Identification

Articles taggés avec: Mézil Jean-François

La Vie en chantier, Pete Fromm (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, La rentrée littéraire, Les Livres

La Vie en chantier, Pete Fromm, Gallmeister, septembre 2019, trad. américain Juliane Nivelt, 381 pages, 23,60 €

 

Une comédie musicale comme savent les faire les Américains ! Voilà à quoi ce livre m’a fait penser.

Vous connaissez comme moi la recette : une histoire à l’eau de rose ; des personnages bien lissés et pétris de bons sentiments ; vous ajoutez des voix superbes ; de beaux costumes ; des décors à vous en mettre plein la vue ; une chorégraphie calée au poil ; des jeux de claquettes époustouflants ; une synchronisation parfaite. Au final, on se régale et on applaudit à tout rompre.

Eh bien, c’est un peu ça, ce livre. Il y a tout au départ pour faire un navet, et Pete Fromm, je ne sais comment (son talent doit y être pour quelque chose), nous tient d’un bout à l’autre. La Vie en chantier pourrait tenir le haut de l’affiche à Broadway.

J’entends les critiques :

L’homme qui ne voulait plus se lever, David Lodge (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mardi, 03 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’homme qui ne voulait plus se lever, David Lodge, Rivages Poche, avril 2019, trad. anglais Suzanne V. Mayoux, Martine Aubert, 155 pages, 7,50 €

 

Moi qui ne suis pas particulièrement anglophile et demeure étonné que Shakespeare n’ait pas eu le bon goût de naître français, je confesse que l’humour so british de David Lodge me ravit.

J’ai même pris, en tant qu’écrivain, un double plaisir à ce livre.

Car, après avoir lu les huit nouvelles de ce recueil (les deux dernières, plus récentes, ont été ajoutées), on découvre dans la postface quand et pourquoi elles ont été écrites. L’auteur nous révèle, entre autres, leur part autobiographique. Ce sont presque toujours des épisodes de sa vie ou une anecdote que des amis lui ont racontée qui ont servi de déclencheurs.

Ainsi en est-il de la nouvelle éponyme qui démarre le recueil. L’a-t-il écrite dans son lit ? Il ne le dit pas, mais confie qu’il était « déprimé » et qu’il aspirait « désespérément à retourner à l’oubli du sommeil ».

Ordesa, Manuel Vilas (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mercredi, 28 Août 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ordesa, Manuel Vilas, Editions du sous-sol, août 2019, trad. espagnol Isabelle Gugnon, 400 pages, 23 €

 

Un livre inclassable ? Cela est heureux en ces temps de conformité. Être un peu paumé quand on lit fait du bien.

Par quel bout le prendre pour le chroniquer ? J’ai l’impression d’une valise sans poignée.

Une valise remplie de souvenirs, même si « se souvenir, c’est brûler des neurones inutilement ». Quelques photos à l’appui et, en épilogue, onze poèmes – comme pour rehausser l’originalité du recueil.

Souvenirs réels : « Le passé, ce sont des meubles, des couloirs […] des chemises que les morts ont portées ».

Souvenirs inventés : « Je veux me rappeler qu’elle m’a dit ça, mais en réalité elle n’a pas parlé, pas prononcé la moindre syllabe ».

Un regard sur l’enfance, sur la famille, sur la mort et donc, par ricochet, sur la vie dont la mort est « une extension », « l’expression la plus aboutie du mystère de la vie ».

Murène, Valentine Goby (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mercredi, 21 Août 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, La rentrée littéraire, Les Livres

Murène, Valentine Goby, Actes Sud, avril 2019, 377 pages, 21,80 €

 

Écrire sur le handicap, beau sujet, n’est-ce pas ! Les journalistes es rentrée littéraire ne manqueront pas de s’extasier. Délaissant, comme à leur habitude, la proie pour l’ombre, ils oublieront que le sujet, quelque mérite qu’il ait, ne fait pas à lui seul un roman. Celui-ci commence dans une piscine, comme pour nous donner envie de plonger dans le livre. C’est de François Sandre dont il va être question. Vingt-deux ans. Les parents tiennent un atelier de couture. La mère, Mum Jane, est anglaise. Une sœur plus jeune, Sylvia.

Février 56… ça vous dit quelque chose ? C’est là que, pour François, tout s’arrête ou commence : une rayure sur le disque de sa vie. On retrouve son corps sous une caténaire, « au pied d’un wagon désaffecté au lieu-dit hameau de Bayle », dans les Ardennes. « L’accident électrique est privilégié ». « Un panneau indiquait bien “danger” le long des rails mais avait disparu sous la neige. Les chemins de fer ne sont pas responsables des excès climatiques, voyez-vous. On ne fait pas un procès à la neige ».

L’Algérois, Éliane Serdan (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Vendredi, 12 Juillet 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Serge Safran éditeur

L’Algérois, mai 2019, 148 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Eliane Serdan Edition: Serge Safran éditeur

Il y a quelque chose de proustien dans la tonalité de ce roman : même si la phrase est courte, elle reste à fleur de peau.

Quelque chose aussi de Giono par le cadre : celui d’une Provence, aride et mythique.

Mais, bizarrement, c’est au prologue de l’Antigone d’Anouilh que j’ai très vite pensé, tant la logique de ce livre est celle d’une tragédie antique :

Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire de l’Algérois.

Marie Guérin, c’est la petite maigre, « les yeux tournés vers cet ailleurs de la mémoire » qui ressurgit bien malgré nous. Elle pense qu’elle va mourir : « mes jours sont comptés ». Elle sait que « pour aimer, il faut être vivant ». Or « les fantômes ont pris la place des vivants ». Elle se dit que sa vie est sortie de son lit et coule à côté vers le « pays des morts ». Elle tient, dans sa main, une lettre qu’elle vient de trouver dans sa boîte et qu’elle hésite encore à décacheter ; elle attend la nuit pour s’y résoudre, « ouvrir une brèche » et plonger en arrière – le jour de ses dix-sept ans, en 1962.