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Elsa Schiaparelli, Ève-Marie Lobriaut (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 26 Octobre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie

Elsa Schiaparelli, Ève-Marie Lobriaut, Éd. Les Petites Moustaches, juin 2022, Ill. Madame Dessine, 132 pages, 18,50 €

La collection « Les Petites Histoires de la mode », initiée par les Éditions Les Petites Moustaches, revient sur l’enfance d’un grand créateur ou d’une grande créatrice de mode. Si chaque ouvrage s’appuie évidemment sur une documentation assez large, l’écrivain sollicité utilise assez librement son imagination pour dépeindre, à travers des scènes clé, le caractère, la colère, la tristesse, ayant prévalu au personnage qui deviendra beaucoup plus tard un incontournable du milieu de la mode.

Ainsi en est-il du livre consacré à Elsa Schiaparelli, dont l’exubérance n’a pas manqué d’attirer l’œil de grands artistes. L’auteure Ève-Marie Lobriaut a choisi de se fixer en grande partie sur le printemps 1900, alors qu’Elsa Schiaparelli a dix ans et qu’elle vit à Rome, au Palais Corsini. La petite fille est un véritable feu follet qui multiplie les bêtises, regorge d’idées farfelues qu’elle met à exécution, s’entête à dominer les garçons et y parvient, élabore des mensonges sans vergogne où, à force de réinventer sa vie, elle finit par croire elle-même à ses histoires… Mais l’enfant souffre, notamment du fait de sa laideur dont elle est persuadée. Sa grande sœur Beatrice semble être son exact opposé, en attitude comme en attraits physiques.

La Galerie des jeux, Steven Millhauser (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 03 Octobre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Rivages poche, Nouvelles, USA

La Galerie des jeux, Steven Millhauser, Rivages Poche, trad. anglais, Françoise Cartano, 192 pages Edition: Rivages poche

 

Avec ce recueil de nouvelles, l’on pourra volontiers affirmer que l’essentiel se loge dans les détails, à l’image de ce monde miniaturiste (mais en aucun cas minimaliste) créé par le génial August Eschenburg, héros du premier récit – presque un roman court. On ne s’étonnera pas, d’ailleurs, de réaliser que la nouvelle qui clôt l’ouvrage, Cathay, nous ouvre les portes d’un monde qui semble réduit comparativement au nôtre, un monde extraordinairement puissant de détails fantasques et d’illusions multiples, étude éblouissante et précise d’un univers de contes de fées.

C’est donc par un imaginaire ciselé que s’affirme ce livre de Steven Millhauser, mais l’auteur y déploie également un style épuré, simple de prime abord, ouvrant parfois un mouvement de vagues quand il nous donne accès aux pensées du ou de la protagoniste, enchaînant avec l’éveil d’une sensation fugace, revenant ensuite à des faits plus sommaires. La traduction de Françoise Cartano fait sans doute honneur à cette volonté du nouvelliste.

La Vagabonde, Colette (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 20 Septembre 2022. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Roman, Le Livre de Poche

La Vagabonde, Colette, Le Livre de Poche, 256 pages . Ecrivain(s): Colette Edition: Le Livre de Poche

 

Renée Néré est « la vagabonde », et dans le palindrome presque parfait qu’imposent ce prénom et ce nom, c’est bien l’idée de l’effet miroir qui est soulignée à travers le portrait de cette héroïne, le miroir que Colette se tend à elle-même en écrivant et en décrivant le parcours d’une femme libre autant que seule. On peut même se demander si l’objet du miroir n’est pas au centre de ce roman, car il revient régulièrement, comme pour rappeler à l’héroïne ce qu’elle croit dissimuler au fond de ses traits, et il est à vrai dire présent dès les premières lignes : « … je vais me trouver seule avec moi-même, en face de cette conseillère maquillée qui me regarde, de l’autre côté de la glace, avec de profonds yeux aux paupières frottées d’une pâte grasse et violâtre. (…) Elle me regarde longtemps, et je sais qu’elle va parler… Elle va me dire : / « Est-ce toi qui es là ?… (…) » / Oui, c’est l’heure lucide et dangereuse… ».

Marilyn Monroe, Un parfum de star, Viviane Koenig, Annie Moser (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 12 Septembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie

Marilyn Monroe, Un parfum de star, Viviane Koenig, Annie Moser, Oskar Éditeur, juin 2022, 112 pages, 12,95 €

 

Choisissant de nous faire revivre dans ses grands traits la vie de celle qui fut « la Monroe », Viviane Koenig et Annie Moser ont eu l’excellente idée d’adopter le point de vue de l’introspection, tandis que la star assiste, rongée par les doutes, à la première projection du film Comment épouser un millionnaire. Les souvenirs de son enfance et de son adolescence s’égrènent malgré eux, alternant entre de rares moments heureux qu’elle trouva auprès d’une nourrice, et des périodes autrement plus compliquées aux côtés de « la sorcière aux cheveux rouges », comme elle la surnommera plus tard, sa mère Gladys, qui ne tarda pas à rejoindre un hôpital psychiatrique.

Ce livre, avant tout destiné à un public adolescent, revient ensuite sur les étapes marquantes de la carrière de Marilyn Monroe, sa vie amoureuse et la place néfaste des journaux de l’époque, notamment quand ils abordent le passé plus sulfureux de la star. Mais c’est aussi un livre qui fait l’éloge de son talent et de sa singularité, de son rayonnement face à l’objectif, contrebalancé par une fragilité récurrente qui peut la laisser sans armes.

La Clef rouge, et autres contes cruels et de mort, Maurice Leblanc (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Vendredi, 02 Septembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Contes

La Clef rouge, et autres contes cruels et de mort, Maurice Leblanc, éditions Le Visage Vert, septembre 2021, 178 pages, 15 € . Ecrivain(s): Maurice Leblanc

 

Jean-Luc Buard, préfacier de cet ouvrage, nous dit que Maurice Leblanc aura écrit en tout 395 contes et nouvelles « non-lupiniens ». Trente-cinq d’entre eux ont été réunis ici, tous ont eu une première parution dans la presse, entre 1890 et 1911, avant que certains ne soient recueillis en volume – à ce titre, il faut saluer le travail opéré sur la bibliographie qui figure à la fin du livre.

Ces contes dits « cruels et de mort » nous montrent avec quelle atrocité, et même avec quelle perversité, le destin se joue des espérances et des croyances des individus que nous sommes. La vengeance prend ainsi un tour dramatiquement salé dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, ou dans L’Unique Maîtresse. Tous les espoirs d’une jeunesse tendus vers son avenir conjugal s’abattent brutalement lorsqu’on a la malchance de se trouver mêlé à une mésaventure : ainsi en est-il du Serment (« …elle pensait que la vie est une chose adorable et qu’il n’y a rien au monde de plus doux que l’amour », p.110) ou du Sauvetage, dont l’ironie finale rend le drame encore plus acéré.