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Articles taggés avec: Devaux Patrick

Cette voix d’un ailleurs, Danusza Bytniewski (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 11 Juillet 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Cette voix d’un ailleurs, éd. Samizdat, 2013, 96 pages . Ecrivain(s): Danusza Bytniewski

 

Comment appréhender cet autre soi-même, une sorte de double en un lieu autre ? : « La voix/goutte à goutte elle chemine en moi/Me lave de la poussière/ Tel un oiseau qui voudrait voler, cogne contre les bourreaux de mon impuissance ».

L’échappatoire mène à la conclusion de faire partie d’un tout « autre » : « Je suis plus loin que l’exil. Je n’ai pas quitté mon corps, c’est lui qui m’a quitté… Je suis… sans tout ce qui donne à vivre ».

Le mystère de la vie jaillit dans tout son éclat avec une sorte de touche incantatoire non dénuée d’absence : « Mon corps semble en repos éternel, car je suppose que j’ai un corps. Il est si loin de moi, dans une zone où je ne suis pas ».

Au désert mental se substitue le souvenir du paysage ressenti :

Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, Claude Donnay (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 27 Juin 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Coudrier

Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, juin 2019, 90 pages, 18 € . Ecrivain(s): Claude Donnay Edition: Le Coudrier

 

Sommes-nous, avec Claude, dans « le bourdonnement de la lumière entre les chardons », dans un processus d’éternel retour ou d’éternelle continuité ? Ce recueil, en tout cas, nous rappelle brillamment ce très court laps de temps qui fait notre éblouissement puisqu’« il n’est question/ Que de passer/ Du doigt au sable/ Du sable à la vague ».

Devant le doute, certes « le ciel rougit de notre immobilité »… mais il flamboie car « au-delà du choix/ Le chemin pose/ Son évidence ».

Tributaire du corps, l’âme serait-elle en sursis quand « le monde survit/ Le temps/ D’un battement de cils » ?

C’est que le bourdonnement se fait intense au moment où on s’y attend le moins, sorte de résistance globale à vouloir prendre un certain élan quand « la vie coule à pic ».

Le Cœur en Lesse, Aurélien Dony (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 12 Juin 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Nouvelles

Le Cœur en Lesse, MEO éditions, mai 2019, 100 pages, 14 € . Ecrivain(s): Aurélien Dony

 

Outre le souvenir d’enfance, par exemple, il est possible de faire vivre l’idée humaine dans les ressources d’un paysage, avec aussi un esprit d’intégration : « J’ai besoin d’espace, de ciel à travers les branches, de vent sur ma peau. J’ai besoin d’appartenir à l’écorce des bouleaux, aux plumes des tourterelles, au cours d’eau. Je veux m’enraciner, devenir ce tout dont je suis ».

C’est qu’Aurélien maîtrise l’ambiance, scénarise tout ce qu’il touche. Touchante aventure à faire jaillir, parfois, le souvenir dans le vieux rêve d’autrui apportant une certaine consolation :

« Il n’y a plus rien, Simonne… L’ombre du vieux couple, dans la lumière d’or d’une fin de jour d’été, se fond dans le décor. Simonne serre un peu plus la main d’Emile entre ses doigts.

– Si, mon amour, regarde. Il y a encore des papillons ».

Nous, l’Europe, Banquet des peuples, Laurent Gaudé (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 07 Juin 2019. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Essais, Poésie

Nous, l’Europe, Banquet des peuples, mai 2019, 192 pages, 17,80 € . Ecrivain(s): Laurent Gaudé Edition: Actes Sud

Faire un tour d’Europe comme pour appuyer son existence, ce qu’elle fut en marche et ce qu’elle est.

Voilà le premier ressenti de ce livre de longs poèmes qui eut pu aussi être un essai :

« Vous vous effrayez de voir que d’un coup, l’inquiétude devient l’humeur des peuples ? Pensez à Victor Hugo et à son exil. Pensez à Garibaldi qui a traversé l’Atlantique, s’est battu au Brésil, en Argentine, en Uruguay… Il n’y a pas d’époque paisible ».

L’auteur appelle à poursuivre la belle aventure : « Jeunesse ! Jeunesse ! Il nous faut ton sursaut ».

La progression historique, économique et inventive vient ainsi à la rescousse de Laurent Gaudé à démontrer. Le texte, alors, prend tout son sens dans une série de courtes phrases suscitant l’action : « Succession de trouvailles, d’avancées, de modifications/. De brevets déposés qui viennent améliorer les précédents/ Ou les piller/ Des objets apparaissent/ Qui sont un peu fous/ Un peu encombrants/ Font des sons étranges/…/ Rouages/ Moteurs/ Pistons/…/ Bientôt arriveront les trams/ les voitures/ les métros », l’auteur expliquant avec force d’exemples « parce que le jet de vapeur mène directement à nous/ Nous sommes nés de cela ».

L’Etrangère, Florence Noël (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Lundi, 20 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

L’Etrangère, éditions Bleu d’encre, 2017, dessins Sylvie Durbec, 82 pages, 12 € . Ecrivain(s): Florence Noël

 

Pas de demi-mesures pour évoquer l’acte d’écriture pour celle qui, sans doute, parle un peu d’elle-même quand « elle n’écrit que dans l’insondable tristesse ou l’insondable joie ».

Florence converse avec les mots et les mots la font rebondir dans une sorte de joie naturelle, habitante, à l’aube « d’un royaume impossible à combler ». C’est que la poète sort assez facilement des clous à se poser les questions essentielles de son passage avec aussi une certaine conscience de la vanité : « écrire sec/ en un petit tas/ puis craquer l’allumette » dit-elle.

Le recueil nous apprend que le doute de soi fait partie de la permanence, permettant même une certaine continuité (« elle avait beaucoup écrit/ sur la nature/ qui n’en gardait/ aucune trace »).

Quelques parenthèses servent, pour l’auteur, d’aparté à ses propres dires devenant ainsi une sorte de miroir à mots suscitant un écho de répétitions avec aussi « ce festin de lectures/ vives/ servi par des poètes/ morts ».