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Articles taggés avec: Ayres Didier

Inventions du souvenir, Silvina Ocampo (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 09 Juin 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Amérique Latine, Les Livres, Poésie

Inventions du souvenir, Silvina Ocampo, éd. des femmes Antoinette Fouque, avril 2021, trad. espagnol (Argentine) Anne Picard, 192 pages, 16 €

 

Hic et Nunc

Intituler cette note de lecture d’une locution adverbiale présentement d’un ici et maintenant, semble décalé et inexact. Mais il me semble que la poétesse a fait revenir son enfance dans le hic et nunc de ses vers. À la fin de ce long poème qui constitue l’ouvrage, autour de 500 vers, je me suis retrouvé incertain. Je m’apercevais, au fil de l’œuvre et grâce à cette espèce d’appareil du désir cherchant à faire jaillir une enfance de petite fille au milieu du poème, je m’apercevais donc qu’ici, nul temps et nul espace ne pouvaient fermer, circonscrire la petite fille dans un espace-temps linéaire, progressif et continu. L’ici et le maintenant faisant glisser pour le coup le lecteur dans son propre espace-temps, dans sa propre enfance. Bien sûr l’arrière-monde de la littérature sud-américaine est présent. On pense notamment à L’Amour aux temps du choléra. Ou encore à Cent ans de solitude. Donc Gabriel García Márquez.

Refaire le monde, Claude Minière (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 07 Juin 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie, Gallimard

Refaire le monde, Claude Minière, Gallimard, mars 2021, 64 pages, 11 €

Poésie plurivoque

Ce petit recueil de poèmes de Claude Minière s’est présenté à moi de manière presque échevelée, hésitante, ironique et ambiguë. Cette poésie joue sur différents genres – au sens musical peut-être. Elle va du mythe à la poésie engagée (pour la défense du climat par exemple), d’un travail très fin vers le registre ironique ; en bref, de l’aria au récitatif, de l’andante au scherzo, de l’ostinato au moderato cantabile. Travail de compositeur tout autant que de tailleur, lequel coud à partir de patron – ici compris comme ton général de chaque poème, qui confectionne des chasubles spirituelles ou des chlamydes venues de la poésie grecque.

La déesse me fait un appel du pied nu

de son pied elle me fait toucher chaque lettre

elle fait d’elle une avance

et je suis son Hermès porteur d’airelles

c’est aussitôt l’herbe verte et les dalles de marbre

les courses folles

Adeno Nuitome, Lola Molina (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 02 Juin 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Théâtre

Adeno Nuitome, Lola Molina, éditions Théâtrales, mars 2021, 60 pages, 10 €

 

La scène, la vie

Aborder un texte théâtral par la lecture est une entreprise ambiguë. Car cette lecture dans un fauteuil présente différemment cette expérience de la scène, de celle du théâtre au sens strict. Avec ce texte de Lola Molina, on reste bel et bien dans le spectacle de la vie, existence physique qui se dessine sous nos yeux. La seule nuance dans cette perception, c’est que l’on déduit de manière diffuse la biographie de l’auteure et la pure fiction ; là tout l’intérêt que j’ai porté comme liseur à cette pièce. En effet, cette impression qui se déduit de la biographie, porte à circonscrire la part vivante de cette espèce de prière d’insérer, c’est-à-dire une citation autobiographique qui flotte au sein du texte, un peu au hasard mais qui, ce faisant, saisit la sève des éléments d’une espèce de confession. Mais ici, pas de recherche de clés, ni de voyeurisme.

De plus, cette pièce tend vers le récit, le micro-récit, sorte de nouvelles denses et fragmentaires. Je crois que l’on est plus proche des pièces en un acte de Tchekhov que des dramaticules de Beckett.

Dans ta voix, tous les visages disent « Je », Serge Ritman (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 31 Mai 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Dans ta voix, tous les visages disent « Je », Serge Ritman, éditions Tarabuste, février 2021, 156 pages, 15 €

 

 

Poétique de l’abstrait

Il m’arrive souvent de choisir, de décider parfois lentement de la bonne clé, d’une certaine clef que je puisse considérer comme le pivot du livre. Je dis « clé », mais il serait plus juste de dire : le dessin dans le tapis. Ou encore, parler d’une idée maîtresse. Ici, avec ce livre, je fus confiné à des impressions de scansions, de télescopages. Je n’ai cessé de ressentir un chaos, non parce que cette poésie serait confuse, mais au contact d’une certaine prosodie que l’on nommerait squelettique, pour paraphraser Jean Genet, d’éléments simples, architecturaux, presque en lutte. Est-ce le travail de l’écriture où se rencontreraient un parapluie et une machine à coudre ? Je ne sais répondre car je n’ai pas épuisé ma sensation.

Dis-moi quelque chose, Yves Namur (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 25 Mai 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Arfuyen

Dis-moi quelque chose, Yves Namur, Arfuyen, mars 2021, 156 pages, 14 €

 

Il s’agit aujourd’hui moins d’accroître nos connaissances

que de nous dépouiller, afin de retrouver

ce que devraient garder toute leur vie les hommes :

une fraîcheur de vision pareille à celle des enfants.

Michel Leiris

Ostinato

J’ai hésité à commencer une recension du recueil de Yves Namur, que publient les éditions Arfuyen, par crainte de compromettre l’intégrité de ce livre. Cette première hésitation se justifie en partie par la variété des points de vue que j’ai portés sur cette lecture. Ainsi, cette phrase répétée qui revient dans les 115 poèmes du volume, ne limite pas le champ de l’explication ni celui de la sensation. J’ai pris cette anaphore comme un rythme musical, un ostinato comme on en rencontre dans le Boléro.