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Les infiltrés, L’histoire des amants qui défièrent Hitler, Norman Ohler (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 15 Mai 2020. , dans La Une Livres, Payot, Critiques, Les Livres, Langue allemande, Récits, Roman

Les infiltrés, L’histoire des amants qui défièrent Hitler, Norman Ohler, mars 2020, trad. allemand, Olivier Mannoni, 423 pages, 22 € Edition: Payot

 

« Que resterait-il aux hommes s’il fallait enlever aux mots, qu’ils ont mis des siècles à chérir, l’importance qu’ils leur prêtent ? » (Sous la lumière froide, Pierre Mac Orlan, 1945).

Le prologue est ici essentiel, ne le manquez pas ! Un véritable compte à rebours. La voix du narrateur, la voix-off, le pourquoi du livre et la nature de son existence. Jusqu’où faut-il porter, par loyauté, les actes de nos Anciens, leurs cicatrices, leurs crimes sous nos pas, comme autant de mains placées sous terre pour attraper nos chevilles et faire chavirer nos pas ?

L’éditeur précise « livre de non-fiction ». Soit. Le narrateur fixe chaque étape de l’histoire, quand l’histoire précisément a été délibérément effacée. Elle se raconte volontiers en roman et, en cette configuration, rencontre son meilleur témoin. Sans pour autant en adopter le ton. La forme est donc documentaire, visuelle, elle relèverait davantage d’un « docu-fiction ». La forme.

Pierre, Christian Bobin (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 13 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Pierre, octobre 2019, 96 pages, 14 € . Ecrivain(s): Christian Bobin Edition: Gallimard

 

Une virgule est inévitablement collée au dernier signe du mot qui la précède, créant un espace-mot, sécable ou non sécable, c’est selon.

« Pierre, », c’est d’abord une virgule. Incisive, précise. Une mobilité de pensée. Une expérience de création. Deux expériences de création réunies. « Pierre, », ce sont tous les mots que l’on peut écrire, seulement après une virgule, les mots dédiés à un ami, tous les mots qui traduisent le lien, trahissent l’absence, transmettent l’amour.

On se souvient alors d’exemples éloquents d’amitié, entre Deleuze et Bacon, Foucault et Magritte, Mallarmé et Manet, Badiou et Soulages. Ici, Bobin et Pierre.

« Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions ».

La femme-Maytio, Béatrice Castaner (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mercredi, 12 Février 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

La femme-Maytio, Béatrice Castaner, Serge Safran Ed., JANVIER 2020, 160 pages

 

Lire « La Femme-Maÿtio », c’est reculer, avancer, se placer trente-mille ans avant le temps présent (A.P : avant le temps présent, unité de temps utilisée en archéologie pour désigner les âges exprimés en nombre d’années passées, avant l’année de référence 1950). Leurs plaies, leurs peurs, leurs souffrances à l’échelle d’une seconde. Nos Ancêtres Néandertaliens avaient un animal totem, en eux le monde complet, et réciproquement.

« Ils ne se rappellent déjà plus qui était cette jeune femme qu’ils ont violée tour à tour, pourquoi l’ont-ils épargnée après avoir fendu la chair de tous les autres hommes, femmes, enfants, nouveau-nés de son clan. Pourquoi, ne laissant derrière eux qu’un entrelacs d’une vingtaine de corps éventrés, les cœurs sortis des poitrines et rassemblés en un monticule sanguinolent devant l’abri sous roche où le clan dormait, l’ont-ils emmenée trois jours avec eux pour en faire leur esclave. (…) faire disparaître de la surface de la terre ces Autres humains qui n’étaient pas comme eux. Lorsque l’abri n’a plus été qu’un charnier, ils ont fendu le crâne des derniers nés et ont mangé leur cervelle, crue. »

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine (Par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 09 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, La Martinière

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine, août 2019, 201 pages, 18 € Edition: La Martinière

 

« Je te dirai juste que je suis un esquiveur : je fais croire que je sais rien, comme ça ceux qui savent, savent que je sais. T’as pas compris, c’est pas grave, tu pigeras plus tard ».

Tu vas piger très vite. S’accrocher à la paroi ou disparaître, il n’y a que ça à faire pour vivre. Tu le sais. Passer d’une vie à une autre ? Le ton, la langue et toutes les musiques des langues sont des portes-cloisons. Alors tu lis pour passer au travers.

« Un écrivain est né », écrit François Busnel au sujet de Sofia Aouine.

Sofia l’écrivain, Abad le narrateur. Soit. Abad a treize ans, treize ans de peau, treize ans de battements, le flux sous la peau et autant entre les lignes. Des mots, des tas de mots qui t’explosent dans la bouche parce que tu lis à voix haute tellement c’est vivant. Bagnette, pignole, daron, grailler, khlasser, gow, pilon, les timpes et les Batmans. Entre autres. Des références, tu en trouveras, des clins d’œil adressés aux plus grands du cinéma ou de la littérature. Des bandes-son comme autant de djinns penchés sur ce premier roman réussi. Régale-toi.

A la recherche de Marie J., Michèle Sarde (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 12 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Julliard

A la recherche de Marie J., octobre 2019, 368 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michèle Sarde Edition: Julliard

 

« Les noms des personnages vivants ont été remplacés par des initiales et leurs prénoms ont été changés. Le moins possible ».

Ne cherchez pas non plus dans les remerciements, les prénoms du livre. Entre autres, Yolène, Elena, Rodriguo. Il n’y a aucune initiale.

Seule est, Marie J.

Certains liens sont indéfectibles, au-delà des identités.

Ce serait par exemple une ressemblance troublante entre elle, l’auteure dont le prénom n’est pas Michèle, et sa grand-mère. Marie J. Troublante au point de « passer sa vie à » rechercher derrière les traits d’un être vivant, le visage d’un autre. Décédé en 1944.