Identification

Articles taggés avec: Garcia Cathy

Dé-camper, Florentine Rey (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 21 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Gros Textes

Dé-camper, Florentine Rey, 50 pages, 9 € . Ecrivain(s): Florentine Rey Edition: Gros Textes

 

Avant que ne meure le temps d’aimer, comme le chante Barbara, avant de repeindre ou de redécorer, elle s’est désencombrée de tout ce qu’elle savait ne pas être elle pour tenter d’aller se trouver ailleurs. Seule.

« Elle se croit sans colère.

Rupture facile, pardon, grandeur d’âme ; elle flaire le mensonge, les bobards de la marchande de chimères, le cœur protégé par des ruses de sioux.

Sa colère c’est à elle qu’elle l’adresse.

Son cerveau cède le contrôle à des forces anciennes.

(…)

Son projet : mettre l’essentiel dans une valise et partir le plus loin de la ville, du béton, du plastique, des corps à la mode ».

Kintu, Jennifer Nansubuga Makumbi (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Afrique, Critiques, Les Livres, Roman, Métailié

Kintu, Jennifer Nansubuga Makumbi, août 2019, trad. anglais (Ouganda) Céline Schwaller, 480 pages, 22 € Edition: Métailié

 

Ce roman est une fresque étourdissante d’une densité telle qu’il est impossible de le résumer, et d’ailleurs tel n’est pas le but de cette note, mais il faut tout de même pouvoir donner quelques pistes au lecteur. De quoi s’agit-il ? D’une histoire de famille sur plusieurs générations, trois siècles, en Ouganda, donc bien avant que ce pays ne soit arbitrairement nommé ainsi par le colon britannique, en référence à l’ethnie Ganda, occultant ainsi toutes les autres qui peuplaient cette terre.

Kintu est donc une histoire de famille, mais à vrai dire, c’est avant tout l’histoire d’un geste malheureux et de ses conséquences : la répétition transgénérationnelle d’une malédiction. La gifle d’un père, Kintu, à son fil adoptif, Kalema, lors d’une déjà difficile traversée de désert, ayant entraîné accidentellement la mort de ce dernier, qui de plus fut vite et mal enterré par mégarde à côté d’un arbuste épineux auprès duquel on enterre habituellement les chiens.

Tout est provisoire, même ce titre, Mix ô ma prose (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 09 Septembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Tout est provisoire, même ce titre, Cactus Inébranlable, coll. Les p’tits cactus #49, janvier 2019, 80 pages, 9 € . Ecrivain(s): Mix ô ma prose

 

« Être fier d’aller de l’avant,

Debout sur un tapis roulant »

 

En voilà un drôle de zèbre (clin d’œil à ceux qui se reconnaîtront) ce Mix ô ma prose ! Son Tout est provisoire, même ce titre, est un vrai festin, un concentré de nourriture aussi délicieuse que corrosive, le lecteur n’en fera cependant pas indigestion car le plat est drôlement bien équilibré. Avec intelligence, justesse, une lucidité à vif et une ironie salvatrice, l’auteur qui n’aime pas signer de son nom, pose des pensées qui claquent, des mots kits de survie dans un monde carré à sens unique où l’impératif d’avoir, de réussir, mentir, gonfler, tricher, paraître mieux pour gagner du creux, assomment toute tentative de réelle humanité.

Le Singe sous la montagne, Aodren Buart (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 04 Juillet 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Contes, Phébus

Le Singe sous la montagne, mars 2019, 128 pages, 13 € . Ecrivain(s): Aodren Buart Edition: Phébus

 

Nous ressentons à travers ce conte très directement inspiré d’un grand classique chinois : la deuxième partie de la très populaire légende du Roi Singe, l’attrait qu’a exercé la culture ancienne chinoise sur l’auteur lors de son voyage en solo en Chine. Cette quête l’aura poussé vers l’Est, mais donc ici, comme dans la seconde partie de la légende du Roi Singe – le Voyage vers l’Occident –, c’est vers l’Ouest que le moine Sanzang est envoyé par l’Empereur pour aller chercher au-delà de bien des montagnes et sur des chemins parfois dangereux les sutras du Bouddha. « La route, jusqu’au Grand Bouddha de l’Ouest, ne sera pas un simple sentier battu menant sereinement aux confins du monde. Et si je l’ai pensé, c’est par stupidité ou candeur ». L’Ouest étant, dans la légende originelle, l’Inde. On reconnaîtra donc dans ce texte divers éléments du Bouddhisme qui figurent dans la légende, mais aussi des références à la poésie et la peinture traditionnelle chinoises taoïstes, si bien que l’on a parfois la sensation de traverser des tableaux.

Radicelles, Murièle Modély (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 17 Juin 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Tarmac Editions

Radicelles, février 2019, photographies couleurs Vincent Motard-Avargues, préface Dominique Boudou, 40 pages, 18 € . Ecrivain(s): Murièle Modély Edition: Tarmac Editions

 

Murièle Modély a trop de talent pour être éditée, je ne me l’explique pas autrement, aussi quand enfin un de ses recueils voit le jour sur papier, c’est vraiment une grande joie que de tenir l’objet où l’écriture devient matière. Et pour une écriture aussi dense, un bel écrin s’impose. Après la Revue Nouveaux Délits qui avait publié Feu de tout bois, premier opus de sa Collection Délits buissonniers, c’est de nouveau un revuiste qui tend la main à la talentueuse poète : Jean-Claude Goiri qui publie la Revue FPM et a créé aussi les éditions Tarmac.

Radicelles est un duo, un vis-à-vis où la voix de la poète vient se frotter aux photographies couleurs de Vincent Motard-Avargues tandis que ces dernières entrent en résonance avec cette langue organique et accrocheuse.

On retrouve dans ce recueil, une thématique qui est précieuse à Murièle Modély, quasi obsessionnelle : l’île laissée derrière où sont plantées bien profond des racines lourdes de sang.