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Articles taggés avec: Gavard-Perret Jean-Paul

La mission Coupelle, Jean-Benoît Puech (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 07 Avril 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Fata Morgana

Edition: Fata Morgana

 

Jean-Benoît Puech : double je

Jean-Benoît Puech sort la littérature de ses tuyaux comme il sort l’écrivain de ses conduites forcées, par une ironie générale portée à son statut. Il a inventé un auteur (Benjamin Jordane), a écrit ses textes et a même créé un colloque à son sujet et une exposition à Paris et Dijon.

Cette « goutte de cruauté », chère à Nietzsche, envers le statut d’écrivain, devient un océan qui ne cesse de grandir et auquel ce père putatif d’un fils incestueux (puisqu’il couche au besoin avec la compagne du premier) ajoute une nouvelle aux accents exotiques là où deux officiers s’entretuent au nom d’un missionnaire légendaire et au long cours. S’y ajoute une belle réflexion en réponse à une question au sujet de la « vraie vocation » de l’écrivain. Elle entraîne sur les pistes aléatoires de l’interprétation lorsque celle-ci est victime du mirage des sources de la création.

Eparses, Voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie, Georges Didi-Huberman (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 01 Avril 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Histoire, Les éditions de Minuit

Eparses, Voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie, février 2020, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Georges Didi-Huberman Edition: Les éditions de Minuit

L’image et la « pansée »

Afin de se soustraire à l’ambiguïté qui régit tout protocole de représentation qu’il soit iconique ou linguistique, Didi-Huberman, après avoir travaillé sur les seules photos existantes et les documents sur les fours crématoires (et la polémique que son livre suscita), trouve ici une autre tentative pour parvenir à dire, toucher et atteindre le cœur et la raison – l’inconscient aussi – par le « témoignage » des documents qu’il présente ici.

Didi-Huberman propose le « simple récit-photo » d’un voyage dans les papiers du ghetto de Varsovie. Il apporte sur le corpus d’images inédites, réunies clandestinement par Emanuel Ringelblum et ses camarades du groupe Oyneg Shabes entre 1939 et 1943, un premier regard et une première analyse.

L’auteur revient sur un point majeur et qu’il a déjà soulevé : « une simple image n’est jamais simple ». D’autant que celles-ci restent inséparables d’une archive de trente-cinq mille pages de récits, de statistiques, de témoignages, de poèmes, de chansons populaires, de devoirs d’enfants dans les écoles clandestines, de lettres jetées depuis les wagons à bestiaux en route vers les camps.

Quel avenir pour la cavalerie ? Une histoire naturelle du vers français, Jacques Réda (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 23 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Buchet-Chastel

Quel avenir pour la cavalerie ? Une histoire naturelle du vers français, Jacques Réda, octobre 2019, 216 pages, 20 € Edition: Buchet-Chastel

 

 

Maîtres et mètres

A côté de ses textes de création, Réda a toujours pris soin de vaticiner avec intelligence sur ses propres formes et outils : il y eut ainsi le superbe La Vieillesse d’Alexandre, mais tout aussi Autobiographie du jazz afin d’examiner d’autres espèces de scansion et leur relation à la sensibilité. Retenons dans ce corpus – en dehors de l’historique que le pisteur propose – l’état actuel du vers français, symptôme d’une crise de la sensibilité et de l’humanité plus que de la poésie elle-même.

Le vers peut sembler parfois un instrument périmé du poétique. Ce qui ne veut pas dire que celui-ci erre dans une « Sibérie prosodique ». C’est bien plus compliqué que cela.

Emportée, suivi d’une correspondance de Tina Jolas et Carmen Meyer, Paule du Bouchet (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 16 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits

Emportée, suivi d’une correspondance de Tina Jolas et Carmen Meyer, Editions des femmes Antoinette Fouque, mars 2020, 128 pages, 14 € . Ecrivain(s): Paule du Bouchet

Le livre de la mère

Paule du Bouchet écrit « les détours inouïs » de la vie douloureuse et lumineuse de Tina Jolas, sa mère. « Emportée » par son amour passion pour René Char, cette femme (aimée par sa fille) la quitte lorsqu’elle a 6 ans.

Sous forme de carnet intime où s’intercalent des fragments d’une correspondance échangée entre la mère et son amie Carmen Meyer, le texte met en jeu des séquences de vie bouleversées entre plusieurs subjectivités et enjeux de vérité. L’auteur évite toute polémique ou indiscrétion. Même lorsque René Char abandonna celle qui éprouva pour lui sa grande passion amoureuse. D’ailleurs son agonie commença lors du décès du poète.

Paule du Bouchet endura sans recours les départs et les disparitions de sa mère. Elle reste – contrairement à Betsy, sa sœur – une inconnue pour le grand public. Pour René Char, elle rédigea néanmoins une partie de l’appareil critique de l’édition de la Pléiade. Et elle connaissait admirablement Ossip Mandelstam, Emily Dickinson et William Shakespeare et traduisit plusieurs tomes du Seigneur des anneaux de Tolkien.

Kyoto Song, Colette Fellous (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 04 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Kyoto Song, février 2020, 192 pages, 20 € . Ecrivain(s): Colette Fellous Edition: Gallimard

 

Crépuscule à Kyoto

Le voyage au Japon donne à la vie de Colette Fellous le roulis d’une autre perspective Son livre devient large d’émotions par à la fois changement de décor, de cap, et la présence d’une fillette qui crée dans la psyché de l’auteure une fente ou une traversée.

L’éloignement géographique crée une proximité. Il ne s’agit plus de poser les questions : de qui ? de quoi ? Soudain l’auteur peut aller plus loin avec elle-même d’où ce besoin d’imaginer que ce voyage serait éternel. S’y recreusent des sources, s’incisent les songes qui échappent à la seule tyrannie de la Méditerranée.

Kyoto devient l’écran qui peut se traverser. L’Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve. C’est pourquoi l’auteure réinvente son propre cinéma intime. L’Imaginaire fait regermer le passé en une relation double avec l’image de la ville et le corps de la fillette où se « métaphorise » celui de son accompagnatrice.