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Articles taggés avec: Genon Arnaud

En avant la chronique, Philippe Chauché (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 17 Août 2020. , dans La Une Livres, Anthologie, Critiques, Les Livres, Essais, Editions Louise Bottu

En avant la chronique, Philippe Chauché, Éd. Louise Bottu, mai 2020, 174 pages, 16 € Edition: Editions Louise Bottu

 

Dès la lecture des premières chroniques de Philippe Chauché, initialement parues sur le site de La Cause littéraire, et que les belles Éditions Louise Bottu rassemblent ici, le lecteur sait qu’il est face à une véritable écriture. Cela pourrait paraître étrange pour qui distingue l’écriture de « l’écrivance », les écrivains et les « écrivants » – néologisme par lequel Roland Barthes désignait ceux pour qui « le langage n’est qu’un instrument » (1) et non pas une fin en soi, comme c’est le cas pour les écrivains. Pourtant, le critique que l’on lit dans ces pages fait de l’exercice auquel il se livre depuis de nombreuses années un véritable travail d’écriture. En ce sens, il illustre ce que le théoricien Florian Pennanech a démontré dans une récente étude intitulée Poétique de la critique littéraire, De la critique comme littérature : « Le métatexte a ses procédés propres, qui peuvent l’amener à se déployer de façon relativement autonome. Il n’est pas nécessairement le simple ‘prolongement’ naturel d’un texte, non plus que l’humble serviteur, caméléon ou transparent, stérile ou parasitaire. Il n’est pas nécessairement non plus un sous-texte, mais éventuellement un texte à part entière, avec ses propres modalités et, il ne me déplaît pas de finir par-là, sa propre créativité » (2).

Morceaux cassés d’une chose, Oscar Coop-Phane (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Vendredi, 07 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Grasset

Morceaux cassés d’une chose, Oscar Coop-Phane, janvier 2020, 160 pages, 16€50 Edition: Grasset

 

Rousseau en miettes

 

La vie tombe, se brise, tout s’écroule. Il reste alors les « morceaux cassés » d’un passé, d’une mémoire, d’une existence (cette courte « chose » – l’auteur a trente-deux ans) étalés sur le sol. On pourrait vouloir tout réparer, reconstruire à l’identique, reconstituer dans l’ordre le flot du vécu, lui donner un sens pour se donner un but. Oscar Coop-Phane contemple lui le désastre et pique dans cette « matière romanesque » qu’est la vie selon les bons vouloirs du vent des réminiscences et de là où il porte sa plume. Ainsi, dans ces Morceaux cassés d’une chose, pas de chronologie, les instants de vie semblent écrits comme ils resurgissent à la mémoire. Peu importe l’ordre, tant qu’on a l’ivresse.

Nous étions nés pour être heureux, Lionel Duroy (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mardi, 19 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Julliard

Nous étions nés pour être heureux, août 2019, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Lionel Duroy Edition: Julliard

Il y a trente ans, en 1990, Lionel Duroy publiait Priez pour nous (éd. Bernard Barrault, 1990, réédité chez J’ai lu en 2011), son premier roman autobiographique. Il y relatait son enfance chaotique, entouré de ses neuf frères et sœurs qui subirent, à ses côtés, la tyrannie maladive de leur mère (qui n’est pas sans rappeler la Folcoche d’Hervé Bazin) et les maladroites tentatives de leur père, « Toto », de sortir la famille de ses multiples déboires. L’écriture de ce livre fut pour lui salvateur. « J’ai organisé ma vie autour de l’écriture de mes livres, déclare Paul, le personnage principal de Nous étions nés pour être heureux, je peux dire aujourd’hui que je suis fait de mes livres, qu’ils m’ont construit, qu’ils m’ont sauvé ». Il mit des mots sur ce qu’il lui était arrivé, il tenta de comprendre le désastre de cette enfance qui lui avait été volée. Mais s’en sortir eut un prix. Ses frères et sœurs, qui avaient pourtant subi les mêmes violences, se désolidarisèrent de lui et l’accusèrent d’être indirectement responsable de la mort de ses parents qui ne supportèrent pas de voir ainsi étalé ce qu’ils avaient tenté, toute leur vie durant, de dissimuler. Ils coupèrent les ponts lui reprochant notamment son égoïsme et d’avoir ainsi dévoilé la honte familiale qui aurait dû, selon eux, rester silencieuse. Même ses enfants n’eurent plus le droit de voir leurs cousins et grandirent dans la conscience de l’hostilité de leurs oncles et tantes.

Vingt-trois secrets bien gardés, Michel Tremblay (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 01 Juillet 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie, Récits

Vingt-trois secrets bien gardés, juin 2019, 112 pages, 12,80 € . Ecrivain(s): Michel Tremblay Edition: Actes Sud

 

Souvenirs d’un « je » à la troisième personne

Le prolifique québécois Michel Tremblay, auteur de pièces de théâtre, de romans, de scénarios, s’était déjà confié dans son triptyque autobiographique (Les vues animées, Douze coups de théâtre, Ange cornu avec des ailes de tôle) (1), publié au début des années 1990. Presque trente ans plus tard, il livre dans un petit volume plein de fraîcheur, d’humour et de tendresse, vingt-trois secrets qui étaient jusqu’alors bien gardés et qu’il décide, à 77 ans, de partager avec ses lecteurs. Fait notable, il se raconte à la troisième personne même si tout ce qu’il rapporte ici est factuel. La troisième personne offre le recul nécessaire, permet à l’auteur de se voir comme un autre, de garder la bonne distance, le détachement qui donne au recueil sa couleur particulière.

Ces souvenirs nous sont restitués selon l’ordre aléatoire de la mémoire. Ils semblent s’appeler les uns les autres, se répondre et construisent, dans leur ensemble, un autoportrait « empreint d’émotions douces et fines », ainsi que le mentionne la quatrième de couverture.

La vie de merde de mon père, la vie de merde de ma mère et ma jeunesse de merde à moi, Andréas Altmann (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mardi, 25 Juin 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

La vie de merde de mon père, la vie de merde de ma mère et ma jeunesse de merde à moi, mai 2019, trad. allemand Matthieu Dumont, 336 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Andréas Altmann Edition: Actes Sud

Le livre de son père

Avec Vipère au poing (1948), Hervé Bazin avait écrit le roman autobiographique de la haine maternelle. On se souvient du petit Jean Rezeau, alias Brasse-Bouillon, engageant avec sa Folcoche de mère une guerre des tranchées au sein même du domaine familial, devant le regard impuissant des autres membres de la famille. Plus d’un demi-siècle plus tard, Andréas Altmann nous propose dans La vie de merde de mon père…, la version allemande et père-fils du désamour familial, un anti Livre de ma mère (1) qui célèbre la détestation de la figure paternelle.

Dès les premières pages, l’auteur-narrateur-personnage donne le « la ». Il tiendra la note douloureuse tout au long du récit : « Je suis prêt à témoigner à charge contre mon père, tout ce qu’il faudra. Au cours des cent prochaines pages, si elles suffisent, j’étalerai au grand jour ses infamies, sans éluder aucun forfait ». Ce père, c’est Franz Xaver Altmann. Il a porté l’uniforme SS pendant la guerre et en est revenu « tel un zombie pour repartir de plus belle à la guerre tout au long de la seconde moitié de sa vie. Mais cette fois la zone de combat n’était plus quelque Oural lointain, mais sa propre famille ».