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Articles taggés avec: Compère-Demarcy Murielle

In somnia, Philippe Bouret / Martine Le Normand (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 29 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

In somnia, Philippe Bouret / Martine Le Normand Éditions Tarmac [112 p.] - 20€

 

Dans les failles de la nuit : deux voix pour une insomnie

Que se passe-t-il et que se loge-t-il dans les plages reculées de notre être lorsque « la nuit se niche dans les orbites creuses du vent », lorsqu'elle « dépose dans ses râpures au bord de la pensée » « la pulmonation circulaire », dans les recoins du corps saisi par la mer inquiète de l'insomnie ? Ne finit-on pas par perdre le sommeil à force de perdre des espoirs trop grands pour des rêves cassés par les éclats foudroyants de la vie ?

Un jour, une nuit sans doute.

J'ai perdu l'espoir de bercer un enfant.

J'ai perdu le sommeil.

À tout jamais,

écrit Martine Le Normand dans In somnia, publié aux éditions Tarmac, où ses textes en italique font face aux textes en caractères romains de Philippe Bouret et à ses peintures.

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 08 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier, Éditions Tinbad (2026) [230 p.] - 22€

 

La mémoire horizontale des vivants : Claire Fourier ou l’intelligence féminine du réel

Il arrive que la littérature élise domicile dans les objets les plus humbles. Là où Francis Ponge, dans Le Parti pris des choses, donnait voix au savon, à l'huître, au cageot ou au galet, en révélant la densité poétique de leur matérialité, Claire Fourier choisit un compagnon plus discret encore : un matelas abandonné sur un trottoir.

Objet dérisoire en apparence, mais contenant tout un monde, ce matelas n'est jamais un simple meuble. Il devient archive des corps, conservatoire des passions, mémoire silencieuse des vivants. Il recueille les traces du sommeil et du désir, des naissances et des séparations, des maladies et des deuils. Il est mémoire. Il est témoin. Il est presque une conscience.

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 25 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu, éditions Sémaphore [116 p.] – 16€

 

À l’écoute des bêtes ou Quand la terre respire : la mémoire sauvage du vivant selon Catherine Andrieu

Publié aux éditions Sémaphore dans la collection Cahier Nomade, dirigée par le poète, écrivain et essayiste breton Bruno Geneste, À l'écoute des bêtes de Catherine Andrieu est de ces livres rares qui semblent avoir été moins écrits que traversés. La poète et peintre plasticienne nous en avertit d'ailleurs dès l' "Avant-dire" : « Il est des livres que l'on n'écrit pas. Ils vous traversent, vous arrachent à vous-même, et vous déposent, les paumes vides, sur la grande page nue du monde. »

D'emblée, un mystère se présente au lecteur. Si le titre À l'écoute des bêtes est gravé sur la première de couverture, illustrée par la photographie saisissante d'un loup – ou peut-être d'une louve –, le texte s'ouvre pourtant sur un autre intitulé : Quand la terre respire. Comme si deux livres coexistaient dans un même volume. Comme si le premier titre désignait l'écoute, tandis que le second révélait la source profonde de cette écoute : le souffle même du monde. Entre les deux se déploie une œuvre de passage, une traversée des mémoires enfouies, des présences invisibles et des voix oubliées.

Ris amers, Jacques Cauda (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Poésie

Ris amers, Jacques Cauda, (éd. Rafaël de Surtis) . Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

Jacques Cauda est un artiste multiple -poète, romancier et peintre- dont l’écriture procède souvent par associations libres, images surprenantes, glissements de sens et rapprochements inattendus. Son œuvre cherche moins à délivrer un message qu’à créer un état de perception, une traversée mentale ou sensorielle.

Ris amers, publié aux éditions Rafaël de Surtis en 2026, dans la collection Un ciel désert, nous intrigue d’emblée par son titre : sont-ce les « rires amers » (jeu de sonorité) ? Est-ce de l’ironie, du sarcasme ou de la dérision ? Dans tous les cas, une tension entre jubilation et désenchantement nous tire par la manche. Nous apprenons rapidement que Ris amers fait écho à Larmes et Ris de son arrière-grand-père, Paul Stuart. Nous passons des « larmes » aux « amers », le déplacement est subtil mais significatif. Si les larmes appartiennent au registre sentimental, l’amer évoque le goût, la désillusion, mais aussi, au pluriel comme dans notre titre et dans le vocabulaire maritime, un point de repère pour le navigateur. Le titre devient ainsi plus ambigu, moins directement lyrique. Quant au texte, son style surfe sur les vagues d’amplitude d’ un post-surréalisme personnel.

Radieuses, Rachel Rita Cohen & Patricia Ryckewaert (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 08 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

radieuses, Rachel rita cohen & patricia ryckewaert éditions chèvrefeuille étoilée (2026)

 

radieuses : le soleil comme insurrection

Il est des livres à deux voix qui chantent pourtant à l’unisson. Radieuses, de Rachel Rita Cohen et Patricia Ryckewaert, appartient à cette rare famille où la correspondance devient poème, l’amitié territoire d’écriture, et la parole adressée ouverture plutôt que réponse.

Dès les premières pages, Rachel Rita Cohen annonce le geste fondateur : elle « glisse (son) poème dans » celui de sa complice. Tout est là : non pas écrire à côté, mais écrire dedans. Le poème devient demeure commune, traversée de mémoires, de blessures et d’éblouissements.

Patricia Ryckewaert s’avance alors vers son amie pour « cueillir la rose des sables / vents du Caire enfouis / dans ta mémoire ». Rachel répond : « Je t’entends / Je te vois / Dans le Delta / Gange du Nil / Radieuse ». Les mots ne circulent pas entre elles : ils rayonnent. Les souvenirs personnels s’élèvent dans une langue qui délaisse le récit pour l’essor poétique.