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Articles taggés avec: Devaux Patrick

Le souffle du ciel, Sonia Elvireanu (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Lundi, 16 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, L'Harmattan

Le souffle du ciel, octobre 2019, 162 pages, 17 € . Ecrivain(s): Sonia Elvireanu Edition: L'Harmattan

 

Rencontre avec l’être aimé au-delà de toute apparence : voilà le ressenti premier à la lecture de ces poèmes qui élargissent l’état de grâce du projet, la motivation universalisant le propos. Les éléments naturels sont raccourcis dans leur état de manière à susciter chez le lecteur une sorte de choc des atomes perturbés dans leurs créations permanentes mêlant ciel, terreau nourricier et dialogue, tel : « Ouvre, ma bien aimée, le jour est en train de mourir, je suis venu te caresser ».

L’aspiration vers le haut s’arrête cependant en relais de vie entre la lumière et les feuilles des grands arbres complices, avec en écho « cette (ta) voix pour caresser les (mes) jours et retarder la nuit ».

La cohésion du ciel et de la terre ayant prise dans la réalité par neige pure interposée dans le silencieux gel des âmes, Sonia sait que « les choses de la vie ne sont pas des miracles », faisant de sa croyance une foi qui globalise bien une certaine ferveur tout humaine, avec « le baiser : (la) myrrhe et l’encens à l’aube ».

Dans l’arc d’un regard de caryatide, Carmen Pennarun (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 12 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Dans l’arc d’un regard de caryatide, Carmen Pennarun, éditions L’amuse Loutre, poésie, juillet 2019, 152 pages, 18 €

 

Les textes, les poèmes dégagent, de concert avec les photos personnelles de l’auteur, une sensualité sérieuse captant le geste, l’émotion, le regard. Carmen, dédicaçant son œuvre à Francesca Woodman, rend cette dernière non seulement vivante mais présente : « Plus loin/ la vie/ s’est rêvée Poésie/…/ Sa vérité de parole/ est l’âme jumelle/ de la photo développée/ Sincères dans l’œuvre/ de papier, toutes deux/ se dévoilent pour mieux/ s’effacer/ Elles dépouillent l’âme/ et labourent l’esprit/ de sillons de lumières/ Un marquage/ par flashs terrestres ».

La recherche de spontanéité artistique parcourt ces textes où les mots se font évanescence et sensualité.

« Elle aurait voulu monter son indifférence/ en volutes de ramages sensuels/ et courir et rire habillée de vieilles fripes/ bohémiennes/ Retrouver le sauvage/ d’une nature qui était sienne/ Elle aurait aimé/ prendre en photos les reflets/ autres que son propre visage/ et lire sur l’objectif l’expression/ au-delà de l’absence d’un sourire » : cet extrait se sert d’un conditionnel insistant pour suggérer l’inabouti, une sorte de défaillance positive car elle motive la continuité.

Actes d’une recherche, Alain Marc (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Lundi, 02 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Z4 éditions

Actes d’une recherche, septembre 2019, 296 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Alain Marc Edition: Z4 éditions

 

A bord de son vaisseau « Poésie » depuis 1986, le poète Marc Alain tient son journal de bord à l’instar des grands explorateurs et ce, presque « au jour le jour », critique de lui-même, en éternel observateur de ses sens, usant de références et de citations : « C’est des pages, des blancs successifs qui ponctuent, qui font une rythmique du sens, une tenue de la rupture continuée, de phrase en phrase, parfois inachevée », citant ici l’entretien « Théorie et poésie » d’Henri Meschonnic avec Lucette Finas, avec cette précision : « enfin quelqu’un qui parle du rôle de la page, de la fin de page, dans le rythme ! ».

On aura compris que la progressivité des propos évolue en croissance et talent parallèlement à l’œuvre de l’auteur et ou au temps qui passe. D’une précision inouïe, l’ouvrage s’en réfère à pas moins d’environ 200 notes. Ne s’arrêtant pas à une théorie pure qui serait fastidieuse, l’auteur reprend aussi de son journal périodique son approbation ou non par rapport à lui-même, intitulant le propos de sa recherche « Spatialité ».

Hôzuki L’ombre du chardon, Aki Shimazaki (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 23 Octobre 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Québec

Hôzuki L’ombre du chardon, Aki Shimazaki, juin 2019, 128 pages, 6,80 € Edition: Actes Sud

 

Madame Mitsuko et Madame Sato lient connaissance lors d’un achat de livres de philosophie. Leurs enfants respectifs vont sympathiser entre eux, suscitant un amical élan entre les deux femmes. L’intrigue se noue de vies secrètes en non-dits, épreuves féminines à l’appui dans ce monde de traditions ancestrales ayant cours, encore de nos jours parfois, au Japon. L’atmosphère est brillamment rendue à l’appui du décor et de cette littérature très efficace, clairsemée de références inhérentes à la forte tradition japonaise, telle ce « Miaï » (rencontre arrangée en vue d’un mariage) qui en dira long sur le vécu d’une des protagonistes, Madame Sato, secrète avec des intentions à rebondissements.

Outre d’être libraire en livres anciens fort recherchés (cette ambiance est particulièrement bien rendue), Madame Mitsuko exerce, en soirée, un second métier dans le « Yükaku » (quartier des prostituées). Les intrigues sont multiples, notamment pour ce qui concerne les enfants, Tarô et Hanako, lesquels communiquent via « Hiragana » (écriture syllabique japonaise, Tarô étant, lui, sourd de naissance).

La Vie rien que la Vie toute la Vie, Marcel Peltier (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Editions du Cygne

La Vie rien que la Vie toute la Vie, juillet 2019, 60 pages, 10 € . Ecrivain(s): Marcel Peltier Edition: Editions du Cygne

Deux phrases courtes et une césure suffisent à Marcel Peltier pour en dire autant qu’en plusieurs pages explicatives. C’est que cette poésie ne s’explique pas, mais elle se vit. Ce peu de mots renforce même tellement l’idée qu’on semble assister à un coup de « bluff » ; mais la poésie est-elle autre chose que de blanchir ce qui est déjà évident, à l’instar de « Voiles/ Blanchiment/ la mer blanche » ?

Cette poésie fait mouche « de mémoire » puisqu’une amie poète, alors que j’évoquais la parution du nouveau recueil de Marcel, m’a spontanément déclamé, avec un grand sourire : « Ma tasse ébréchée/ J’y tiens », ces mots sortis d’un autre recueil de poèmes du même cru qui fut présenté au public de l’A.E.B.

Marcel Peltier est un des rares poètes activant des titres de recueils plus longs que ce qu’il dit entre les lignes alors que c’est justement parfois cette « politique du peu » qui donne une idée d’abondance. Un autre poète à maîtriser les mots de cette manière n’est autre que Guillevic. Comme ce dernier, Marcel est un briseur de parois, un pourfendeur de matière sublimant son enclume jusqu’à en faire jaillir, très soudainement, un mot ou deux qui semblent surgis de nulle part, tels ces « Vitraux/ Quels témoins/ De Vie ! » où c’est la durée suggérée de ce qui est évoqué qui prend la place de ce qui est réellement dit.