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Articles taggés avec: Ayres Didier

Nous qui nous révoltons, Claude McKay (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 02 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie, USA

Nous qui nous révoltons, Claude McKay, trad. (créole jamaïcain) Karine Guerre, trad. (Anglais États-Unis) Gaëlle Cogan, Michaëla Cogan, préf. Diaty Diallo, dir. Matthieu Verdeil, 2026, 208p., 18 €

 

Le poème comme arme

Le travail poétique de Claude McKay est de l’ordre de la novation : à la fois parce que, historiquement, il suit les années de l’après Première Guerre mondiale, et comme précurseur de la lutte des droits civiques et de la fin de l’apartheid aux USA. On y trouve aussi en germe, comme le rappelle le poète Léopold Sédar Senghor, le concept de « négritude » ; c’est dire l’importance de ce livre où Claude McKay, depuis les poèmes de jeunesse jusqu’aux années 30, développe sa prosodie, chant de lutte, chant du combat Noir.

Il faut parler tout de suite de la question de la haine : haine de l’oppresseur blanc ; haine de l’esclavage des Noirs américains ; puis force de progrès pour l’égalité des Américains et des Africains-Américains. Cette haine est une essence, un combustible, et le poète sait qu’il ne faut pas céder à la brutalité, que sa lutte est celle de la profondeur pour l’égalité humaine, et pas simplement dirigée vers le KKK, pitoyables clowns tristes et inhumains.

Ce qui nous sépare du clair, Yves Humann (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 03 Février 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Ce qui nous sépare du clair, Yves Humann, préf. Jean-Christophe Belleveaux, photo. Rosa, éd. de Corlevour, 160 p., 2025, 18€

Je quitte à l’instant le recueil de Yves Humann et me remémore les différents moments où j’ai ouvert cet ensemble poétique qui qualifie pour moi la question du doute existentiel. En effet, ce ne sont pas ici des certitudes, des images fixes, des propos satisfaits, des poèmes conçus pour être convaincants par leur autorité intrinsèque. Non, mon impression reste celle d’un doute radical, sur la qualité de la vie et de la mort, où l’on ne peut que balancer avec les poèmes, avec cependant un espoir lié à l’amour, à la bonté, à la beauté, à l’amitié, qui semblent seuls sur terre éviter un doute général, une tabula rasa cartésienne. Nous sommes peut-être avec Descartes, mais aussi du côté de « l’honnête homme » de Montaigne.

Par ailleurs, le ton assez pessimiste de l’ouvrage, nous ouvre sur Cioran ou sur Samuel Beckett, et parfois nous dirige vers le Tonneau de Diogène. Et par contradiction -, car le poème est plus large que le simple conseil tenu sur le doute -, l’on retrouve David Hume, chez qui les maux de l’homme sont universels et se déduisent des sens de l’être. Cette poésie semble plus grande que de simples préceptes philosophiques, car ils donnent à voir en même temps, oxymore intellectuel, ensemble, la vie et la mort, l’amour et le désir, le vide et le plein, la chanson et le silence.

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 20 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour, éd. APIC, Alger, 200 p., 2025, 17€

 

La poésie est affaire de temps. Et ce livre qui paraît chez l’éditeur algérien, APIC, en est la démonstration physique. Car la souche des poèmes se situe en 1965, or cette réédition de 2025 menée par Habib Tengour ne change pas l’ensemble des textes. Nous sommes témoins d’une espèce d’anamorphose de la durée qui nous donne à voir un poète jeune, dont le dynamisme n’a jamais faibli. La seule chose qui change, c’est l’époque de la lecture. L’on reçoit donc le poème en 2025 différemment qu’en 1965. Cela dit, je vais essayer quand même de donner mon sentiment actuel à propos de ce « nouveau » livre que laisse paraître Habib Tengour.

Tout d’abord, un aspect très net : c’est remuant. Cette littérature pleine de saillies, de petits accidents divers, ramène presque jusqu’à se clore la force du poète sur sa propre vitalité ; devenant un peu énigmatique, car nous donnant à découvrir une expression d’adolescent dans le bon sens du terme (ardeur, élan, vigueur, impulsivité, impétuosité). Oui, une espèce de connaissance de la violence, celle qui est amoureuse des périls. Ce qui frappe, c’est l’énergie, la vivacité, les chocs, l’altérité qui se nichent au milieu même du corps poétique.

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero, gravures, Dominique Kermène, éd. de Corlevour, 110p., 2025, 18€

Monde agreste

 

Tout d’abord le recueil, dès son premier acte, nous parle de Dasein ; d’un « être-là » au monde, une habitation de poète dans le monde. Ici, le monde est agreste, campagnard, végétal et villageois. C’est le livre de la coexistence de la poésie et du paysage, lequel n’est pas conçu comme un tableau, mais comme une entité vivante, meuble, qui naît au sein du langage, dans l’intériorité du poète. Cette campagne n’a rien d’extérieur, elle s’arc-boute dans une langue légèrement lyrique, ce qui veut dire qu’elle agrandit le domaine de l’être, lui donne une ouverture plus grande vers l’abîme intérieur.

Les jours de grand froid, le corps rode en pensée dans le labyrinthe pur-argent des longues marches, le dos cassé sous le poids du silence dans l’ici, chair fendue par les courbatures d’une solitude casanière, vertèbres soudées à la pierre de touche de notre amour.

Mémoire des mots, François Teyssandier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 05 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Mémoire des mots, François Teyssandier, illust. Jamil Boucheqif, éd. Polyglotte, coll. Voix Boréales, 102 p., 2019, 12€


 

Les poèmes de François Teyssandier nous conduisent, nous indiquent un chemin parmi des éléments primaires (l’eau, le feu, l’éther et la terre envisagés par Empédocle), où le poète cherche la profondeur, cherche une langue pour ne pas périr, une langue insondable, une langue où la pensée est claire et pénétrante, où elle est matin, lumière, gaz énivrant.

On se prépare dès le début du recueil à accomplir un périple, une déambulation, une pérégrination pour être plus juste depuis la présence physique de la vie (y a-t-il ici une leçon tirée de Hume ?), l’expression de la nature portée par une langue simple, épurée, sobre et cependant lyrique.