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Articles taggés avec: Saha Mustapha

Zainab Fasiki* La révolution des mœurs par l’art (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 07 Novembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

La bande dessinée de Zainab Fasiki s’intitule Hshouma, mot-clé qui clignote, depuis des siècles, dans les cerveaux marocains comme une alerte culpabilisante. Une machine morale qui broie d’avance toute résistance. Le livre, rouge et noir, indocile et libertaire, se décline comme un blog réfractaire, un graff’zine pamphlétaire. L’esprit soixante-huitard souffle sur les slogans ravageurs. Le message se condense dans sa métaphore. L’image émoustille et scintille comme un sémaphore. Les slogans, les aphorismes, les fragments livrent l’insoutenable vécu dans sa crudité liberticide. Dans cette sémiotique minimaliste, le signe et le signal se répandent en écho. Le cri se fait symbole. La candeur apparente cache une ambition désarmante. Zainab Fasiki veut, à l’instar du poète Arthur Rimbaud, que son dessin soit plus qu’un dessin, qu’il soit catalyseur de révoltes salutaires et locomoteur d’une libération des mœurs, transformateur de la société et transfigurateur de la vie. Qu’il soit une onde de choc, qui délivre les âmes malades de leur tourmente héréditaire.

Eve en liberté Peintures Elisabeth Bouillot-Saha Textes Mustapha Saha

Ecrit par Mustapha Saha , le Mardi, 08 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Au-delà des infériorisations exégétiques du phallocratisme triomphant après l’âge de bronze, il faut retenir d’Eve, mère de l’humanité, sa signature ontologique, sa marque étymologique significative de la vie dans ses multiples significations. Depuis plusieurs millions d’années, la conscience humaine se forge dans la contemplation des merveilles de la nature, imagine la volonté secrète qui les façonne sous forme d’œuf cosmique. L’art anthropomorphise cette entité indéfinissable sous forme de Déesse Mère, réponse globale à son intelligence intuitive de la genèse de la Terre et de l’Univers, du mystère de l’existence, de l’énigme de la vie. Cette entité totale est conçue comme principe créateur du monde, sorti du néant, aux commencements des temps. L’art africain lui donne sa première incarnation dans la matière, sa première visibilité, sa première présence identifiable à une génératrice des origines, androgyne, procréatrice de l’incommensurable énergie. Sa sacralisation procure aux artistes-chamanes leur statut de messagers de l’inaccessible, d’intercesseurs de l’invisible, d’interprètes de l’ineffable. Le divin s’élabore dans le silence de l’art avant d’inspirer le verbe qui le nomme. Les premiers temples sont des grottes, des cavernes, des spélonques, des abris souterrains à l’écart du vacarme.

Le Bâton d’Euclide. Pouvoir politique et liberté de création (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 26 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La citation d’Euclide, « En géométrie, il n’y a pas de chemin réservé aux rois », au-delà de son contexte particulier d’une relation légendaire entre un philosophe libre de toute entrave et un monarque omnipuissant, omniprésent, qui entendait tout contrôler, tout surveiller, tout régir, les affaires publiques et les mœurs privées, pose la problématique des rapports forcément conflictuels, pour ne pas dire aporétiques, entre la liberté de création, qui implique une émancipation totale de l’esprit et du comportement de toute emprise institutionnelle, et l’obéissance sociale exigée par le pouvoir établi. Euclide signifie à Ptolémée qu’il a beau être le maître du monde, il ne peut avoir aucune influence sur la science, la poésie, l’art, parce ces univers échappent à son petit monde. Les muses fécondatrices du génie humain choisissent rarement les hommes de pouvoir pour inséminer leur inspiration. Devant la création artistique, littéraire, scientifique, tous les humains sont égaux, ne les distinguent que la qualité singulière de leur passion et leur obstination à lui donner vie.

La smart city entre autogestion citoyenne et manipulation technocratique (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 12 Septembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Théoriquement la smart city est une cité régie par les technologies de l’information et de la communication (TIC), qui collectent des données pour optimiser la gestion des ressources, les centrales électriques, les approvisionnements d’eau, et maximaliser les services urbains, les systèmes d’information et de signalisation, les équipements collectifs, les transports… Les agents administratifs interagissent directement avec les infrastructures en surveillant leurs performances et leur bon fonctionnement. Se combinent les infrastructures et les superstructures, la gouvernance algorithmique et l’initiative humaine, l’autorégulation machinique et l’objectivation des perspectives.

La mutation numérique s’avère encore une fois à double tranchant. Se dessinent deux options incompatibles, l’autogestion citoyenne de la vie urbaine ou sa mise sous contrôle technocratique. Le néolibéralisme tente de caractériser la smart city par ses performances dans un système de concurrence générale où les fabricants entretiennent la surenchère gadgétaire, où les nouveaux modèles d’instrumentation électronique mis sur le marché obsolétisent le précédents.

La trompette philosophique de Boris Vian (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 06 Septembre 2019. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

 

Il y a soixante ans, le 23 juin 1959, Boris Vian est terrassé par une crise cardiaque dans le cinéma Le Marbeuf des Champs-Elysées. « Le Satrape Transcendant » meurt de colère contre la falsification de son livre J’irai cracher sur vos tombes par d’affreux surintendants.

Librairie de Cluny, à proximité de la Sorbonne. Je déniche des volumes anciens de Boris Vian aux éditions Jean-Jacques Pauvert. Belle opportunité de relecture à l’occasion du cinquantenaire de Mai 68, hanté par le fantôme de l’écrivain maudit, lanciné par le vaticinateur précoce de la révolution ludique. L’amour se dit avec des pavés et s’immortalise dans les slogans pyrogravés. La correspondance baudelairienne abolit l’écart temporel dans la sentence einsteinienne. Laissons les commémorations pompeuses et les consécrations trompeuses aux autres. Un bouquet d’étincelles nous suffit.