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Chroniques régulières

Le journal de MCDem (8), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 02 Mars 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Jeudi 7 décembre

S’arrêter à ce qui dans l’écriture de Pascal Quignard en appelle à l’oreille du lecteur. À la voix dans le livre. À ce qui renvoie à l’oralité. Retourner dans le monde pariétal. Écouter, dans la chambre d’écho, « un taisir sans abord »*. Accueillir le silence dans le recueillement, la traduction de la parole vers l’Autre. Frapper, contre les parois quittées du ventre originel, des casseaux de la respiration ancienne, retrouver l’ébruitement liquide du monde. En rechercher la musique.

L’espace acousmatique du corps cogne parfois, le laisser retentir dans une écoute polyphonique affolante et inouïe, faire de son corps un amplificateur des voix plurielles, ne pas s’empêcher de renouer le cordon de l’oreille première, ne pas craindre la mélopée entêtante.

La chambre d’écho où l’écriture s’écoute relie les livres à l’oreille interne et l’esprit d’un lecteur fasciné, autant qu’effrayé, par ce qui ne se parle pas.

Cette phrase de Pascal Quignard me hante : « les livres ne jettent pas des cris d’orfraies – qui planent sur la mer »**.

La Styx Croisières Cie (1) Janvier 2018, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 01 Mars 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, En Vitrine

 

« Tout est musique, vents égarés de la terre et pets de nonnes »

Jules de Montalenvers de Phrysac

 

µ. « µ », pour introduire chaque article : le « mu » grec, sans tilde, ma machine n’y arrive pas, ou alors c’est moi… « µ » comme dans mouvoir, émouvoir… comme « μυζω », je murmure, je grogne, je gronde : cela me va, je suis rarement d’humeur accommodante.

 

µ 1. Comme annoncé, en l’an 2018 les Carnets d’Un Fou se métamorphosent en une compagnie maritime et touristique : La Styx Croisières Cie.

Commentons brièvement :

Les Moments forts (4) : Egon Schiele à Vienne, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 28 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

 

Passant, à l’Albertina, dans un cérémonieux regard, d’une œuvre à l’autre, nous prend un frisson. Nous sommes devenus mousse, forêt. Et une rigole d’eau – ce frisson – caresse (un peu plume) la mousse de notre corps intérieur (ouvert aux vents enchanteurs qui, légèrement, rudoient : vents de nos Mille Nuits, de nos Mille et Une Nuits). Marchant d’une œuvre à l’autre, nous permettons à notre œil d’être : ce qui écoute. Regardons, écoutons : exquise, déroutante, dérangeante fragilité de ce qui se dit sans affectation. Sans pose. Dans la nudité du premier jour et de la première nuit : dans la nudité nue, de l’enfance éblouie et de la mort (Duras est en étreinte, sans le savoir peut-être, avec Schiele). Sans pose aucune ? Sans même user du langage (d’un quelconque langage). Fragilité accomplie de ce qui se montre sans parer cette monstration, sans la recouvrir, geste social, au moyen d’un voile aux couleurs délavées mais se voulant intenses quoique moirées (les atours du convenu). Beauté certaine de ce qui se montre jusque dans la mort, laquelle perce dans la vie organique : les os, les tendons, le sexe comme une blessure.

À propos de Pressée de vivre d’Anise Koltz, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 27 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Pressée de vivre d’Anise Koltz, Arfuyen, janvier 2018, 170 pages, 10 €

 

Le dernier recueil d’Anise Koltz que publie Arfuyen est un ouvrage de grande importance. Tout d’abord parce qu’il est d’une écriture claire, presque aveuglante. Et en même temps, parce qu’il dénonce la condition de la vie déterminée par la mort. Ces deux notions, vie et mort, s’opposent naturellement comme l’ombre et la lumière, le mal et le bien, et mettent en évidence ce en quoi la clairière n’existe que grâce à la forêt. Ainsi dans cette sorte d’antagonisme, l’on débouche sur la lucidité, lucidité que donnent immanquablement la mort et sa triste lumière, lucidité sur la valeur des croyances, lucidité sur la qualité de notre ici-bas.

 

Des visions apparaissent

de quelles zones indécises

ressurgissent-elles ?

Le journal de MCDem (7), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 15 Février 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Mardi 5 décembre

Revoir les grands nocturnes religieux de Georges de La Tour. Le Tricheur à l’as de carreau, noirci par le temps, tableau tombé dans l’oubli découvert par un collectionneur chez un antiquaire du Pont-Neuf, en 1926. Né à la fin du 16è siècle, Georges de La Tour sera consacré comme un des plus grands maîtres français suite à plusieurs expositions, jusqu’à la grande monographie de l’Orangerie en 1972. Caravage veille de son ombre, en haut à gauche du tableau, voyage comme une référence d’un tableau à l’autre – telle la lumière à l’intérieur de la nuit, la nuit à l’intérieur de la lumière ? La lumière venant d’en haut à gauche du tableau, le contraste entre les pièces violemment éclairées de l’espace et les parties en contre-jour, cette minutie dans les détails pouvant remuer le spectateur comme une tragédie antique pouvait provoquer un choc esthétique proche de l’effroi…