Identification

Articles taggés avec: Compère-Demarcy Murielle

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 08 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier, Éditions Tinbad (2026) [230 p.] - 22€

 

La mémoire horizontale des vivants : Claire Fourier ou l’intelligence féminine du réel

Il arrive que la littérature élise domicile dans les objets les plus humbles. Là où Francis Ponge, dans Le Parti pris des choses, donnait voix au savon, à l'huître, au cageot ou au galet, en révélant la densité poétique de leur matérialité, Claire Fourier choisit un compagnon plus discret encore : un matelas abandonné sur un trottoir.

Objet dérisoire en apparence, mais contenant tout un monde, ce matelas n'est jamais un simple meuble. Il devient archive des corps, conservatoire des passions, mémoire silencieuse des vivants. Il recueille les traces du sommeil et du désir, des naissances et des séparations, des maladies et des deuils. Il est mémoire. Il est témoin. Il est presque une conscience.

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 25 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu, éditions Sémaphore [116 p.] – 16€

 

À l’écoute des bêtes ou Quand la terre respire : la mémoire sauvage du vivant selon Catherine Andrieu

Publié aux éditions Sémaphore dans la collection Cahier Nomade, dirigée par le poète, écrivain et essayiste breton Bruno Geneste, À l'écoute des bêtes de Catherine Andrieu est de ces livres rares qui semblent avoir été moins écrits que traversés. La poète et peintre plasticienne nous en avertit d'ailleurs dès l' "Avant-dire" : « Il est des livres que l'on n'écrit pas. Ils vous traversent, vous arrachent à vous-même, et vous déposent, les paumes vides, sur la grande page nue du monde. »

D'emblée, un mystère se présente au lecteur. Si le titre À l'écoute des bêtes est gravé sur la première de couverture, illustrée par la photographie saisissante d'un loup – ou peut-être d'une louve –, le texte s'ouvre pourtant sur un autre intitulé : Quand la terre respire. Comme si deux livres coexistaient dans un même volume. Comme si le premier titre désignait l'écoute, tandis que le second révélait la source profonde de cette écoute : le souffle même du monde. Entre les deux se déploie une œuvre de passage, une traversée des mémoires enfouies, des présences invisibles et des voix oubliées.

Ris amers, Jacques Cauda (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Poésie

Ris amers, Jacques Cauda, (éd. Rafaël de Surtis) . Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

Jacques Cauda est un artiste multiple -poète, romancier et peintre- dont l’écriture procède souvent par associations libres, images surprenantes, glissements de sens et rapprochements inattendus. Son œuvre cherche moins à délivrer un message qu’à créer un état de perception, une traversée mentale ou sensorielle.

Ris amers, publié aux éditions Rafaël de Surtis en 2026, dans la collection Un ciel désert, nous intrigue d’emblée par son titre : sont-ce les « rires amers » (jeu de sonorité) ? Est-ce de l’ironie, du sarcasme ou de la dérision ? Dans tous les cas, une tension entre jubilation et désenchantement nous tire par la manche. Nous apprenons rapidement que Ris amers fait écho à Larmes et Ris de son arrière-grand-père, Paul Stuart. Nous passons des « larmes » aux « amers », le déplacement est subtil mais significatif. Si les larmes appartiennent au registre sentimental, l’amer évoque le goût, la désillusion, mais aussi, au pluriel comme dans notre titre et dans le vocabulaire maritime, un point de repère pour le navigateur. Le titre devient ainsi plus ambigu, moins directement lyrique. Quant au texte, son style surfe sur les vagues d’amplitude d’ un post-surréalisme personnel.

Radieuses, Rachel Rita Cohen & Patricia Ryckewaert (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 08 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

radieuses, Rachel rita cohen & patricia ryckewaert éditions chèvrefeuille étoilée (2026)

 

radieuses : le soleil comme insurrection

Il est des livres à deux voix qui chantent pourtant à l’unisson. Radieuses, de Rachel Rita Cohen et Patricia Ryckewaert, appartient à cette rare famille où la correspondance devient poème, l’amitié territoire d’écriture, et la parole adressée ouverture plutôt que réponse.

Dès les premières pages, Rachel Rita Cohen annonce le geste fondateur : elle « glisse (son) poème dans » celui de sa complice. Tout est là : non pas écrire à côté, mais écrire dedans. Le poème devient demeure commune, traversée de mémoires, de blessures et d’éblouissements.

Patricia Ryckewaert s’avance alors vers son amie pour « cueillir la rose des sables / vents du Caire enfouis / dans ta mémoire ». Rachel répond : « Je t’entends / Je te vois / Dans le Delta / Gange du Nil / Radieuse ». Les mots ne circulent pas entre elles : ils rayonnent. Les souvenirs personnels s’élèvent dans une langue qui délaisse le récit pour l’essor poétique.

Albert Camus d'une rive à l'autre, Collectif (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 30 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Albert Camus d'une rive à l'autre, Direction littéraire : Marie-Claude San Juan, Éditions Unicité, 2026

Publié après trois années d'élaboration, Albert Camus d'une rive à l'autre réunit vingt-deux auteurs autour d'une même interrogation : que nous dit encore Camus aujourd'hui ? Plus de soixante ans après sa disparition tragique, sa pensée continue d'éclairer une humanité traversée par les crises identitaires, les conflits de mémoire et les déchirures politiques.

Dans sa préface, Camus : le juste milieu, le milieu juste, Karim Akouche rappelle qu'il existe des êtres dont la présence survit à leur mort. Citant un proverbe de sa terre natale : « Il est des vivants qui sont morts, et des disparus qui vivent plus que jamais », il affirme que Camus appartient à cette seconde catégorie. Ses romans, son théâtre, ses chroniques et ses carnets accompagnent toujours ceux qui cherchent un chemin entre justice et liberté, fidélité à soi et ouverture aux autres.

L'originalité de cet ouvrage tient au regard porté sur Camus par des auteurs aux parcours multiples : universitaires, journalistes, poètes, romanciers ou artistes. Tous entretiennent avec lui une relation intime. Ils ne voient pas seulement le Prix Nobel universellement reconnu, mais un proche, « un grand cousin, un vieux frère », un homme partagé entre deux rives.