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Articles taggés avec: Talbourdel Augustin

Bartleby le scribe, Herman Melville (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 23 Juin 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Bartleby le scribe, Herman Melville, éditions Libertalia, mai 2020, nouvelle trad., Noëlle de Chambrun, Tancrède Ramonet, 88 pages, 5 €


La formule de Bartleby, j’aime autant ne pas en parler. Pourtant il le faut, et d’abord pour discuter de cette traduction du célèbre I would prefer not to, par « j’aime autant ne pas ». « Oh, aimer autant ? Oui – étrange formule » remarque Ladinde, voisin de bureau de Bartleby. Le conditionnel, qui était rendu littéralement par « je préférerais ne pas » dans la suggestion de Maurice Blanchot, disparaît dans cette traduction. Aimer autant insiste davantage sur l’indifférence de Bartleby : bien que la réponse du scribe soit invariable, formulée ainsi, elle surgit à chaque occurrence comme le résultat d’une réflexion silencieuse au cours de laquelle Bartleby pèse sur la balance de sa volonté l’intérêt qu’il tirerait de l’action proposée.

Faux-prophètes et colère divine : La violence sacrée chez Sartre et Herzog (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 28 Avril 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

« Jusques à quand, Yahvé, seras-tu caché ? Jusqu’à la fin ?

Brûlera-t-elle comme un feu, ta colère ? »

Psaume 89:47

« Le Seigneur Yahvé a parlé : qui ne prophétiserait ? »

Amos 3:8

« Nasty – À présent les prophètes pullulent.

Mais ce sont des prophètes de colère qui prêchent la vengeance ».

Le diable et le bon dieu, Sartre

Si, comme il est écrit dans l’Ecclésiaste, le principe de la sagesse c’est de craindre le Seigneur, alors on connaît aussi celui de la folie : le défier.

Bach ou le meilleur des mondes, André Tubeuf (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mercredi, 01 Avril 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Le Passeur

Bach ou le meilleur des mondes, André Tubeuf, 288 pages, 19,50 € Edition: Le Passeur

 

Si Dieu, « ôtant toute chose », avait donné à Bach la totalité du temps et l’orgue, Bach eût recréé le monde : tel est le pari musical de Tubeuf. Son essai repose sur la phrase de Leibniz, tirée de La Monadologie : « Dum Deus calculat, fit mundus » (tandis que Dieu calcule, le monde se fait). Selon Tubeuf, si le Leibniz mathématicien de génie avait composé de la musique, sans doute aurait-ce ressemblé à L’Art de la fugue. Mais celui de l’optimisme et de la Théodicée aurait plutôt composé la Messe en si. Bach est le plus mathématicien des musiciens et le plus musicien des mathématiciens.

Les analogies sont nombreuses entre la science de Bach et la pensée de Leibniz. Les thèmes des fugues, comme les actes par lesquels Dieu crée les monades, sont des « fulgurations continuelles de la Divinité ». Tous les mondes musicaux existent déjà dans l’entendement infini du compositeur. Par une nécessité morale et non métaphysique, il les génère ; par leur formule propre, ils coexistent selon le principe d’harmonie préétablie. De même, la musique de Bach agit de manière parfaitement autonome et l’art du contrepoint est bien celui de l’harmonie entre toutes les parties.

Faulkner, nid de coucou et nœud de vipères : L’idiot de la famille Compson (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 10 Mars 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques


« Si quelqu’un parmi vous croit être sage à la façon de ce monde,

qu’il se fasse fou pour devenir sage ;

car la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu. (…)

Le Seigneur connaît les pensées des sages ;

il sait qu’elles sont vaines ».

1 Corinthiens 3:19-21

« J’ai mis tout mon cœur à comprendre la sagesse et le savoir,

la sottise et la folie,

et j’ai compris que tout cela aussi est recherche de vent ».

Ecclésiaste 1:17

Fauré et l’inexprimable, Vladimir Jankélévitch (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 11 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Arts, Les Livres, Essais, Plon

Fauré et l’inexprimable, Vladimir Jankélévitch, 2019, 348 pages, 21 euros. Edition: Plon

 

Il n’y a rien de moins fauréen qu’un livre sur Fauré : Jankélévitch est le premier à l’admettre. La musique et l’ineffable n’en était pas un, bien que Fauré ait soufflé au philosophe la plupart de ses théories musicales, notamment celle de « l’expressivo inexpressif ». « Faire sans dire », telle serait la devise de Fauré dont la musique échappe généralement à toute analyse et ne demande qu’à être jouée. S’il n’y a pas d’esthétique fauréenne, si son art est « sans arrière-pensées métaphysiques », il y a néanmoins un « je-ne-sais-quoi » fauréen que Jankélévitch aborde dans le dernier texte et qu’il attribue au charme de sa musique.

Jankélévitch a toujours eu une prédilection pour les compositeurs français - et pas seulement - héritiers du romantisme : Debussy, Fauré, Ravel, Chausson, Duparc etc. Comme Barthes, il s’est particulièrement intéressé aux romantiques allemands, en particulier à Liszt, tandis que Barthes a davantage écrit sur Schumann. On pourrait d’ailleurs mêler la musique de Fauré à « l’orage romantique » qui, selon l’expression du philosophe, balaie le clavier à la recherche du nouveau.