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Ces livres que nous n’arriverons jamais à lire ! (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 07 Septembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Comme des vagues sauvages dans un espace domestique, les livres envahissent nos appartements. Ne laissant aucun coin indemne. De partout, ils nous encerclent ; au salon, à la cuisine, au lit, au garage, dans le couloir ! Beaucoup de nos livres ont voyagé avec nous, d’un pays à un autre, d’une ville à une autre. Ils ont voyagé comme nos enfants. D’autres livres ont vécu avec nous, en nous, notre adolescence, nos amours, durant les deux années de service militaire.

Des livres nous ont accompagnés depuis notre mariage, et ils sont toujours là. Il y a des livres plus âgés que nos enfants. Des livres qui étaient là avant nos voisins et avant la construction de ce quartier ! Des livres que nous protégeons du froid, de l’humidité et de l’oubli. Des livres autour desquels nous montons la garde afin d’éloigner les voleurs ! Ces voleurs de livres qui sont nos meilleur(e)s ami(e)s ! Nos cher(ère)s ami(e)s enlèvent nos chers livres ! De temps en temps, on se rappelle, avec chagrin, d’un livre kidnappé, comme un cher emporté par l’exil forcé. Des montagnes de livres nous entourent. Des formats différents ; les nains, les petits et les grands, à l’image de nos ami(e)s dans ce royaume des humains.

J’accuse Apulée, saint Augustin, Ibn Khaldoun et les autres ! (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 15 Juin 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques


Ils sont des écrivains de renommée, des maîtres de la plume et de la pensée, mais ils ont vécu dans la trahison historique. Dans la trahison de leur mère ! D’autres écrivains sont peu connus, méconnus ou inconnus, mais ils sont les maîtres de ces maîtres ! Quand l’élève donne la leçon à son maître.

J’accuse Apulée de Madaure le Berbère (125-170), fils de M’daourouch. Écrivain, philosophe et orateur de premier rang, certes. Bien qu’il soit considéré comme le père et le créateur du genre littéraire appelé « le roman », avec son livre exceptionnel, L’Âne d’or, je l’accuse. Lucius, personnage principal de L’Âne d’or, bien décrit, métamorphosé en âne, m’a toujours intrigué, m’a fasciné, mais j’accuse Apulée. J’accuse saint Augustin (354-430), Augustin d’Hippone ou d’Annaba, fils de Thagaste ou de Souk Ahras. Qu’importe les appellations des cités, il est le fils de Tamazgha, l’Afrique du Nord. J’accuse saint Augustin l’écrivain que j’aime beaucoup !

Enfin… Salman Rushdie bat Khomeiny ! (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Il y a trente ans, un peu plus, Khomeiny a émis une fatwa contre Salman Rushdie. Tôt ou tard, l’Histoire rattrapera les ennemis de la liberté qu’importe leur appellation. Les dictateurs. Les despotes. Les tyrans. En qamis islamique ou dans d’autres tenues civiles ou militaires. Aujourd’hui, de plus en plus, le régime théocratique des mollahs iraniens est encerclé de l’intérieur comme de l’extérieur. Asphyxié. De l’autre côté, Salman Rushdie, le romancier britannique d’origine indienne, multiplie ses publications. Ses romans sont chaleureusement accueillis par son lectorat à travers le monde.
Amertume chez les nouveaux mollahs, enfants légitimes de Khomeiny, et plaisir et jubilation chez les lecteurs de Salman Rushdie. C’était un 14 février 1989, l’ayatollah Khomeiny, sur les ondes de la radio de Téhéran, a émis sa fatwa contre Les Versets Sataniques, réclamant la tête de l’écrivain Salman Rushdie contre une somme de plus de trois millions de dollars. La fatwa est tombée dans une période où le régime des mollahs, à sa tête Khomeiny, vivait son âge d’or, La révolution islamique !

L’écrit naît de la cendre vivante de l’oralité (par Amin Zaoui)

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 26 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La parole c’est le corps. Le corps parle toutes les langues du monde sans exception aucune.

Ma mère, H’lima Bent Abraham, dansait. Sa danse préférée, celle qu’elle perfectionnait par-dessus tout, s’appelait la danse de l’hmiyma, c’est-à-dire la danse de la petite pigeonne.

À cause de cette belle danse de la petite pigeonne, les gens du village ont décidé, un jour, d’élever les pigeons, de les laisser libres dans les ruelles et dans les champs adjacents et de ne pas les tuer.

Quand on exécute magnifiquement et poétiquement la danse de l’hmiyma, on n’est pas analphabète. La danse est la langue du corps dans toute sa rhétorique libre, libérée et universelle. Au moment de la transe-danse, les bras de ma mère, les paumes des mains coloriées au henné, bracelets kabyles d’argent no’qra, les tintements… se métamorphosaient en plumage festif d’un paon édénique.

Elle marchait en dansant, ma mère.

Et si Proust était un écrivain algérien ?, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 15 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Nous parcourons l’Algérie du nord au sud, de l’est à l’ouest, nous frappons aux portes de ses villes, les petites, les moyennes et les grandes, les côtières, celles de l’intérieur ou celles du désert, nul ne donne l’impression qu’effectivement ces cités ont connu dans leurs murs, un jour, un écrivain, un peintre, un musicien !

Les villes sont grandes par leur capital de symboles, et les écrivains sont un capital inépuisable. Nous visitons quelques-unes de ces villes, mais nul ne prouve qu’un Mohamed Dib est né à Tlemcen, que Tahar Ouettar est à Sedrata, que Abdelhamid Benhedouga est l’enfant d’El-Mansoura, que Kateb Yacine est né à Constantine, que Rachid Boudjedra est de Aïn Beïda, rien ne prouve que Moufdi Zakaria soit le créateur de l’hymne national, l’enfant de Taghardait ! Nos villes donnent le dos à leurs écrivains et à leurs artistes ! Tout ce qui relève de ces écrivains est effacé. Même leurs tombes sont perdues parmi celles des inconnus. Une ville sans mémoire n’est qu’un couloir exposé à un courant d’air !