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Articles taggés avec: Guérin Olivia

Jardin sauvage et autres parcs parisiens (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Mercredi, 23 Septembre 2026. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Arts, Recensions, Gallimard

Jardin sauvage et autres parcs parisiens Hervé Le Tellier (textes), Alexandre de Broca (peintures), Sylvain Moser (musique) Gallimard, mai 2026, 26 euros Edition: Gallimard

 

Voilà un ouvrage atypique dans le paysage éditorial : Jardin sauvage et autres parcs parisiens constitue une oeuvre à trois voix, celles d'un écrivain, Hervé Le Tellier, d'un peintre, Alexandre de Broca, et d'un musicien, Sylvain Moser. Les trois complices emmènent avec eux le lecteur dans une flânerie à travers quinze parcs parisiens, tentant de rendre compte de manière synesthésique d'impressions ressenties dans ces jardins. Du point de vue de la matérialité de l'ouvrage, les textes d'Hervé Le Tellier sont accompagnés de peintures et de partitions musicales; le lecteur peut même scanner des QR codes pour écouter les compositions musicales. Ici, je ne commenterai que le versant littéraire de l'ouvrage.

Après L'Anomalie (Prix Goncourt 2020) et Nom sur le mur (2024), on n'attendait pas forcément Hervé Le Tellier au coin d'un jardin public. Mais il relève assez bien le défi.

Une maison en ses murmures, Charles Duttine (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Jeudi, 11 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Charles Duttine, Une maison en ses murmures Éditions Versions courtes 02/2026, 113 p., 15€

 

Il se dit que la maison est vieille,

les matériaux travaillent ou peut-être,

pense-t-il en riant,

la maison lui parle-t-elle ?

Aurait-elle des choses à lui dire ?

Charles Duttine, Une maison en ses murmures


Dans Une maison en ses murmures, Charles Duttine ne se contente pas de nous livrer une novella dont l’intrigue se déroule dans une maison : si le récit est bien construit autour d’un personnage principal (auquel l’auteur prend plaisir à n’attribuer d’autre dénomination que « notre personnage », comme pour mieux le vider de sa substance), c’est surtout le décor, à savoir une demeure des bords de Loire, qui devient le véritable protagoniste du récit.

La Chaussure sur le toit, Vincent Delecroix (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Vendredi, 08 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Nouvelles, Roman

La Chaussure sur le toit, Gallimard, 2007 ; réédition « Folio », 2009, 248p., 8,60€. Edition: Folio (Gallimard)


Que fait donc cette chaussure sur le toit d’un immeuble parisien longeant les voies de la Gare du Nord ?

Cette question – en apparence anecdotique, voire franchement saugrenue –, est au cœur du livre La chaussure sur le toit de Vincent Delecroix, qui réussit le tour de force de tenir en haleine son lecteur sur près de 250 pages. Avec pour point de départ cet objet improbable, mystérieusement posé là, l’auteur parvient à bâtir un projet formel inventif et stimulant : une véritable gageure !

L’ensemble est constitué de dix récits, adoptant des points de vue à chaque fois différents. Autour de cette chaussure incongrue gravitent différents personnages qui habitent ou fréquentent cet immeuble, sorte de microcosme urbain où se croisent sans vraiment se rencontrer des personnages contrastés : un artiste contemporain, un unijambiste, un sans-papiers, une vieille dame capricieuse et qui s’amourache d’un jeune pompier, une enfant au sommeil agité, des chiens anthropomorphes, un présentateur télé en fin de course, un amoureux conduit et jaloux qui se mue en cambrioleur…

Trois éclipses, Etienne Allaix (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Mardi, 25 Novembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Trois éclipses, Etienne Allaix, Editions Rue Saint-Ambroise, collection « Suites », Mars 2025, 130 pages, ISBN 9782487294035, 14 euros.

 

Avec Trois éclipses, Étienne Allaix signe un triptyque original, constitué de trois nouvelles relativement étoffées (d’une trentaine ou quarantaine de pages chacune), qui ont en commun de mettre en scène des impostures.

La pièce inaugurale – et maitresse – du recueil est la nouvelle « Lynn » : guide touristique à Berlin, Lynn se perd lors d’une de ses visites avec son groupe, alors qu’elle est censée connaître la ville par cœur. Son égarement devient le moteur d’une fiction : pour sauver la face, elle invente les éléments de sa visite guidée. Et y prend un plaisir manifeste.

C’est de cette première imposture que découlent les deux autres nouvelles. Dans l’imagination fertile de Lynn prend vie le personnage de Sokine, peintre expressionniste raté du 19e siècle, qui connait lui aussi d’étranges moments d’« éclipse » de la raison. Puis celui de Rebecca, directrice de galerie d’art ayant acquis des toiles de Sokine, et qui s’éclipse elle aussi dans un ultime pied-de-nez au milieu berlinois de l’art contemporain.

Le Voyage au Congo, André Gide (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Vendredi, 26 Septembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Récits, Voyages

André GIDE (1927-1928), Voyage au Congo suivi de Le Retour du Tchad. Carnets de route, Paris, Folio, 2001. Edition: Folio (Gallimard)

 

Un récit à double détente

Entre juillet 1925 et mai 1926, André Gide a effectué un voyage de près d’un an en Afrique Équatoriale Française, en compagnie de son ami le cinéaste Allégret, de l’embouchure du fleuve Congo au lac Tchad, ce qui représente plus de 3000 kilomètres. La première partie de ce voyage est relatée dans son Voyage au Congo (1927), et la seconde dans Le Retour du Tchad (1928).

Le projet initial de Gide est celui d’un voyage d’agrément, au cours duquel il prend plaisir à observer la faune et la flore africaine. A partir de ses impressions de voyage et de ses carnets de notes, l’auteur produit un récit de voyage qui se donne à voir comme une véritable œuvre littéraire. On y perçoit la grande fascination de Gide face à la nature qu’il observe en Afrique, dans un discours fortement marqué par la subjectivité, et qui est le fruit d’un véritable travail littéraire (pour comparaison, Allégret – qui pour sa part avait pour objectif de réaliser un film documentaire – a lui aussi rédigé un carnet de notes non destiné à la publication – publié à titre posthume [1] sous le titre Carnets du Congo. Voyage avec André Gide, et qui se présente comme un texte plus fragmentaire, plus spontané et moins travaillé sur le plan de l’écriture).