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Chroniques régulières

Les Moments forts (43) « Lady Macbeth de Mzensk » à Paris et à Athènes (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 03 Mars 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Nécessité de l’opéra : « Le chant élargit / Et concentre / L’espace où il se livre », ainsi que l’écrit le poète Guillevic. « Il suffit / D’une absence de chant // Pour que notre dedans / Soit coupé du dehors ». « Quand le chant n’est plus là / l’espace est sans passion ».

Et richesse – extrême – de la composition de cet opéra (en quatre actes et neuf tableaux) créé le 22 janvier 1934 au Théâtre Maly de Leningrad : l’on y décèle des allusions (quand il ne s’agit pas de citations) aux œuvres de Beethoven, de Bach, de Mahler (dont Chostakovitch revendiquera l’influence), de Rimski-Korsakov, de Tchaïkovski, de Moussorgski (dont Chostakovitch orchestrera le Boris Godounov en 1939-1940). Sans oublier le Wozzeck d’Alban Berg, que Chostakovitch découvre lors d’une représentation à Leningrad en 1927 (quand bien même, voulant donner corps à son « symphonisme », il ne suivra guère Berg sur le chemin de l’atonalité et du dodécaphonisme). Du fait de l’acoustique, les récentes représentations de Lady Macbeth de Mzensk dans le nouveau bâtiment abritant l’Opéra National de Grèce ont pleinement rendu justice à cette richesse, à cette inventivité constante qui ne fait jamais fi des influences, nombreuses, par quoi s’affirme justement le nouveau.

Les moments forts (42) « Le Don Giovanni » de Barenboïm à La Scala (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Février 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Aller à mille représentations d’un même opéra. Afin de suivre – aveuglément – l’adage de T. S. Eliot dans « Four Quartets » : « Nous ne cesserons pas d’explorer / Et à la fin de notre exploration / Nous arriverons où nous avons commencé / Et connaîtrons ce lieu pour la première fois ».

Les deux grandes forces de cette représentation (on passera sous silence l’inutilement abstruse mise en scène) : l’Ouverture, et, en Anna, Anna Netrebko, qui est, depuis ses débuts en 2002 au Mariinsky de Saint-Pétersbourg puis au Festival de Salzbourg, la plus grande chanteuse de son époque, comme Jonas Kaufmann est, pour beaucoup, le plus grand chanteur de notre époque. La soprano russe est la vocalité même : la vocalité parvenant à toucher de sa verticalité l’empyrée en chacune de ses fuyantes perspectives, du fait de la justesse et des nuances – innombrables – avec laquelle cette verticalité se déploie, ne cesse de se déployer.

La Styx Croisières Cie - 1 - Janvier 2020 - par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 24 Février 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

ÈRE VINCENT LAMBERT,  AN  II.

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« La plupart des homme qui vivent dans le monde, y vivent si étourdiment, pensent si peu, qu’ils ne connaissent pas ce monde qu’ils ont toujours sous les yeux. "Ils ne le connaissent pas, disait plaisamment M. de B., par la raison qui fait que les hannetons ne savent pas l’histoire naturelle." » Chamfort (1745 – 1793)  -  Produits de la civilisation perfectionnée

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Les moments forts (41) La Belle au bois dormant de Noureev à Bastille (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 11 Février 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Elle n’eust pas plutost pris le fuseau, que, comme elle estoit fort vive, un peu estourdie, & que d’ailleurs l’Arrest des Fées l’ordonnoit ainsi, elle s’en perça la main & tomba évanouie. La bonne vieille, bien embarrassée, crie au secours : on vient de tous costez ; on jette de l’eau au visage de la princesse, on la délasse, on luy frappe dans les mains, on luy frotte les tempes avec de l’eau de la Reine de Hongrie ; mais rien ne la faisoit revenir. Alors le Roy, qui estoit monté au bruit, se souvint de la prédiction des fées, et, jugeant bien qu’il falloit que cela arrivast, puisque les Fées l’avoient dit, fit mettre la Princesse dans le plus bel appartement du Palais, sur un lit en broderie d’or & d’argent. On eût dit d’un Ange, tant elle estoit belle : car son évanouissement n’avoit pas osté les couleurs vives de son teint : ses joues estoient incarnates, & ses levres comme du corail ; elle avoit seulement les yeux fermez, mais on l’entendoit respirer doucement : ce qui faisoit voir qu’elle n’estoit pas morte. Le Roi ordonna qu’on la laissast dormir en repos, jusqu’à ce que son heure de se réveiller fust venue.

Les moments forts (40) « La Flûte enchantée » de Robert Carsen à Bastille (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 03 Février 2020. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Dans l’allegro de l’ouverture de cet opéra de Mozart, l’on assiste, émerveillé, à la fusion formelle d’une fugue et d’une forme-sonate. Quelle maturation du métier compositionnel du musicien, dont l’ensemble de l’opéra témoigne avec force ! Ainsi, « l’intervention dans le cours de l’action de “personnages à plusieurs voix” (les trois dames, les trois garçons, les deux hommes en armes), outre l’apport de couleurs spécifiques, multiplie – constate le musicologue Pierre Saby – les possibilités de combinaisons sonores variées, voire inédites, au fil des divers ensembles (du duo au quintette) qui jalonnent la partition […]. Au plan instrumental, le jeu des coloris n’est pas moins riche et jubilatoire : l’orchestre de La Flûte enchantée, au sein duquel le groupe habituel des vents, clarinettes en tête, occupe une place de premier plan […], s’enrichit, d’une part, d’un trio de trombones – instruments traditionnellement liés à la musique religieuse –, d’autre part, de deux cors de basset, lesquels, apparus à la fin du premier acte, colorent aussi le début du second […]. La flûte solo qui accompagne Tamino dans sa quête (finale du premier acte), le Glockenspiel qui illumine trois des scènes de Papageno, et même la rudimentaire flûte pentaphone qui d’abord annonce l’oiseleur, complètent un kaléidoscope timbral à nul autre pareil ».