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Chroniques régulières

Quand la menthe pousse à Montréal !, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 13 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

La menthe pousse-t-elle à Montréal ? Pourquoi les jeunes Algériens, les garçons comme les filles, rêvent-ils de partir au-delà des frontières ? Pas uniquement les jeunes d’ailleurs, les vieux aussi. Tout le monde souhaite enjamber la mer. Sortir du pays. Quitter le village et la mère. Tourner le dos aux aïeux et à la montagne.

Et pourtant, nous avons un pays aussi beau que les autres terres d’Allah. Et nous avons une littérature aussi belle que les autres littératures du monde. Et nous avons trois langues, l’arabe, le tamazigh et le français. Et nous avons de belles femmes aussi belles que les autres femmes du monde. Et nous avons un soleil qui se lève et qui se couche à l’heure hivernale et à une autre estivale. Et nous avons des étoiles sur des têtes et des âmes pleines de dégoût ! Et nous avons du vin, du bon et du mauvais. Et nous avons des belles chansons. Et nous avons un désert vierge en forme d’un conte vivant. Et nous avons un Dieu qui nous guette, matin et soir, par le biais des yeux de ses deux anges fixés sur nos deux épaules, des yeux qui ne dorment jamais ! Et nous avons des fêtes nationales, d’autres religieuses et d’autres agricoles. Et nous avons des oranges. Et nous avons des olives et de l’huile d’olive. Et nous avons des banques (je ne suis pas sûr !).

Histoire du scandale, Jean Claude Bologne, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 12 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Histoire du scandale, Jean Claude Bologne, Albin Michel, février 2018, 300 pages, 20,90 €

 

De la crucifixion aux femen

 

« …je reste convaincu que la notion de scandale s’est maintenue au cours des âges parce qu’elle correspond à une nécessité de notre culture occidentale, sinon de l’âme humaine » Jean Claude Bologne

« La multiplication des scandales a fini, pour un certain nombre d’électeurs, par jeter le discrédit sur la démocratie représentative », J.C. B.

« … le scandale n’a peut-être qu’une fonction dont découleraient toutes les autres : nous tenir en permanence en éveil… », J.C. B.

« Le scandale ne se résume pas au fait scandaleux : il suppose sa publicité et une réaction du public qui l’intègrent dans un processus dynamique où chaque concept trouve sa place », J.C. B.

Les Moments forts (10) : le « Richard III » d’Ostermeier à l’Odéon, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 11 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Have mercy, Jesus ! – Soft, I did but dream.

Aie pitié, Jésus ! Doucement, ce n’était qu’un rêve.

O coward conscience, how dost thou afflict me !

Ô lâche conscience, comme tu me tortures !

The lights burn blue. It is now dead midnight.

Les lumières brûlent bleu. C’est à présent la morte minuit.

Cold fearful drops stand on my trembling flesh.

De froides gouttes de peur se figent sur ma tremblante chair.

What ? Do I fear myself ? There’s none else by,

Quoi ? Ai-je peur de moi-même ? Il n’y a personne d’autre ici ;

Richard loves Richard, that is, I am I.

Richard aime Richard, à savoir, je suis moi.

Hommage à Philip Roth (2) : La Tache, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 08 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

La Tache, Philip Roth, Gallimard, 2002, trad. Josée Kamoun 448 pages, 25 €

 

Philip Roth, le traqueur d’hypocrisie

Dernier volet d’une trilogie ouverte avec Pastorale américaine et J’ai épousé un communiste, La Tache (2000, Prix Médicis étranger en 2002) est un monument littéraire porté par un sens affiné de l’architecture, magnifié par une mosaïque de personnages prodigieusement réalistes, bardé d’une satire décoiffante du puritanisme.

Fin du vingtième siècle, États-Unis, les chiens sont lâchés. Une chasse hystérique au sorcier bandant se met en branle autour de la Maison Blanche. Tandis que le Président Clinton est censé améliorer le sort de ses concitoyens américains, il se fait polir le chinois par une stagiaire appliquée, entièrement dévouée à sa cause. Tandis que le peuple attend de lui des miracles, il prodigue une cour carabinée à son assistante, reine de la turlutte de son état. Enfin, Mister President, courir la gueuse dans le faste du bureau ovale, ça ne se fait pas ; décharger sur la robe d’une innocente jouvencelle, ce n’est pas très catholique, ça fait inévitablement tache. Vous seriez-vous épargné le luxe de lire jusqu’au bout le panneau planté à l’orée du Nouveau Monde portant l’inscription en lettres capitales « JOUIR EN SILENCE » ?

Les Moments forts (9) : « Le Château de Barbe-Bleue » au Palais Garnier, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 31 Mai 2018. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

 

À partir de mars 1911, Bartók se consacre à son projet le plus ambitieux jusqu’alors, la composition de son opéra en un acte Le Château de Barbe-Bleue (A kékszakállú herceg vára, littéralement Le Château du duc à la barbe bleue), à partir d’une pièce de Balázs baptisée « mystère » et publiée en juin 1910 dans la revue Színjáték. Se consacre, littéralement ; Kodály raconte : « Bartók […] ressentit [le texte] tout de suite comme très proche de lui » (déclaration enregistrée en 1966).

Cet opéra est frère de la littérature qui devient, lorsqu’il s’agit de l’amour, comme le remarque Julia Kristeva dans l’émission Apostrophes du 21 octobre 1983, un « envol de métaphores ». L’histoire ? Malgré les rumeurs funestes courant sur le duc Barbe-Bleue, Judit a accepté de l’épouser. Le livret de Balázs saisit le couple à son arrivée au château. Impressionnée par l’obscurité qui règne, Judit réclame à son mari d’ouvrir une à une les sept portes qui donnent sur le vaste hall, afin d’y faire pénétrer la lumière. « Donne-moi la clef, parce que je t’aime ! » (« Add a kulcsot, mert szeretlek ! »). Derrière la dernière porte, elle découvre les anciennes épouses de Barbe-Bleue, qu’elle est désormais condamnée à rejoindre…*