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Articles taggés avec: Ayres Didier

Le Livre jaune, Andreas Unterweger (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le Livre jaune, Andreas Unterweger, éditions Lanskine, trad. allemand, Laurent Cassagnau, mai 2019, 224 pages, 20 €

 

Jeunesse

Pour se plonger dans le livre de A. Unterweger, traduit de l’allemand par Laurent Cassagnau, il faut accepter un voyage en enfance. Mais, même si l’auteur écrit depuis le point de vue d’un garçonnet, nous ne sommes pas pour autant dans un récit jeunesse. D’une part, parce qu’il s’agit d’un récit en fragments, de focales successives sur les activités de l’écrivain en son jeune âge (le sien ?), ce qui requiert une habileté de lecture à ranger du côté de l’adulte, et d’autre part parce que le niveau de langue, notamment des jeux de mots, nécessite une compréhension de lecteur mature. Cela dit, et pour ce qui me concerne, j’ai partagé ces visions fragmentaires avec assez de bonheur, car il y a une vraie légèreté dans ce livre, évitant le côté sombre de l’âge tendre – quand il y a brutalité ou impossibilité de décrire les traumatismes relevant de situations extrêmes par exemple. Donc, ici pas de spectacle morbide. Pas de violence, sinon le passage de l’été ou d’un été à l’autre, pas de situations extrêmes hormis la rencontre d’une petite fille, soudainement, qui incarne le Grand Autre de tout petit garçon.

Ce qui sauterait aux trois yeux d’un Martien fraîchement débarqué, Éric Pessan (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 14 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ce qui sauterait aux trois yeux d’un Martien fraîchement débarqué, Éric Pessan, éditions Lanskine, juin 2019, 56 pages, 13 €

 

Dénoncer

Avec le second volet de mes trois articles consacrés à des parutions récentes des éditions Lanskine, j’ai changé d’univers littéraire et je me suis trouvé dans une poésie plus engagée, plus en relation avec les problèmes (sociaux notamment) de notre monde contemporain, son injustice et sa dureté. Je ne décrirai pas les maux que dénoncent ces poèmes, mais j’essaierai de dire quelques mots cette fois-ci sur la fabrication des poèmes, et sur cela en quoi ils pointent du doigt la petitesse de nos existences d’homme. Le poème devient ainsi un lieu où être ensemble, pour montrer l’irrégularité de nos humeurs, nous qui sommes pris dans les rets d’une société d’aujourd’hui pleine de brutalités et d’inégalités. C’est une poésie de la banalité de nos tourments, devenue lieu de partage des hypocrisies ordinaires, d’une société ingrate, là où le monde ordinaire reste quand même une énigme. On ne sait pas pourquoi l’homme est si mauvais, pourquoi le monde est si mal fait, construit sur tant d’idées arbitraires, de partialité, de scélératesse.

Rivages oubliés, Gebran Saad (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Rivages oubliés, Gebran Saad, éditions Lanskine, mai 2019, trad. arabe, Antoine Jockey, 48 pages, 13 €

 

Le poème spirituel

Je commence avec ces lignes la traversée de plusieurs lectures, à travers trois livres qui ont pris place récemment chez l’éditrice nantaise et parisienne Lanskine. Et, avec beaucoup de bonheur, je découvre la poésie de l’auteur syrien Gebran Saad, traduit de l’arabe par Antoine Jockey. C’est heureux en effet car ce recueil, petit dans son volume, ouvre de larges portes à ce qui fonde pour moi la poésie, c’est-à-dire, l’abandon, et ici plus précisément, l’exil. Et particulièrement, la combinaison d’un exil et d’une conscience spirituelle où se manifeste l’aspect douloureux que le poète et l’homme de foi nouent avec l’état d’exilé, appartenant de gré ou de force à deux situations géographiques, à la double douleur de son ici et maintenant. Cette expatriation due à la guerre, guerre complexe et fratricide, gît dans le cœur du poète comme une blessure intérieure. Mais pas d’images de presse, juste l’expression de la valeur du langage à l’intérieur de la complexité d’une foi, d’une espérance sombre.

L’Atelier de Philippe Desomberg, Carnets, Serge Meurant (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 30 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’Atelier de Philippe Desomberg, Carnets, Serge Meurant, éditions Amis de l’École des Arts, ASBL, 2019

 

Le poème, le corps, la sculpture

Avant d’en venir au contenu du livre lui-même, il faut décrire rapidement ce qu’il est comme objet. C’est un ouvrage au tirage limité, et qui est si je puis dire, un livre cru, dans le sens où il est juste broché, n’hésitant pas à rendre la reliure apparente, le tout imprimé sur un beau papier Conqueror vergé crème, au tirage limité et numéroté. Il accueille plusieurs artistes dont une photographe et cinéaste, un dessinateur et sculpteur, et un poète. Il faut donc avoir à l’esprit une brochure qui recueille des textes et des images. Et le tout sans prétention exagérée, en un recueil très sobre, presque nu disons. Est-ce l’influence des sculptures de Philippe Desomberg et la grande économie de moyens qui servent le poète Serge Meurant, et qui évoquent une forme de grâce de la forme, un moment suspendu entre image et texte ? est-ce l’influence du monde lithique et la « musique » de l’atelier qui obligent à une sorte d’approfondissement, d’appesantissement, de méditation en un mot, sur l’esthétique des œuvres ?

L’Usage de l’imparfait, Maxime H. Pascal (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 24 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’Usage de l’imparfait, Maxime H. Pascal, éditions Plaine Page, coll. Calepin, juillet 2019, 170 pages, 15 €

 

Poésie de la menace

C’est grâce à une écriture acérée, voire acide parfois, que peut se rendre accessible ce livre singulier, lequel, sans doute, est conçu pour être proclamé. Et le mot acidité va bien sous ma plume, car il est question dans le sous-texte de l’ouvrage de la menace qui pèse sur notre planète, et ainsi en partie d’une déploration de « l’acidité » des sols soumis au fracas de la pollution. Bien sûr, ce n’est là qu’une façon de faire avancer ces lignes, sachant d’ores et déjà que le recueil dresse un constat, et que le fond et la forme de cet Usage de l’imparfait se déploient autour des questions du réchauffement climatique, des catastrophes industrielles, de l’accumulation dangereuse des déchets, des méfaits des produits toxiques. L’imparfait est le temps d’une vision d’aujourd’hui qui s’adresse aux temps à venir – ce qui pousse le présent vers le passé – et se comprend comme l’imperfection de nos conduites à l’égard de l’équilibre de la nature. De cette façon, cet opuscule tient ensemble à la description des effets de la pollution, et à engendrer une littérature poétique. Quant à L’Usage, là aussi nous pouvons disserter.