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Chroniques régulières

Les Moments forts (10) : le « Richard III » d’Ostermeier à l’Odéon, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 11 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Have mercy, Jesus ! – Soft, I did but dream.

Aie pitié, Jésus ! Doucement, ce n’était qu’un rêve.

O coward conscience, how dost thou afflict me !

Ô lâche conscience, comme tu me tortures !

The lights burn blue. It is now dead midnight.

Les lumières brûlent bleu. C’est à présent la morte minuit.

Cold fearful drops stand on my trembling flesh.

De froides gouttes de peur se figent sur ma tremblante chair.

What ? Do I fear myself ? There’s none else by,

Quoi ? Ai-je peur de moi-même ? Il n’y a personne d’autre ici ;

Richard loves Richard, that is, I am I.

Richard aime Richard, à savoir, je suis moi.

Hommage à Philip Roth (2) : La Tache, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 08 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

La Tache, Philip Roth, Gallimard, 2002, trad. Josée Kamoun 448 pages, 25 €

 

Philip Roth, le traqueur d’hypocrisie

Dernier volet d’une trilogie ouverte avec Pastorale américaine et J’ai épousé un communiste, La Tache (2000, Prix Médicis étranger en 2002) est un monument littéraire porté par un sens affiné de l’architecture, magnifié par une mosaïque de personnages prodigieusement réalistes, bardé d’une satire décoiffante du puritanisme.

Fin du vingtième siècle, États-Unis, les chiens sont lâchés. Une chasse hystérique au sorcier bandant se met en branle autour de la Maison Blanche. Tandis que le Président Clinton est censé améliorer le sort de ses concitoyens américains, il se fait polir le chinois par une stagiaire appliquée, entièrement dévouée à sa cause. Tandis que le peuple attend de lui des miracles, il prodigue une cour carabinée à son assistante, reine de la turlutte de son état. Enfin, Mister President, courir la gueuse dans le faste du bureau ovale, ça ne se fait pas ; décharger sur la robe d’une innocente jouvencelle, ce n’est pas très catholique, ça fait inévitablement tache. Vous seriez-vous épargné le luxe de lire jusqu’au bout le panneau planté à l’orée du Nouveau Monde portant l’inscription en lettres capitales « JOUIR EN SILENCE » ?

Les Moments forts (9) : « Le Château de Barbe-Bleue » au Palais Garnier, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 31 Mai 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

 

À partir de mars 1911, Bartók se consacre à son projet le plus ambitieux jusqu’alors, la composition de son opéra en un acte Le Château de Barbe-Bleue (A kékszakállú herceg vára, littéralement Le Château du duc à la barbe bleue), à partir d’une pièce de Balázs baptisée « mystère » et publiée en juin 1910 dans la revue Színjáték. Se consacre, littéralement ; Kodály raconte : « Bartók […] ressentit [le texte] tout de suite comme très proche de lui » (déclaration enregistrée en 1966).

Cet opéra est frère de la littérature qui devient, lorsqu’il s’agit de l’amour, comme le remarque Julia Kristeva dans l’émission Apostrophes du 21 octobre 1983, un « envol de métaphores ». L’histoire ? Malgré les rumeurs funestes courant sur le duc Barbe-Bleue, Judit a accepté de l’épouser. Le livret de Balázs saisit le couple à son arrivée au château. Impressionnée par l’obscurité qui règne, Judit réclame à son mari d’ouvrir une à une les sept portes qui donnent sur le vaste hall, afin d’y faire pénétrer la lumière. « Donne-moi la clef, parce que je t’aime ! » (« Add a kulcsot, mert szeretlek ! »). Derrière la dernière porte, elle découvre les anciennes épouses de Barbe-Bleue, qu’elle est désormais condamnée à rejoindre…*

Montréal, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

A Montréal. Sous le ciel gris d’un hiver qui tarde. D’habitude, raconte-t-on, la neige est déjà là mais pas cette fois. Le Québec est peut-être le troisième pays des Algériens. Pour ceux qui y vivent, pour ceux qui en rêvent. Il a la langue française, sans le mal français aux yeux des voyageurs algériens. On y parle le français sans y ressentir l’histoire. Un pays nu et neuf. Avec des arbres immenses, de la neige qui suspend le temps, des diversités qui apaisent la peur d’être étranger et des villes belles avec des noms proches des prénoms de chacun. Donc, on y vit bien, dans cette France-bis épargnée par le procès de la colonisation/décolonisation. On est en France sans le poids de la France et on est en Algérie sans les guerres d’Algérie. Et on est même en Amérique.

Éphémérides créatives. Baudelaire, Halberstam, Beckett, Heaney

, le Lundi, 28 Mai 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

9 avril : Charles Baudelaire : « Ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière »

Le 9 avril 1821, naissance du poète et écrivain français Charles Baudelaire (mort le 31 août 1867)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire

Nous lui devons une des plus belles œuvres poétiques avec Les Fleurs du Mal, recueil de 163 poèmes pour sa version définitive (1868) où l’on trouve, par exemple, Les Correspondancesoù Les parfums, les couleurs et les sons se répondent, ode à la synesthésie [1] (du grec syn, avec (union), et aesthesis, sensation) qui est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Elle peut constituer une source d’inspiration et de créativité pour qui en est pourvu(e).

A lire cet Entretien avec Daniel Tammet : De la synesthésie à la poésie :

http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/entretien-avec-daniel-tammet-de-la-synesthesie-a-la-poesie_sh_30772