Identification

Chroniques régulières

Les Moments forts (33) Jean-Claude Pennetier au Théâtre des Champs-Élysées (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Décembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Magnifique deuxième partie (bis compris) consacrée à Fauré (compagnon des vivants et des morts), où a sobrement brillé le récitaliste Jean-Claude Pennetier. Partie au cours de laquelle il a interprété « un florilège d’œuvres de la première manière (op. 37 et 41), de la deuxième (op. 73), et de la dernière (op. 103, 105, 107) ; au centre, les Variations font écho à l’op. 109 ». À l’instar des deux sonates de Beethoven (n°30 op. 109 en mi majeur – 1820 – et op. 101 en la majeur – 1816 –) interprétées en première partie (interprétation qui, trop « scolaire » et parfois très légèrement approximative, ne nous a guère convaincu), ces œuvres ont en commun, ainsi que le note le philosophe Ariel Suhamy, « la tendresse interrogative du ton, combinée avec l’opulence contrapunctique de l’écriture. C’est le paradoxe de la “force douce”, ressort selon Jankélévitch du charme fauréen. Le compositeur conduit ses thèmes d’une main ferme et gantée de velours jusque dans les tonalités les plus lointaines, comme pour passer en douce la frontière qui sépare les vivants et les morts ».

Les moments forts (36) « L’histoire de Manon » de Kenneth MacMillan (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 02 Décembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Ballet qui pourrait être celui de la commotion première.

Devant Manon et des Grieux, devant Aurélie Dupont et Roberto Bolle (captation en Blu-ray disponible ici), l’on se souvient – ne peut que se souvenir – de cette lettre-poème de Georges-Emmanuel Clancier, adressée à Arlette Brunel en août 1966 : « Autour de mon regard ton regard / Comme une lumière que je respire / Nos corps lancés hors du temps / Dans une danse profonde […] ». L’on est certes loin de la fêlure secrète que Svetlana Iourievna Zakharova dépose dans la perfection de ses mouvements – comme elle déposerait une graine, en un terreau d’une richesse sédimentaire inouïe. Quand bien même. Sans atteindre la virtuosité de flamand rose qu’elle déploya dans La Belle au bois dormant de Rudolf Noureev (1999), virtuosité si gracile qu’elle en devenait diaphane, laissant passer à travers elle la lumière – notre lumière –, sans atteindre la grâce sans apprêt par quoi était sacralisé le Sylvia de John Neumeier (2005), Aurélie Dupont met, dans l’expression, dans L’Histoire de Manon, la délicatesse joyeuse puis mélancolique que met Alina Cojocaru dans le mouvement, au sein du bouleversant Giselle de Marius Petipa.

Les moments forts (35) - « La Dame aux camélias » de Neumeier au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 25 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Soit La Dame aux camélias, ballet en un prologue et trois actes inspiré du roman du même nom d’Alexandre Dumas fils (1824-1895), créé en 1978 par le Ballet de Stuttgart et entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2006. Pour qu’une chose soit sublime, dit Kant au chapitre XXV de sa Critique, il faut qu’elle révèle « une faculté de l’esprit qui surpasse toute mesure des sens » (Critique du jugement suivie des Observations sur le sentiment du beau et du sublime, traduction par Jules Barni, Librairie philosophique de Ladrange, 1846). Nous y aide le faste, auquel – par son maniérisme ardent, par un style néoclassique parfaitement abouti – donne corps le directeur du Ballet de l’Opéra de Hambourg (depuis 1973) et chorégraphe américain John Neumeier. Avec un sens de l’abondance (sa création paraît influencée par son impressionnante collection de souvenirs des Ballets russes, qui donne à Nijinski une place de monarque). Avec un sens de l’orfèvrerie aussi, auquel était sensible Hilaire-Germain-Edgar Degas (en témoignent ses Deux danseuses – 1874 – de la Courtauld Gallery à Londres) et qui semble définitivement acquis au chorégraphe depuis l’ensemble qu’il a conçu autour de l’œuvre de Bach*, au Festival d’Avignon, pour l’Opéra de Paris : Suite n°2 (1980), Suite n°3 (1981), La Passion selon saint Matthieu (1981) et Magnificat (1987).

La Styx Croisières Cie (X) Octobre 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 20 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Ère Vincent Lambert, An I

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« Une maison de paysans des environs de Varsovie. Plusieurs paysans sont assemblés. (…) La porte est enfoncée, Ubu pénètre suivi d’une légion de Grippe-sous ».

« Père Ubu : Qui de vous est le plus vieux ? (Un paysan s’avance) Comment te nommes-tu ?

Le paysan : Stanislas Leczinski.

Père Ubu : Eh bien, cornegidouille, écoute-moi bien, sinon ces messieurs te couperont les oneilles. Mais, vas-tu m’écouter enfin ?

Stanislas : Mais votre excellence n’a encore rien dit.

Père Ubu : Comment, je parle depuis une heure. Crois-tu que je vienne ici pour prêcher dans le désert ?

Les Moments forts (32) Paul Lightfoot, Sol León et Hans van Manen au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 20 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Première œuvre : Sleight of Hand. Chorégraphie, décors et costumes : Sol León et Paul Lightfoot. Lumières : Tom Bevoort. Musique : Philip Glass (le 2e mouvement de la Symphonie n°2). Sol León et Paul Lightfoot s’attachent à répondre au désir de Philip Glass (cf. Paroles sans musique, Philharmonie de Paris, coll. La rue musicale, 2017) : « J’aspirais à une musique très conceptuelle, alignée sur un théâtre, un art, une danse et une peinture eux aussi très conceptuels. Ma génération – Terry Riley, Steve Reich, La Monte Young, Meredith Monk, Jon Gibson et une douzaine d’autres compositeurs – écrivait et jouait de la musique pour le théâtre et la danse. Il s’était constitué une scène musicale qui, pour la première fois, égalait les univers de la peinture, du théâtre et de la danse. Le monde de la musique pouvait désormais proclamer : “Voici une musique qui accompagne l’art” ».