” présidant à la production de textes littéraires. […] C’est bien dans ce cahier que Francis Ponge parvient à proposer, à se formuler à lui-même, les premiers principes de sa poétique : partir du plus simple (« n’importe quel caillou (…) me semble pouvoir donner lieu à des déclarations inédites du plus haut intérêt »), oser ne faire aucun cas des catégories et classifications préalables, se fier à ses intuitions les plus singulières et les plus en apparence arbitraires (ouvrir la « trappe »), travailler avec et contre la langue, qui réagit incite et suscite, avec et contre les mots qu’il faut “franchir”, avec et contre la “poésie”, en somme (chercher le « différentiel » contre le dogme poétique de l’analogie) ».