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Le journal de MCDem (9), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) le 16.03.18 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Le journal de MCDem (9), par Murielle Compère-Demarcy

 

Vendredi 8 décembre

 

Lettre à Daniel Biga*

Cher Daniel Biga,

Je lis L’Amour d’Amirat (2 A majuscules…), votre journal des années d’exil, vos mots comme un escalier sans ponctuation avec, descendues/montées, « d’interminables marches de glace », ou « d’autres mondes solaires », dans le dénuement lucide d’une spontanéité recherchée (« il n’est jamais trop tard pour être enfin spontané »). Contemplations juste saisies au point de réflexion, intact, seul avec soi, dans la course des phrases charriées de si loin – « simplement, si dépouillé ». Dans le cœur silencieux du retrait là où, finalement, la vie s’ébroue malgré tout, malgré soi, si intense (« dans ce monde de terre de forêts d’animaux / il ne se passe rien : l’actualité ici est éternelle »). Et ces odeurs, ces parfums, cette cuisine alimentaire du quotidien qui nous redonnent de la chair, la chaleur, « toutes nourritures (…) maternelles ».– Un festin nu ?…

« Amirat la montagne au trésor » fait revenir de loin, au plus près/cher, des lieux-dits de la mémoire, de nos âmes-villages, et de l’Enfance, inédits dans le cours d’aujourd’hui, sur le versant réversible (aval/amont) des choses.

Vous écrivez page 27 ce que L’Amour d’Amirat réussit :

« J’écris ce livre pour que d’autres un jour s’y reconnaissent comme moi je me reconnais dans les autres. J’écris ce livre pour que d’autres un jour y reconnaissent leur différence comme je reconnais ma différence dans les autres. J’écris mes livres pour que d’autres un jour par accord comme par opposition y puissent mieux définir leur “étrangeté légitime” comme tous les êtres tous les livres m’aident à mieux définir mon “étrangeté légitime” ».

« L’Amour d’Amirat », je l’ai rapporté de Montmeyan en août 2016 où je vous ai rencontré. Nous avons parlé quelques bonnes minutes, de littérature, de poésie, nous avons partagé sur la table du Café de France quelques grains de raisin noir et j’ai rapporté le livre dans mes bagages.

Des images fulgurantes de couleurs cosmiques m’éclatent à la figure en vous lisant et montent même comme des odeurs, des frissonnements de souvenirs, qui affleurent les pages (se retrouver, comme dans le goût perdu, des topinambours !). L’œil et tous les sens (entre)voient par L’Amour d’Amirat, des chants se lèvent, l’odorat réveillé, et l’on apprend (on apprend toujours des livres) / comprend mieux les relâchements parfois du tissu-monde dans le patchwork du sens. On y apprend, oui, à « y voir (plus) clair » au monde et en soi, à « concilier immédiatement les contraires ».

Je commence seulement de découvrir votre œuvre. Me suis longtemps tenue sur le seuil, au bord du livre, sans oser entrer. La peur ne s’apprivoise pas mais je ne perdais pas le livre de vue… Voilà que j’y accède et le rythme, le train des mots et leur course brinqueballée, donnent le change au vacarme dans la tête et au silence accompli dans l’écoute, l’œil à l’affût / à l’arrêt, dans les plissements parfois inattendus du jour (le chant des oiseaux, « ce monde de terre de forêts d’animaux », la résonance des contraires, la nuit « bête énorme » qui remue escortée de ses prodiges (même) mineurs – corneilles.mésanges.rats ah le brame comme l’aboi d’un oracle dans les ruts d’automne.

Je vis en dehors de la Ville – à quelques 70 kms de Paris donc relativement loin de la Capitale bien que m’y rendant assez régulièrement pour des rendez-vous ou lectures publiques – par choix d’une forêt que j’ai, Ici, à portée de quelques pas et de regards inépuisables. Je dis souvent, n’ayant renoué avec le bruit spectaculaire de la télévision que depuis peu, que « chez moi, j’ai mieux que la télévision grandeur nature », alors… lorsque je lis page 29 de L’Amour d’Amirat : « les flammes du feu de bois / c’est ma télévision à moi »…

L’Amour d’Amirat, d’ailleurs, fait feu de tout bois du plus simple et menu-brindilles.fagot.brousaille au plus épais, touffu élagué/fouillé comme lueur.étincelles.braises au fond de [soi et des feux de joie prennent dans l’âtre des pages, dans l’insert des yeux et L’Amour d’Amirat donne ce que vous apportent « les flammes du feu de bois : consumer des images, des visages, des souvenirs… consumer/consommer : le combustible est inépuisable. Je n’aurai jamais froid… »

Dans l’attente de vous revoir en août 2018 à Montmeyan (en PoéVie), avec l’ami Richard**.

 

La main – Daniel Biga en a écrit un opus poids plume en poésie, via des Mots Nomades. La main… par laquelle tu palpes le monde, par laquelle je (te) tiens, que tu regardes alors que tes yeux ne se voient pas sauf dans le regard de l’Autre, tes yeux dans les miens ; ta main dans la main de l’Autre.

« oui main plus

proche de nous on la

regarde

comme on voit

l’apparition du premier

autre

devant cet autre ma

main m’aime M… »

Daniel Biga, La main (2016)

 

La main – réseau de « nous comme union », via les mots nomades unit nos univers en nos « corps atomiques ». La main, d’un monde à l’autre. Ma main… ce monde « autre qui m’appartient » qui tient à la « lune soleil stars », ses fleuves emportent des anges, Oxygène, et les autres 3 éléments

 

« plus que jamais les anges

des quatre éléments sont

nos intimes

esprit de l’eau esprit de la

terre esprit de l’air esprit

du feu

d’un monde à l’autre

aléatoirement la frontière

est poreuse »

 

Murielle Compère-Demarcy

 

* « Poète insoumis », Daniel Biga est un des auteurs emblématiques de ce que l’on a appelé la beat generation française :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Biga

** Richard Taillefer, poète français, est l’instigateur du Festival de Montmeyan en PoéVie.

 

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A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Murielle Compère-Demarcy est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi deLa Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017 ; réédition augmentée en 2018

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

Nantes-Napoli, français-italiano traductions de Nunzia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahier d’art et de littératures n°121, vol.2, Chiendents, 2017

dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches n°718, 2018

L’Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes ; 2018

 

Publications en revues : Phoenix, La Passe, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Concerto pour marées et silence, … ; sur espaces numériques Terre à ciel, Le Capital des Mots, Recours au Poème, … Publications en 2018 dans Nunc, la Revue Europe et Galerie Première Ligne, …

 

Anthologies : "Sans abri", éd. Janus, 2016 ; "Au Festival de Concèze", éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en liberté (anthologie numérique progressive) en 2017 et 2018 ; citée dans Poésie et chanson, stop aux a priori ! de Matthias Vincenot, aux éditions Fortuna (2017), …

 

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Revues en ligne Texture, Zone Critique, Levure Littéraire, Recours au Poème en tant que contributrice régulière.