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Articles taggés avec: Gavard-Perret Jean-Paul

Fille, Camille Laurens (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 15 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Fille, août 2020, 240 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Camille Laurens Edition: Gallimard

 

Camille Laurens et les mots

Le corps des femmes est souvent « dit » dans la littérature afin qu’il ne se voie pas ou mal. Il est issu de tous les archétypes divins que les hommes ont inventés de peur de n’être qu’un souffle provisoire, un courant d’air, de leur boîte crânienne aux orteils.

Camille Laurens se doit donc de jouer avec les signes qui « dopent » l’esprit « malin ». Son roman ouvre sur un espace de l’intime et de l’extime féminin, loin d’un grand guignol dont l’auteure dénonce les formes et tournures surannées d’un clafoutis anthropomorphique.

Elle a ainsi toujours un coup, un cran d’avance. Que demander de plus que cet envoûtement romanesque qui se définit d’emblée ainsi :

Térébenthine, Carole Fives (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 08 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Térébenthine, Carole Fives, août 2020, 176 pages, 16,50 € Edition: Gallimard

 

L’art et la vie

Les résistances masculines sont autant antiques qu’actuelles. Mais peu à peu les choses changent. Ce livre le prouve à la fois par l’injonction d’un maître : « Certains, ou plutôt devrais-je dire certaines, se sont étonnés du peu d’artistes femmes citées dans notre programme d’histoire de l’art. Je leur ai donné carte blanche aujourd’hui. Mesdemoiselles, c’est à vous ! », et aussi pas son suicide en rien anodin par ce qu’il « dit ».

Dans ce roman de rencontre d’un trio à l’école des beaux-arts, Carole Fives sans doute joue d’une identification. Elle connut la même formation qui devient en partie la monnaie vivante du livre d’une matière faite de luttes et de surprises sur le sens de l’existence.

Sans aucun goût pour la pause, Carole Fives est la créatrice d’une écriture aussi « réaliste » que de quête intime comme dans tous ses textes – nouvelles et romans. Existent toujours à la fois inquiétude et sérénité dans un univers de dépendance mais aussi d’indépendance.

Le Consentement, Vanessa Springora (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 01 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits, Grasset

Le Consentement, Vanessa Springora, janvier 2020, 216 pages, 18 € Edition: Grasset

 

Surgissement de la luciole : Vanessa Springora

Certains livres « délivrent » de certaine indécence organisée dans un temps pas si éloigné du nôtre. Celui de Vanessa Springora en fait partie et brille en sa soif de lumière jusqu’à l’abolition d’une obscurité. S’y brise une forme de terreur implicite face à une voracité que la bonne société a su cautionner.

Elevée par une mère divorcée et ignorée par son père défaillant, « V. » (l’auteure elle-même), comble par la lecture le vide qu’elle subit, jusqu’à sa rencontre avec « G. » (Gabriel Matzneff). Elle a treize ans et ignore tout de cet écrivain qui a tôt fait de la séduire. Le « bonze » la fascine en dépit de ses 50 printemps. Il lui écrit, sait la rassurer. Et le tour est joué.

V. se donne corps et âme à ce séducteur qui remplace un père, en dépit des menaces de la police eu égard à ce suborneur qui rend une telle idylle romantique par le danger qui couve – mais contrairement aux apparences plus pour elle que pour lui.

Ce qu’on appelle aimer, Laure Samama (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 24 Août 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Ce qu’on appelle aimer, Laure Samama, Arnaud Bizalion éditeur, 2017, 64 pages, 17 €

 

En brefs chapitres – parfois réduits à quelques mots – jaillissent les amours, leurs troubles, leurs déceptions, et toujours une façon de tenir face aux amants qui jouent les don-juan et les comètes.

Laure Samama double ses textes de photographies-métaphores pour évoquer ce que les mots ne peuvent pas montrer. Le désir féminin trouve droit de citer de manière simple, juste, crue et sans emphase : « Souvent je portais des robes pour que ses mains ne rencontrent aucun obstacle. Je déplorais que les hommes n’en portent pas ». Mais à l’amour et ses fantasmes suivent des désillusions dues aux petits arrangements avec le réel de l’amant qui, à l’éternité (certes provisoire), préfère un passage qui, à force, lui pèse comme s’il obligeait…

C’est vieux comme le monde : surtout lorsque la relation est adultérine. L’homme est beau, expert mais une épouse l’attend. Au sein de la luxure et de la volupté il y a donc des « défilés », des déchirures, des explications et justifications plus ou moins douteuses.

Les noms d’époque, De Restauration à années de plomb, Collectif, dirigé par Dominique Kalifa (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 19 Août 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Gallimard

Les noms d’époque, De Restauration à années de plomb, Collectif, dirigé par Dominique Kalifa, janvier 2020, 352 pages, 23 € Edition: Gallimard

 

Les périodisations et leurs définitions

Dominique Kalifa et son équipe s’intéressent à la tension qu’il existe entre l’éphémère et la mémoire dans le rapport à l’historicité, et ce, à travers la dénomination qui définit les temporalités du monde pour en laisser la trace.

De tels mots créent nos propres représentations et interprétations de ce qui fut. Et les historiens réunis ici rentrent dans l’intentionnalité de leurs ancêtres qui définirent les époques de manière jamais neutre.

Ce livre fait suite à La véritable histoire de la Belle Epoque, du maître d’œuvre, et étend l’analyse des imaginaires qui nourrissent les expressions successives et rétrospectives sur l’histoire. Le tout à partir de la Révolution – à savoir l’époque où s’installe la conscience historique moderne.