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Vie de Gérard Fulmard, Jean Echenoz (par Jean-Paul Gavard Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 29 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Les éditions de Minuit

Vie de Gérard Fulmard, janvier 2020, 240 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Jean Echenoz Edition: Les éditions de Minuit

 

Dans la veine de Envoyé spéciale, Jean Echenoz présente un polar fulminant et humoristique. Son héros solitaire, ex-steward doté d’une surcharge pondérale, est en perpétuelle reconversion ou errance. Celui qui ressemble « à n’importe qui mais en moins bien » n’a aucun charme particulier et ne fait pas plus profession de joie que la rue où il vit.

Lugubrement réjouissant, le livre est celui d’un orfèvre libre qui cisèle les aléas de son détective grassouillet, et soigné par un psychiatre. Il rate tout au sein d’une histoire politique d’un parti (la FPI) aussi nul que lui et qui peut ressembler au « Rassemblement National » des Le Pen, même si Echenoz fait mine de ne pas y avoir pensé.

Mais l’histrion nous mène en bateau là où sa parodie est toutefois secondaire : ce qui compte c’est le style en ses continuelles pirouettes. Après Zatopek et Mike Brant, l’auteur réussit à nous intéresser à une vie désormais d’un héros de fiction. Son existence sans consistance est dans la droite ligne de deux modèles échenoziens : Jacques le Fataliste et Bouvard et Pécuchet, mais façon roman noir – ou presque.

Warum, Pierre Bourgeade (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 22 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Tristram

Warum, Pierre Bourgeade, janvier 2020, 242 pages, 19,90 € Edition: Tristram

 

Fin d’été

Il fut un temps où Pierre, le héros de Warum, semblable et frère de son auteur, ne se contentait pas de rêver les femmes. Il se les calait douces, les enfilait comme se passe un pull en hiver pour se réchauffer. Il avait les épaules larges, elles y cherchaient un creux et certaines pensent encore à lui. Car ils ont fait des fêtes et ont dû swinguer du valseur avec lui sur le She loves you des Beatles.

Mais néanmoins lentement cœur se fendille, corps se fume. Reste à savoir où commence l’indifférence ou si l’on préfère comment meurent les amours. « Qui s’exprime lorsque le corps ne répond plus ? » avoua Bourgeade à une de ses dernières égéries. Et c’est à cette réponse que Warum fait écho dans son aspect road-movie en hommage à La Femme au nom d’une voire de plusieurs d’entre elles.

L’Exposition, Nathalie Léger (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 06 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, P.O.L

L’Exposition, Nathalie Léger, janvier 2020, format Poche, 160 pages, 9 € Edition: P.O.L

 

L’enfance de l’art

Ressort en format Poche le premier livre de Nathalie Léger paru aux éditions P.O.L en 2008. L’auteure fait preuve déjà de son goût et de son intérêt pour les « images » oubliées comme elle le réalisa aussi dans Supplément à la vie de Barbara Loden.

À l’occasion d’un projet d’exposition sur La Ruine, la narratrice relate sa rencontre inopinée avec une héroïne oubliée du second Empire : la comtesse de Castiglione. Elle en remonte l’histoire à partir d’un recueil de photographies retrouvées dans sa bibliothèque. Adulée pour sa grande beauté mais aussi pour sa prétention et sa triste fin, cette femme a entretenu un rapport étrange avec sa propre image. Elle avait dérisoirement confié le sens de sa vie à la photographie. Adepte narcissique de son reflet, elle n’a cessé de se faire capter par l’appareil photographique. Celui-ci au fil du temps renvoie moins la beauté qu’une solitude. Elle transparaît dans une suite de portraits qui rendent compte des émerveillements comme des échecs d’une existence.

Bernard Noël, François Lunven (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 17 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Fata Morgana

Bernard Noël, François Lunven novembre 2019, 88 pages, 19 € Edition: Fata Morgana

 

Bernard Noël : portrait d’un artiste maudit et saint.

Poussé par son amitié et la fascination qu’il éprouvait à son égard, mais pas seulement, Bernard Noël a écrit les plus belles pages sur un artiste « maudit » qui se suicida à 31 ans : François Lunven. Ces textes collationnés et réunis permettent un « turn-over » sur l’homme et l’œuvre aussi habités par Satan Trismégiste que sacrés (mais c’est un peu la même chose).

Avec le poète et un autre graveur (Ramon Alejandro), le trio iconoclaste – comme le rappela ce dernier – redéfinissait la position du diable « dans le livre des Etudes carmélitaines que nous étudiions assidûment en nous esclaffant de rire devant l’autorité bafouée de notre sainte Mère défunte ».

Le Dieu cerf, Philippe Le Guillou (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 09 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Contes, Fata Morgana

Le Dieu cerf, Philippe Le Guillou, novembre 2019, ill. Loïc Le Groumellec, 104 pages, 18 € Edition: Fata Morgana

 

Philippe Le Guillou se fait scribe de ce fragment d’une légende (presque) dorée. Et l’auteur de préciser : « récitant d’une geste dont je module, à mon tour, les accents et les échos, je ressens pleinement ce passage de l’orée, cet état de panique joyeuse que m’a toujours inspiré la seule profération du mot “lisière” ». Dès lors l’auteur invente la psychologie de son héros. Il vit à l’épreuve de celle-ci. Et habitant son personnage de l’intérieur, il l’imagine « rempli de cette frayeur religieuse qui gagne les nomades sacrés et les pérégrins… ».

Néanmoins l’auteur ne se laisse pas envahir totalement par ce sombre héros proche d’un lointain : « mon personnage appartient à l’Antiquité, c’est un vir que ne tourmentent ni la peur physique ni la fragilité si féminine, c’est un homme accompli, dans la splendeur de sa force, un guerrier, un chasseur ». Celui-ci troue l’éternité. Il montrerait facilement à l’assassin le chemin, et laisse au besoin monter la voix de l’animal. Il sait repérer au sol une trace même lorsque des ogres brouillent les cartes et des prélats moulinent leurs orgues à prières.