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Articles taggés avec: Mézil Jean-François

Ceux qui partent, Jeanne Benameur (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Lundi, 14 Octobre 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Ceux qui partent, août 2019, 327 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jeanne Benameur Edition: Actes Sud

 

Ce livre a des allures de tragi-comédie. Il se passe en deux actes et respecte les trois unités. Tout se déroule au même endroit, New-York (principalement Ellis Island, l’île où débarquent les émigrés) ; tout a lieu en un jour de 1910 (de l’aube d’arrivée du bateau à l’aube du jour suivant).

Dressons, pour commencer, la liste des personnages :

Emilia et Donato Scarpa, son père (il tient d’une main L’Enéide et de l’autre sa fille) ; tous deux ont quitté leur Italie du Nord pour cette Amérique qui promet d’effacer le passé ; dans leurs bagages : les toiles et les pinceaux d’Emilia, les costumes de scène de Donato.

Andrew Jónsson, le New-Yorkais ; épris de photographie, « il s’est habitué maintenant aux arrivées à Ellis Island » ; c’est un vrai Américain à présent, lui dont les ancêtres « ont été pareils à tous ceux de ce jour brumeux ».

Pourquoi tu danses quand tu marches ?, Abdourahman A. Waberi (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mercredi, 09 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Pourquoi tu danses quand tu marches ?, Abdourahman A. Waberi, JC Lattès, août 2019, 250 pages, 19 €

 

Il y a des livres qu’on ne peut avaler, d’autres qu’on savoure ; des livres qui nous tombent des mains, et d’autres qui nous ravinent et nous ravissent par l’ampleur de leur écriture ; des livres qui n’ont sur nous aucun effet, tandis que d’autres nous bousculent et nous emportent sous le souffle de leurs phrases ; des livres qu’on lit depuis le trottoir d’en face, et ceux qui nous font traverser et nous forcent à les suivre dans des ruelles obscures et parfois mal famées ; des livres qui glissent sur nous sans qu’on sente la moindre caresse ou qui, au contraire, tailladent notre conscience et font saigner nos propres souvenirs.

Pourquoi tu danses quand tu marches ? n’est d’aucune des deux catégories : il n’a rien d’un fleuve impétueux, mais n’est pas non plus une eau morte.

Qu’en dire ?

Brûler le Louvre, Didier Goupil (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Brûler le Louvre, Didier Goupil, éditions Zinédi, Coll. Textures, septembre 2019, 122 pages, 12,90 €

 

Didier Goupil, dans ce livre, se fait galeriste. Il accroche à ses cimaises neuf nouvelles. Ou plutôt, comme il le dirait lui-même, neuf impromptus.

Impromptus ? Non pas que ses textes débarquent à l’improviste et soient sans préparation, au contraire ! Ils ont été l’objet de soins délicats, longuement peaufinés, tout en préservant leur candeur : du grand art ! Mais impromptus pour ce qu’ils ont d’inattendu et de léger – de cette légèreté qui confine à l’essentiel.

Délaissant la grande toile du roman (même si les siens n’ont jamais été des pavés), le voici qui « sent monter en lui une envie de fugue » et qui écrit sur des bouts de carton, de nappes en papier, « des petits carrés de vingt centimètres », des scènes de vie liées à des peintres – vivants ou morts, célèbres ou moins connus, et pour certains imaginaires.

Le voici qui « gribouille et peinturlure avec la joie de l’enfance retrouvée ».

Londres, Virginia Woolf (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mardi, 24 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Londres, Virginia Woolf, Rivages, août 2019, trad. anglais Chloé Thomas, 190 pages, 18 €

 

Virginia court les rues de Londres comme d’autres vont à la rivière pêcher. Pour elle, tout est bon, jusqu’au menu fretin qu’elle épice, mitonne et nous sert en quelques pages savoureuses.

Exemples de goujons et d’ablettes : un bout de phrase, pris au vol, entre deux amoureux ; une maigre dispute au sein d’un vieux couple ; « deux hommes qui se concertent sous le bec de gaz [et] déchiffrent le dernier câble de Newmarket dans l’ultime édition du journal » ; les piles de livres chez un bouquiniste…

Mais elle pêche aussi au gros, et ce sont alors des tanches et des brochets qu’elle attrape au fil de ses courses londoniennes et nous sert sur des assiettes de plusieurs pages :

– L’exposition coloniale de 1924 (« Un homme fait sonner une vessie et vous presse d’entrer pour chatouiller des singes ») ;

– Un baptême de l’air (« On voyait […] des congestions routières d’un pied de long ; il fallait les traduire en onze ou douze Rolls Royce à la file ») ;

La Vie en chantier, Pete Fromm (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, La rentrée littéraire, Les Livres

La Vie en chantier, Pete Fromm, Gallmeister, septembre 2019, trad. américain Juliane Nivelt, 381 pages, 23,60 €

 

Une comédie musicale comme savent les faire les Américains ! Voilà à quoi ce livre m’a fait penser.

Vous connaissez comme moi la recette : une histoire à l’eau de rose ; des personnages bien lissés et pétris de bons sentiments ; vous ajoutez des voix superbes ; de beaux costumes ; des décors à vous en mettre plein la vue ; une chorégraphie calée au poil ; des jeux de claquettes époustouflants ; une synchronisation parfaite. Au final, on se régale et on applaudit à tout rompre.

Eh bien, c’est un peu ça, ce livre. Il y a tout au départ pour faire un navet, et Pete Fromm, je ne sais comment (son talent doit y être pour quelque chose), nous tient d’un bout à l’autre. La Vie en chantier pourrait tenir le haut de l’affiche à Broadway.

J’entends les critiques :