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La folle et fausse insouciance de l’autobiographie (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 04 Juillet 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

L’autobiographie n’est que le bavardage de soi-même et une farce dérisoire. Que l’auteur se contente d’y entrer en visiteur et en traînant les pieds ou comme parangon de l’humanité n’y change rien, de tels récits restent anecdotiques et ennuyeux. Cela ressemble à un décès, au souvenir anthume et niais parsemé de baisers et crachats abâtardis et résiduels théâtralisés à un profit particulier sous prétexte d’intérêt général. Cela empeste le parfum qui a tourné. L’autobiographe devient l’idiot auquel nul n’a demandé son avis mais qui l’impose. Il semble que la bêtise dispose alors d’un laisser-passer où le hâbleur prétend à un cœur mis à nu. Il écœure. Tout est inexact, sans être tout à fait faux. Qu’on se souvienne des Confessions de Rousseau. Peut-être et dans le genre le plus véridique des œuvres tendues vers sa passion des travers. Mais, même dans cet exemple des plus hauts, le pamphlet contre soi-même tourne à l’apologie permanente.

Les furtifs, Alain Damasio (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 17 Juin 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Science-fiction

Les furtifs, éditions La Volte, avril 2019, 687 pages, 25 € . Ecrivain(s): Alain Damasio

 

Damasio collages et décollages

L’impact émotionnel – mais pas seulement – puissant dans les tensions que provoquent ces « furtifs » est puissant par les tensions que les deux héros gémellaires provoquent. Ils assument leur sécession et une marginalité. Il s’agit pour eux de « vivre ivres » dans des interstices que leur laisse leur collage et qu’évoquent les matières vibrantes poétiques, narratives, politiques aux assonances sauvages face à une technologie d’un âge d’or à la triste figure où le seul objectif est de trouver un art de vivre par la réappropriation des technologies avancées et fermées.

Romancier de l’état de la langue et du monde, Alain Damasio est une sorte d’actionniste littéraire. Il titille le lecteur par son art de la performance. Il vampirise la narration et sa materia prima dans un parcours où se révisent bien des invariants par un rituel romanesque, dont il ne conserve que le chapeau là où la ville ne dort jamais, prête à écraser les déviants dans sa puissance de contrôle…

Spécial Silvaine Arabo, Collectif (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 27 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Revues, Encres vives

Spécial Silvaine Arabo, Collectif (Michel Host et all), 489ème Encres Vives, mai 2019, 16 pages, 6,10 € Edition: Encres vives

 

Michel Host et ses confrères prouvent qu’on se tromperait lourdement en limitant l’œuvre poétique et picturale de Silvaine Arabo à la description ou à l’évocation d’évènements ou de lieux qui renverraient simplement à la biographie de la poétesse de Charente. Pourrait-on même en parler au titre de matériau de base ? Ce palimpseste ne remplit-il pas plutôt avec ce qu’il dévoile l’office d’éléments déclencheurs ? Car plus que d’un « esto memor » (je me souviens), il s’agit de la déstructuration de la réalité vue et éprouvée au profit de la re-création par le verbe et par-delà l’absence d’un asile de légendes à la lisière d’un temps passé et afin de fomenter avec lui des « épousailles tendres » là où

« les glaçons charrient

l’eau des étangs. Sous la lune

(d’)une aube attentive »

Le Nouveau Féminisme, Barbara Polla (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 24 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Odile Jacob

Le Nouveau Féminisme, mai 2019, 272 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Barbara Polla Edition: Odile Jacob

 

Libre, indépendante, boulimique, Barbara Polla ose transgresser les lignes de partage. C’est sa manière d’aborder le politique et le féminisme pour en dégager certaines limites et normes. Elle aboutit à une distillation d’écriture qui dépasse les frontières classiques de la rationalité discursive qui engendre des schémas trompeurs car réducteurs.

L’auteure aborde donc les féminismes en dépassant effrontément les barrages qu’ils dressent. Dans son travail de synthèse, Barbara Polla trouve de nouvelles voix vers la paix des genres à travers les ambitions affichées des nouveaux mouvements (pro-choix, pro-désir, intersectionnel, LGBTQI, écoféminisme, antispéciste, etc.). Chaque fois elle montre les ambitions et les risques de tels mouvements pour ouvrir leurs possibilités plutôt que de les fermer à des fins de non-recevoir.

Ovaine, La Saga, Tristan Felix (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Tinbad

Ovaine, La Saga, avril 2019, 228 pages, 23 € . Ecrivain(s): Tristan Felix Edition: Tinbad

Les folles aventures d’Ovaine

Les aventures d’Ovaine avancent d’elles-mêmes ou plutôt à coups de l’imaginaire hors prix d’une auteure dont l’industrie de faux s’organise en vol d’étourneaux. Ces oiseaux ne sont pas les seuls : le chant ou la fable s’organise (entre autres) comme un bestiaire là où tout avance staccato et sprezzatura.

Monté chronologiquement, ce roman (mais est-ce le bon mot même s’il est ici revendiqué comme tel ?) crée une étrange humanité. Dans chaque moment, Tristan Felix ne rate jamais sa cible là où est pourtant tout affaire de segmentions et biffures joyeuses.

Séquences par séquences, temps par temps, s’inscrit non une vie mais sa multiplicité de postulations en rafales et éclairs fulgurants. D’où la renaissance perpétuelle d’Ovaine en ses métamorphoses. Ovide et Cervantès ne sont jamais loin. Kafka non plus (et paradoxalement). Mais un Kafka enjoué et excité et qui passerait outre la majesté de l’autorité. Ovaine est ici fêtée et autoproclamée dans une frénésie vitale et jubilatoire qui repose autant en harmoniques qu’en dissonances.