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Enfin… Salman Rushdie bat Khomeiny ! (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Il y a trente ans, un peu plus, Khomeiny a émis une fatwa contre Salman Rushdie. Tôt ou tard, l’Histoire rattrapera les ennemis de la liberté qu’importe leur appellation. Les dictateurs. Les despotes. Les tyrans. En qamis islamique ou dans d’autres tenues civiles ou militaires. Aujourd’hui, de plus en plus, le régime théocratique des mollahs iraniens est encerclé de l’intérieur comme de l’extérieur. Asphyxié. De l’autre côté, Salman Rushdie, le romancier britannique d’origine indienne, multiplie ses publications. Ses romans sont chaleureusement accueillis par son lectorat à travers le monde.
Amertume chez les nouveaux mollahs, enfants légitimes de Khomeiny, et plaisir et jubilation chez les lecteurs de Salman Rushdie. C’était un 14 février 1989, l’ayatollah Khomeiny, sur les ondes de la radio de Téhéran, a émis sa fatwa contre Les Versets Sataniques, réclamant la tête de l’écrivain Salman Rushdie contre une somme de plus de trois millions de dollars. La fatwa est tombée dans une période où le régime des mollahs, à sa tête Khomeiny, vivait son âge d’or, La révolution islamique !

L’écrit naît de la cendre vivante de l’oralité (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 26 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La parole c’est le corps. Le corps parle toutes les langues du monde sans exception aucune.

Ma mère, H’lima Bent Abraham, dansait. Sa danse préférée, celle qu’elle perfectionnait par-dessus tout, s’appelait la danse de l’hmiyma, c’est-à-dire la danse de la petite pigeonne.

À cause de cette belle danse de la petite pigeonne, les gens du village ont décidé, un jour, d’élever les pigeons, de les laisser libres dans les ruelles et dans les champs adjacents et de ne pas les tuer.

Quand on exécute magnifiquement et poétiquement la danse de l’hmiyma, on n’est pas analphabète. La danse est la langue du corps dans toute sa rhétorique libre, libérée et universelle. Au moment de la transe-danse, les bras de ma mère, les paumes des mains coloriées au henné, bracelets kabyles d’argent no’qra, les tintements… se métamorphosaient en plumage festif d’un paon édénique.

Elle marchait en dansant, ma mère.

Et si Proust était un écrivain algérien ?, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 15 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Nous parcourons l’Algérie du nord au sud, de l’est à l’ouest, nous frappons aux portes de ses villes, les petites, les moyennes et les grandes, les côtières, celles de l’intérieur ou celles du désert, nul ne donne l’impression qu’effectivement ces cités ont connu dans leurs murs, un jour, un écrivain, un peintre, un musicien !

Les villes sont grandes par leur capital de symboles, et les écrivains sont un capital inépuisable. Nous visitons quelques-unes de ces villes, mais nul ne prouve qu’un Mohamed Dib est né à Tlemcen, que Tahar Ouettar est à Sedrata, que Abdelhamid Benhedouga est l’enfant d’El-Mansoura, que Kateb Yacine est né à Constantine, que Rachid Boudjedra est de Aïn Beïda, rien ne prouve que Moufdi Zakaria soit le créateur de l’hymne national, l’enfant de Taghardait ! Nos villes donnent le dos à leurs écrivains et à leurs artistes ! Tout ce qui relève de ces écrivains est effacé. Même leurs tombes sont perdues parmi celles des inconnus. Une ville sans mémoire n’est qu’un couloir exposé à un courant d’air !

L’identité ni meurtrie ni meurtrière (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 23 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

L’identité, en Algérie, est une bombe plus dangereuse que le nucléaire ! L’identité en Algérie est une bombe portée il y a belle lurette dans la poche de l’Histoire algérienne. Et cette bombe subsiste, elle n’a pas explosé et elle n’est pas mouillée non plus ! L’identité est un jeu dangereux, ébranlée pour des raisons politiques, camouflée dans d’autres temps politiques ! Mais son explosion dans le visage de ses meneurs est prévue à n’importe quel moment ! Une bombe nucléaire à retardement.

Tous les pouvoirs politiques algériens, cela perdure depuis la guerre de libération, ont pris la cause amazighe en fonds de commerce politique. Tantôt la canne, tantôt la carotte, tantôt la paille ! Dès l’aube du mouvement nationaliste, la question de l’identité algérienne était présente dans les débats politiques. En 1949, lors du congrès du PPA, la question de « crise berbère » fâche déjà les panarabistes. La révolution algérienne, sous prétexte de la priorité de « l’indépendance » nationale, a renvoyé le débat autour de l’identité algérienne pour un autre temps, un autre banc !

L’Algérie rêvée ! (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 30 Avril 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Le sommeil n’est pas le lit des rêves. Creusez profondément dans la matrice de la société, vous découvrirez les racines du rêve collectif ! Je creuse ! Le réel mène au rêve ! Et le rêve est le capital énergétique du réel ! Ainsi, je rêve d’une Algérie pleine de vie ! Ce beau pays est congelé, vidé de vie ! Un pays congelé est un pays de pâture, de procréation et d’hypocrisie morale, politique et culturelle.

Et je rêve, et le rêve est une résistance ! Bien que le rêve soit un état personnel, selon Freud, il arrive que des personnes ou des groupes sociaux rêvent collectivement. Cela, la rue algérienne l’a bien vécu ces jours-ci. Nous ne sommes pas somnambules. On rêve en marchant avec le rêve qui marche en nous ! Sur la Place Maurice Audin se réveille le rêve commun ou presque ! Le rêve d’un changement radical, identique pour toutes les citoyennes et tous les citoyens qui marchent dans les rues, sur les trottoirs, qui labourent avec affection leur morceau de terre aride ou fertile, qui, ensemble, poussent un tracteur en panne, qui somnolent dans un transport en commun, qui posent leur tête pleine d’inquiétude, à la fin de la journée ardue, sur un oreiller froid.