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Dernières répliques avant la sieste, Jean-Pierre Bobillot (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 01 Mars 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Tinbad

Dernières répliques avant la sieste, Jean-Pierre Bobillot, éditions Tinbad, janvier 2021, 88 pages, 14 €

Invention/Intention

Aborder un auteur que je ne connais pas, par un simple de ses livres, lequel est peut-être la continuité d’une écriture susceptible de se développer sur un ensemble plus vaste, laisse un goût d’incomplétude. Cependant, il est possible de tirer certaines conclusions dans telles conditions, propos évidemment à demi-véridiques. Mais, là est le goût pour tout critique : jeter une sorte de fil capable de se saisir d’un poisson soluble. Et ici, au sein d’une composition graphique inventive et en suivant quelques intentions de l’auteur, j’ai distingué une démarcation nette avec toute tentative historique (hormis en relation à Dada).

L’ouvrage se développe selon deux axes : inventer, parce que la langue a subi et subit une inertie qui la leste, et que toutes les littératures du passé ne se conçoivent en définitive que pour être défaites par une autre littérature remplaçant son aînée, écrivain cadet qui s’expose à être lui aussi dépassé par un autre cadet ; ainsi, il faut défaire, pour reconstruire. Puis intentionner, viser par la pensée les structures, les scories accumulées par le temps et les scolastiques, qui gênent l’accès au vif du langage.

Œuvres Tome II, Victor Segalen en La Pléiade (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 22 Février 2021. , dans La Une CED, La Pléiade Gallimard, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Œuvres Tome II, Victor Segalen, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, novembre 2020, 1312 pages, 62,50 €

 

Écrire puis disparaître

Si l’on embrasse la totalité des textes de l’édition de La Pléiade des deux tomes de l’œuvre écrite de Segalen, l’on croise des registres différents : romans – parfois un peu hybrides –, poèmes – qui dépassent le genre en ajoutant par exemple des mises en page nouvelles –, essais – où court sur plusieurs années l’épiage d’un seul mot –, travaux de biographe – sur des sujets où c’est davantage l’absence que la présence de l’auteur biographié qui sous-tend la démarche du poète – ou pages de dossiers non finies, journaux parfois détruits, donc un univers polygraphique d’importance.

Pour moi, ce qui compte davantage encore, c’est que l’on se trouve devant une littérature instable, où la sensibilité est telle qu’elle oblige à une attention plus grande, en partie à cause de cette impression d’un texte plein d’angles, de coins de toits ou de murs, d’arêtes comme celles de pierres votives, de points de fuite qui toujours rappellent que le poète voyage.

Œuvres I, Victor Segalen en la Pléiade (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 11 Février 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Œuvres I, Victor Segalen, NRF, Bibliothèque de La Pléiade, novembre 2020, 1232 pages, 62,50 €

 

Un art de l’approche

Je dois d’abord dire combien la lecture de l’œuvre de Segalen, en tout cas pour le présent du 1er tome que la bibliothèque de La Pléiade lui consacre, en cette édition savante qu’édite Christian Doumet, ouvre des perspectives sur la production textuelle du poète-voyageur, ainsi que sur l’intrigue si vivante et toujours mystérieuse du fonctionnement d’un créateur, et plus largement sur l’esprit créateur. Venant d’achever cette traversée qui suit le parcours chronologique des travaux de Segalen, depuis son Journal des Îles jusqu’aux Odes, dans un premier temps – provisoirement, bien sûr, car je compte poursuivre ma (re)découverte à travers le second tome – mon idée s’est étayée au fur et à mesure, pour buter en dernier lieu sur le texte majeur des Stèles, qui ferme presque le livre. J’ai donc vu nettement comment il devenait poète. À mes yeux, il s’est construit poète, un langage, une forme, une écriture, en allant plus loin à chaque texte, vers la création, création poétique personnelle tendue vers une silhouette, un contour, une architecture nouvelle et novatrice.

Dans les roues, Bruno Fern (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 08 Février 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Editions Louise Bottu

Dans les roues, novembre 2020, 66 pages, 8 € . Ecrivain(s): Bruno Fern Edition: Editions Louise Bottu

 

Possibles et impossibles de l’écriture

Ce qu’aborde ce court recueil de Bruno Fern, tient à une question centrale de la poétique contemporaine. Elle consiste à mettre en crise la représentation du réel. Ou plutôt, cherche à déterminer comment la réalité entre dans l’expression littéraire. Ainsi, une littérature qui pourrait se pencher vers une forme hermétique, qui même si elle n’abolit pas dans son ensemble les principes de certaines écoles, questionne ce qui lui fait son support matériel, cette littérature donc, cherche une place de la chose dite dans le dit, un dit sujet au soupçon dorénavant.

Pour le cas présent, ce texte s’appuie non pas sur une réalité, fût-elle celle d’une course cycliste, mais sur une déambulation au sein du langage lui-même, ce qui pousse l’activité de la bicyclette vers une simple ossature nerveuse. Désormais, avec le bris, l’à-coup, le choc de la coupure, une espèce de caviardage, des ruptures au milieu des strophes, nous allons dans la périphérie, le terrain vague, la banlieue de la littérature savante, là où la prosodie de l’auteur se refuse à la poétisation, à l’effet de discours.

Visions, Arvo Steinberg (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 04 Février 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Visions, Arvo Steinberg, éditions Milagro, 2020, 86 pages, 7 €

 

Voir par l’éclair

Tout de suite, le poète, afin de déployer ses 77 visions, dont certaines sont dédoublées ou triplées…, met en scène un principe rigoureux et digne d’intérêt. Ses visions, parce qu’elles mettent justement en lumière des images, s’incarnent, se solidifient, s’imagent si je puis dire, dans un appareil langagier original. On y trouve des juxtapositions, sous forme très souvent d’associations – qui ne sont hasardeuses qu’en surface –, qui délimitent des aires, des espaces, grâce à un lexique, une nomenclature. Ce sont donc des visions topiques. Ces poèmes qui écrivent par scansions, par délimitations parfois brutales d’un mot à l’autre, par coupures, sont présentés centrés sur la page. On pourrait reconnaître ici un travail à l’américaine, poésie qui utilise la méthode du cut, action qui permet de chercher des nouveaux face-à-face, de nouvelles idées aussi.