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Dansez sans moi, Zeruya Shalev (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 22 Juin 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Israël, Roman, Gallimard

Dansez sans moi, Zeruya Shalev, Gallimard Du Monde entier, roman traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 182 p ages, 20,50 € . Ecrivain(s): Zeruya Shalev

 

En l’espace de trente ans, que s’est-il passé ? Que s’est-il réellement passé ? De quelles reprises ce roman de Zeruya Shalev a-t-il fait l’objet ? Incompris ou mal compris lors de sa première publication, trente ans après il fait écho.

Tout se concentre autour d’une femme et de sa fille. Les premières pages ont été écrites, Zeruya Shalev le rappelle, alors qu’elle venait de déposer sa fille à la crèche et que, alors éditrice, elle attendait un écrivain dans un café : « Chose rare, je me suis retrouvée désoeuvrée, à observer les mères retardataires qui se hâtaient, tirant de petits braillards affolés par l’imminence de la séparation. Comme elles m’ont paru épuisées alors que leur journée ne venait que de débuter ! » (p.9)

Relation à la maternité et à l’écriture au regard de l’autre, des autres qui, plus ou moins insensiblement, appuie, s’appuie ou se détourne, situation aussi d’une femme cultivée citant Baudelaire, non sans humour : « Je n’ai ni père, ni mère, ni frère, ni soeur » (p.18), et faisant aussi référence à la précarité de la situation de son pays : « (…) si bien que vous n’aurez plus besoin de construire votre fonds sur du plomb durci. » (p.18), déclare le mari de la narratrice à un marchand.

Le soldat remémoré, Anjet Daanje (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 08 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Roman, Gallimard

Le soldat remémoré, Anjet Daanje, Gallimard Du monde entier, roman traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, 729 pages, 28€ Edition: Gallimard

 

Un chassé-croisé, une tentative de reconnaissance, ce roman partagé, brimbalant, en faisant la part des choses fait la part belle à la vie rêvée versus la vie réelle, le vécu versus l’invention, le souvenir versus l’amnésie : « C’est comme si son corps appartenait à un autre… » (p.40).

Un soldat sans mémoire cantonné dans un asile pour ceux qui, revenant du front, ne sont plus réclamés, attendus par personne. Amand, c’est son prénom, symbole de douceur et d’affection, « aimé par Dieu », vit depuis la fin de la guerre dans cet asile. Apparemment le moins touché d’entre les « malades de guerre » il fait le lien entre eux, les apaise.

Amand, que l’on appelait Noen à l’asile où il séjourne depuis cinq ans, reçoit comme les autres des visites de femmes-épouses qui n’ont pas renoncé à retrouver leur mari.

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 01 Juin 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Pays de l'Est, Roman

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Gallimard 2006, folio n° 6152, 443 pages. . Ecrivain(s): László Krasznahorkai


Une boucle, une ronde, un rythme oppressant avec une reprise à chaque nouveau chapitre de la phrase terminale du précédent, comme le jeu des Surréalistes et des enfants, un « marabout, bout de ficelle » qui fait ressortir l’enchaînement lancinant ou accéléré des personnages à l’histoire.

Que se passe-t-il dans cette ville fantôme laissée à l’abandon, oubliée, où tout devient poussière, se dégrade, où les monuments tombent d’eux-mêmes, où l’on marche sur des détritus accumulés et les gravats des habitations ?

Un étrange convoi survient et stationne sur la place principale, on y montre en attraction une baleine morte monstrueuse.

La place de cette ville dont on suit quelques-uns des habitants se peuple soudain d’une foule de personnages venus d’ailleurs, attendant l’ouverture des guichets.

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Critiques, Pays de l'Est, Roman, Gallimard

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.

La Ligne, Aharon Appelfeld (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 01 Avril 2025. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, L'Olivier (Seuil), Israël, Roman

La Ligne, Aharon Appelfeld, Editions de L’Olivier, mars 2025, trad. hébreu, Valérie Zenatti, 172 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Erwin Ervin, c’est le prénom du personnage principal du livre, et le vrai prénom de l’auteur.

A bord de trains improbables, Erwin emprunte année après année le même circuit.

Quel est son métier, son emploi, sa quête ? Qui sont ses « associés », ses « collaborateurs » qui sont avec lui de loin ? Qui sont ses « concurrents » ? Quelles affaires se trament tout au long de ce parcours, toujours le même, qu’il refait, partant toujours le même jour de l’année ?

Des gares où presque tout a commencé : « C’est dans cette gare reculée que les Allemands nous ont conduits et abandonnés. (…) Mon étrange vie a commencé ce matin-là, et il me semble parfois que tout est figé dans ce matin. La mort comme la résurrection y sont ternes. Personne n’avait exprimé de joie. Tout le monde était pétrifié » (p.16).