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Chroniques régulières

Les Moments forts (23) Cézanne au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 18 Juin 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Tout a été écrit (et parfois à tort) au sujet de cet explorateur intrépide de ce qui se dit mezza voce au sein des ruptures qui nous fondent.

Picasso a été l’un des premiers à saisir (à le saisir en actes, peignant, dessinant, explorant) combien Cézanne joue avec nos topoï, nos schèmes, dès lors qu’il s’agit de regard (et ne s’agit-il pas toujours de regard ?) : « Quand on regarde les pommes de Cézanne, on voit qu’il a peint merveilleusement le poids de l’espace sur cette forme circulaire. La forme elle-même est un volume creux, sur lequel la pression extérieure est telle qu’elle produit l’apparence d’une pomme, même si celle-ci n’existe pas vraiment. C’est la poussée rythmique de l’espace sur cette forme qui compte » [1].

Il faut rester stationnaire de longues minutes devant un tableau de Cézanne – par exemple le bouleversant Pommes et biscuits [2] –, il faut y entrer, il faut sentir son ipséité bouillir et la vapeur qui s’en dégage rejoindre les verts du tableau, pour se rendre compte que Cézanne est un poète. Va à la « figuration » d’un réel plutôt qu’à sa présentation ou à sa représentation la préférence d’un poète. Et ce sera – continûment – la préférence de Cézanne.

Des mécanismes diaboliques de la langue de bois (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Lundi, 03 Juin 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

L’expression russe « langue de chêne », devenue « langue de bois », et en termes savants « xyloglossie », qualifie le langage impénétrable de la bureaucratie, qui ne s’impose que par ses codes arbitraires. Un langage particulièrement répandu dans les classes dirigeantes parce qu’il permet, en toute circonstance, de se sortir des impasses argumentaires par des acrobaties verbales abracadabrantes. Il s’agit d’une névrose jargonnière, qui falsifie, dénature, flétrit toutes choses sous prétexte de les perfectionner techniquement. Les litotes, les idées préconçues, les comparaisons outrancières, les fausses évidences, ne servent qu’à noyer le poisson. Les wishful thinking, qu’on pourrait traduire par vœux pieux, drainent des loquacités inintelligibles, des périphrases intangibles, des absurdités incorrigibles, font plier les réalités aux interprétations fantasmatiques et trouvent dans les discours politiques les meilleures illustrations. L’artificieux parler-vrai envoile, dans sa prétendue transparence, des platitudes désolantes. Les démonstrations brouillardeuses se balisent de notions sibyllines. Les précisions ne dessinent en définitive que les contours des imprécisions. L’idéologie vacuitaire imprègne tout ce qu’elle traite d’insignifiance.

La Styx Croisières Cie (IV) Avril 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« – La Reine : Enfin, sire, êtes-vous toujours décidé à aller à cette revue ?

– Le Roi : Pourquoi non, madame ?

– La Reine : Mais, encore une fois, ne l’ai-je pas vu en songe vous frappant de sa masse d’armes et vous jetant dans la Vistule, et un aigle comme celui qui figure dans les armes de Pologne lui plaçant la couronne sur la tête ?

– Le Roi : À qui ?

– La Reine : Au Père Ubu.

– Le Roi : Quelle folie. Monsieur de Ubu est un fort bon gentilhomme, qui se ferait tirer à quatre chevaux pour mon service ».

Alfred Jarry, Ubu Roi, Acte II, Sc. Ière

Jules de Montalenvers de Phrysac. Noté dans le Livre de mes Mémoires

Les Moments forts (22) L’Institut Courtauld à la Fondation Vuitton (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 09 Mai 2019. , dans Chroniques régulières, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED


Le célèbre Institut Courtauld, à deux pas de la Tamise à Londres, ayant fermé pour modernisation, c’est la Fondation Vuitton, côté Seine, qui accueille sa collection.

Écoutons l’épigraphe du roman Look Homeward, Angel de Thomas Wolfe (éditions Bartillat, 2017), citée par le Passeur capital Léon-Marc Levy : « … Une pierre, une feuille, une porte introuvable ; une pierre, une feuille, une porte. Et tous les visages oubliés. Nus et solitaires, nous sommes en exil. Dans l’obscurité de ses entrailles, nous n’avons pas connu le visage de notre mère ; de la prison de sa chair, nous sommes passés dans l’indicible, l’incommunicable prison de cette terre. Qui d’entre nous a connu son frère ? Qui d’entre nous a pénétré dans le cœur de son père ? Qui donc n’est resté à jamais prisonnier de sa prison ? Lequel n’est à jamais un étranger, et seul ? Oh, déserts où l’on se perd dans les brûlants labyrinthes, parmi les étoiles qui brillent, perdus sur cette terre de cendre grise et terne, perdus ! Muets devant nos souvenirs, nous cherchons le grand langage oublié, le bout du chemin perdu qui mène au ciel, une pierre, une feuille, une porte introuvable. Où ? Quand ? Oh, esprit perdu, meurtri par le vent, reviens ».

Les Moments forts (21) : variations de Picasso à Barcelone (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 30 Avril 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Arts

Est situé au centre de la rue la plus emblématique du quartier de la Ribera – la rue Montcada – le Museu Picasso. Rue au bas de laquelle s’élève l’église de Santa Maria del Mar, l’une des églises gothiques les plus belles de Catalogne.

S’étend tout autour du Musée la Barcelone de Picasso : les maisons où, entre 1895 et 1904, il résida avec sa famille, l’École des Beaux-Arts de la Llotja dans laquelle il consolida son apprentissage, les ateliers où il œuvra. Et les lieux d’amusement où il avait l’habitude d’aller, avec ses amis.

Débute la formation artistique de Picasso dès sa petite enfance, avec l’apprentissage que lui dispense son père, José Ruiz-Blasco, peintre (spécialisé dans la décoration des salles à manger) de fleurs et de feuillages et de plumages et d’animaux (des oiseaux surtout), professeur de dessin à l’école des Arts et Métiers et conservateur du musée municipal de Málaga.

Est ombragée de platanes où nichent des milliers de pigeons la plaza de la Merced, où vit la famille Ruiz. Le petit Pablo ne marche pas encore, il ne parle pas encore, mais il voit. Don José peint beaucoup d’oiseaux et pour qu’ils lui servent de modèles, il élève colombes et pigeons qui volent dans la maison. Toute la maison ?