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Chroniques régulières

Les Moments forts (35) - Elena Bashkirova au Théâtre des Champs-Élysées (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 08 Janvier 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Elena Bashkirova, très à l’aise (comme soulagée) lors de la deuxième partie de son récital (bis compris), en prise avec, du romantisme (qui a voulu explorer, puis exploiter toutes les possibilités, pourtant infinies, du piano) : la ferveur, la confession accomplie (aux mille nuances), l’amplitude, la nervosité souple, jusque (paradoxalement ?) dans l’unique sonate pour piano de Bartók qu’elle fait chanter avec une rudesse de bon aloi, attentive à ce que le chant populaire dont cette œuvre étrange et belle garde précieusement la trace – et on ne voit bientôt plus qu’elle – puisse, sauvage dans sa mesure même, briller de tous ses feux.

Angoissée – par contre – pendant toute la première partie consacrée à Mozart (infimes approximations rythmiques, fausses notes…), durant une prise de risque non négligeable qu’il convient de chaleureusement saluer. Car d’ordinaire, comme le remarque Jacques Drillon dans Cadence, les pianistes ne s’attaquent pas frontalement à Mozart, « à sa ligne trop claire, trop transparente, trop frêle. Ils sont avec lui dans une position très inconfortable : ils sont à nu, sous l’éclairage violent de sa pureté. […] Ils n’aiment pas le Mozart “léger”, “superficiel” […] ».

Les Moments forts (34) Bonnard à la Tate (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Décembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Les peintures de Bonnard irradient une sorte de nitescence qui nous enseigne que la vie, toute vie est une fleur nivéale, la neige du silence étant, pour les siècles et les siècles, ce qui alentour se répand, galopant sur l’étendue de nos existences orphelines.

Tout au long de la visite de cette exposition, il faut songer au pétrichor. Et au friselis d’une rivière.

Le 28 janvier 1935, Matisse affirme à Bonnard, dans une lettre : « la vérité, c’est qu’un peintre existe la palette à la main et qu’il fait ce qu’il peut. […] [L]a théorie est une chose un peu stérilisante ou appauvrissante ». Par la grâce de ces mots, Matisse laisse en Bonnard un bruissement de longue résonance, pour reprendre la formulation de Jean-Baptiste Para. Dès le 1er février 1935, Bonnard répond à Matisse : « Pour le moment je me promène dans la campagne et j’essaie de la voir comme un paysan ». Le poursuit cette idée car il précise sa pensée, quelques jours plus tard, dans une lettre adressée à Vuillard : « Je ne m’ennuie pas car j’ai pas mal travaillé et je suis devenu paysagiste non pas parce que j’ai peint des paysages j’en ai fait très peu mais parce que j’ai acquis une âme de paysagiste ayant fini par me débarrasser du pittoresque, de l’esthétique et autres conventions dont j’étais empoisonné […] ».

La Styx Croisières Cie (XI) Novembre 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 16 Décembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Ère Vincent Lambert, An I

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« Père Ubu : … et puis ils ont tué le pauvre Lascy !

Mère Ubu : Ça m’est bien égal !

Père Ubu : Oh ! mais tout de même, arrive ici, charogne ! Mets-toi à genoux devant ton maître (il l’empoigne et la jette à genoux), tu vas subir le dernier supplice.

Mère Ubu : Ho, ho, monsieur Ubu !

Les Moments forts (33) Jean-Claude Pennetier au Théâtre des Champs-Élysées (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Décembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Magnifique deuxième partie (bis compris) consacrée à Fauré (compagnon des vivants et des morts), où a sobrement brillé le récitaliste Jean-Claude Pennetier. Partie au cours de laquelle il a interprété « un florilège d’œuvres de la première manière (op. 37 et 41), de la deuxième (op. 73), et de la dernière (op. 103, 105, 107) ; au centre, les Variations font écho à l’op. 109 ». À l’instar des deux sonates de Beethoven (n°30 op. 109 en mi majeur – 1820 – et op. 101 en la majeur – 1816 –) interprétées en première partie (interprétation qui, trop « scolaire » et parfois très légèrement approximative, ne nous a guère convaincu), ces œuvres ont en commun, ainsi que le note le philosophe Ariel Suhamy, « la tendresse interrogative du ton, combinée avec l’opulence contrapunctique de l’écriture. C’est le paradoxe de la “force douce”, ressort selon Jankélévitch du charme fauréen. Le compositeur conduit ses thèmes d’une main ferme et gantée de velours jusque dans les tonalités les plus lointaines, comme pour passer en douce la frontière qui sépare les vivants et les morts ».

Les moments forts (36) « L’histoire de Manon » de Kenneth MacMillan (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 02 Décembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Ballet qui pourrait être celui de la commotion première.

Devant Manon et des Grieux, devant Aurélie Dupont et Roberto Bolle (captation en Blu-ray disponible ici), l’on se souvient – ne peut que se souvenir – de cette lettre-poème de Georges-Emmanuel Clancier, adressée à Arlette Brunel en août 1966 : « Autour de mon regard ton regard / Comme une lumière que je respire / Nos corps lancés hors du temps / Dans une danse profonde […] ». L’on est certes loin de la fêlure secrète que Svetlana Iourievna Zakharova dépose dans la perfection de ses mouvements – comme elle déposerait une graine, en un terreau d’une richesse sédimentaire inouïe. Quand bien même. Sans atteindre la virtuosité de flamand rose qu’elle déploya dans La Belle au bois dormant de Rudolf Noureev (1999), virtuosité si gracile qu’elle en devenait diaphane, laissant passer à travers elle la lumière – notre lumière –, sans atteindre la grâce sans apprêt par quoi était sacralisé le Sylvia de John Neumeier (2005), Aurélie Dupont met, dans l’expression, dans L’Histoire de Manon, la délicatesse joyeuse puis mélancolique que met Alina Cojocaru dans le mouvement, au sein du bouleversant Giselle de Marius Petipa.