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Articles taggés avec: Genon Arnaud

Dictionnaire amoureux du tennis, Laurent Binet, Antoine Benneteau (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 07 Décembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Plon

Dictionnaire amoureux du tennis, Laurent Binet, Antoine Benneteau, septembre 2020, 566 pages, 25 € . Ecrivain(s): Laurent Binet Edition: Plon

 

Manifeste savoureux pour la petite balle jaune

L’écrivain Laurent Binet, auteur notamment de HHhH (Grasset, 2010) et de Civilizations (Grasset, 2019, Grand Prix du roman de l’Académie française), s’est associé à l’ancien joueur professionnel de tennis, Antoine Benneteau (pas Julien, son frère), aujourd’hui journaliste, réalisateur et producteur, pour proposer un nouveau volume de la collection à succès des « Dictionnaires amoureux », publiés aux éditions Plon.

L’intérêt de ces ouvrages, on le sait, réside dans leur caractère subjectif, personnel, intime, dans la relation amoureuse, parfois même passionnelle que les auteurs entretiennent avec leur sujet. On évite ainsi l’aspect encyclopédique, trop sérieux et parfois – disons-le – ennuyeux, de ces gros livres rangés sur les plus hautes étagères de la bibliothèque. On aime davantage à les disposer sur la table de nuit ou sur celle du salon, à y lire une entrée, laissant les autres en suspens, comme autant de promesses à venir…

La naissance d’un père, Alexandre Lacroix (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 19 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Allary Editions, Roman

La naissance d’un père, Alexandre Lacroix, Allary Éditions, août 2020, 461 pages, 20,90 € Edition: Allary Editions

 

Le père, ce héraut…

La figure paternelle hante depuis son premier roman l’œuvre d’Alexandre Lacroix. Premières volontés (Grasset, 1998) commençait par l’image du corps du père du narrateur, pendant au bout d’une corde, et contenait l’histoire d’un pardon, celui d’un fils qui avait honte de l’avoir ainsi perdu, qui souffrait, dans une violence sans nom, de cet abandon. Dans la deuxième partie de L’Orfelin (Flammarion, 2010), le narrateur revenait à La Villedieu, la ville natale, pour faire l’inventaire, vingt ans après sa mort, des dix-sept cartons qu’avait laissés ce même père. Ce roman se clôturait par l’évocation de sa propre paternité. L’enfant était à son tour devenu père. La boucle, disait-il, était bouclée…

Comment Alexandre Lacroix aurait-il pu cependant s’arrêter là ? La paternité n’est-elle pas un sujet en or d’autant plus précieux que rares sont les écrivains à l’avoir exploré ?

En avant la chronique, Philippe Chauché (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 17 Août 2020. , dans La Une Livres, Anthologie, Critiques, Les Livres, Essais, Editions Louise Bottu

En avant la chronique, Philippe Chauché, Éd. Louise Bottu, mai 2020, 174 pages, 16 € Edition: Editions Louise Bottu

 

Dès la lecture des premières chroniques de Philippe Chauché, initialement parues sur le site de La Cause littéraire, et que les belles Éditions Louise Bottu rassemblent ici, le lecteur sait qu’il est face à une véritable écriture. Cela pourrait paraître étrange pour qui distingue l’écriture de « l’écrivance », les écrivains et les « écrivants » – néologisme par lequel Roland Barthes désignait ceux pour qui « le langage n’est qu’un instrument » (1) et non pas une fin en soi, comme c’est le cas pour les écrivains. Pourtant, le critique que l’on lit dans ces pages fait de l’exercice auquel il se livre depuis de nombreuses années un véritable travail d’écriture. En ce sens, il illustre ce que le théoricien Florian Pennanech a démontré dans une récente étude intitulée Poétique de la critique littéraire, De la critique comme littérature : « Le métatexte a ses procédés propres, qui peuvent l’amener à se déployer de façon relativement autonome. Il n’est pas nécessairement le simple ‘prolongement’ naturel d’un texte, non plus que l’humble serviteur, caméléon ou transparent, stérile ou parasitaire. Il n’est pas nécessairement non plus un sous-texte, mais éventuellement un texte à part entière, avec ses propres modalités et, il ne me déplaît pas de finir par-là, sa propre créativité » (2).

Morceaux cassés d’une chose, Oscar Coop-Phane (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Vendredi, 07 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Grasset

Morceaux cassés d’une chose, Oscar Coop-Phane, janvier 2020, 160 pages, 16€50 Edition: Grasset

 

Rousseau en miettes

 

La vie tombe, se brise, tout s’écroule. Il reste alors les « morceaux cassés » d’un passé, d’une mémoire, d’une existence (cette courte « chose » – l’auteur a trente-deux ans) étalés sur le sol. On pourrait vouloir tout réparer, reconstruire à l’identique, reconstituer dans l’ordre le flot du vécu, lui donner un sens pour se donner un but. Oscar Coop-Phane contemple lui le désastre et pique dans cette « matière romanesque » qu’est la vie selon les bons vouloirs du vent des réminiscences et de là où il porte sa plume. Ainsi, dans ces Morceaux cassés d’une chose, pas de chronologie, les instants de vie semblent écrits comme ils resurgissent à la mémoire. Peu importe l’ordre, tant qu’on a l’ivresse.

Nous étions nés pour être heureux, Lionel Duroy (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mardi, 19 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Julliard

Nous étions nés pour être heureux, août 2019, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Lionel Duroy Edition: Julliard

Il y a trente ans, en 1990, Lionel Duroy publiait Priez pour nous (éd. Bernard Barrault, 1990, réédité chez J’ai lu en 2011), son premier roman autobiographique. Il y relatait son enfance chaotique, entouré de ses neuf frères et sœurs qui subirent, à ses côtés, la tyrannie maladive de leur mère (qui n’est pas sans rappeler la Folcoche d’Hervé Bazin) et les maladroites tentatives de leur père, « Toto », de sortir la famille de ses multiples déboires. L’écriture de ce livre fut pour lui salvateur. « J’ai organisé ma vie autour de l’écriture de mes livres, déclare Paul, le personnage principal de Nous étions nés pour être heureux, je peux dire aujourd’hui que je suis fait de mes livres, qu’ils m’ont construit, qu’ils m’ont sauvé ». Il mit des mots sur ce qu’il lui était arrivé, il tenta de comprendre le désastre de cette enfance qui lui avait été volée. Mais s’en sortir eut un prix. Ses frères et sœurs, qui avaient pourtant subi les mêmes violences, se désolidarisèrent de lui et l’accusèrent d’être indirectement responsable de la mort de ses parents qui ne supportèrent pas de voir ainsi étalé ce qu’ils avaient tenté, toute leur vie durant, de dissimuler. Ils coupèrent les ponts lui reprochant notamment son égoïsme et d’avoir ainsi dévoilé la honte familiale qui aurait dû, selon eux, rester silencieuse. Même ses enfants n’eurent plus le droit de voir leurs cousins et grandirent dans la conscience de l’hostilité de leurs oncles et tantes.