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Articles taggés avec: Ayres Didier

Les Cavales, 2, Hervé Micolet (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 02 Juin 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Les Cavales, 2, Hervé Micolet, éd. La rumeur libre, 236 p., 2025, 20 €

 

Je résumerais l’essentiel du dernier recueil d’Hervé Micolet, tentative profuse et audacieuse, par le terme de plain-chant. Car, ce n’est pas un rhapsode qui écrit, mais un musicien qui compte avec exactitude le rythme voulu du poème, d’un chant à une voix. Les poèmes sont donc résolument tournés vers des formes anciennes ou archaïques. On est davantage à la Renaissance ou l’Antiquité que dans une écriture post-moderne (à moins que cette tentative signifie justement une post-modernité). J’admire le travail dont ce livre fait l’objet, lequel conserve une cohérence et une continuité où l’on devine un labeur important, un travail où chaque strophe pourrait s’apparenter à un neume. Cette « partition » est tournée vers un ailleurs, un autre temps (et l’on sait que l’œuvre d’art met en danger le temps). En bref, c’est une langue voluptueuse et recherchée.

Ils disent qu’il y a un remède, Dorian Masson (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 26 Mai 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Ils disent qu’il y a un remède, Dorian Masson, éd. de Corlevour, 127 p., 2025, 18 €

 

Présence

Dans ce recueil de poèmes de Dorian Masson, nous sommes en face d’une présence. Présence du poète, mais dédoublé bien souvent par la présence d’une aimée, d’un autrui, d’un Autre au sens fort du terme, c’est-à-dire capable de restituer entièrement la présence de l’Autre en soi, de l’imager jusqu’à l’ipséité. Donc, un autre, une autre constitutive de la personnalité de l’identité de soi.

Le recueil mêle l’omniprésence de la personne du poète (avec sans doute un degré de narcissisme qui rend vive cette poésie) au milieu d’une expérience unique de l’amour partagé, unique et qui autorise à juguler la compagnie de l’autre, compagnie à la fois physique et métaphysique, rencontre tout autant physique que sur le papier du poème. Car cette écriture tente de retarder l’heure de l’absence. Que cela soit autour d’un TU que d’un Vous, autrui est un horizon d’attente.

Ainsi Parlait Goethe, Roland Krebs (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 20 Mai 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Arfuyen

Ainsi Parlait Goethe, Arfuyen, trad. allemand, Roland Krebs, bilingue, 190 pages, 2025, 14 €

 

Esprit

Il est difficile de résumer en quelques lignes le massif conceptuel que représente la poésie de Goethe. Je dis cela sans considérer la portée historique du poète allemand ni son importance pour le passage de l’esthétique classique à celle du romantisme. Je ne veux ici que resserrer son importance par un simple mot : esprit. Car à mon sens, sans entrer dans des considérations analytiques ou linguistiques, c’est le mot esprit qui est le plus fort et qui rejaillit le plus fortement dans ses dits et maximes, une pensée ample, concentrée, fine. L’on ressent à cette lecture une impression souveraine de maîtrise de soi, d’une manière de style, un entendement qui se joue des coupures et des contradictions, jusqu’à se condenser dans l’idée, le côté solaire de l’idée platonicienne.

L’âme blessée d’un éléphant noir, Gabriel Mwéné Okoundji (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 05 Mai 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Afrique, Les Livres, Poésie

L’âme blessée d’un éléphant noir, Gabriel Mwéné Okoundji, Préface de Boniface Mongo-Mboussa, Gallimard Poésie, mars 2025, 208 pages, 9,30 €

 

Parole souveraine

Il y a deux manières d’aborder le poème, soit avec parcimonie, avec peu, simplement quelques images fortes, soit avec des croyances vastes, des images nombreuses et une certaine confiance dans la langue, en définitive. Ici, c’est à cette deuxième catégorie que nous avons affaire. Car la prosodie de ce recueil est dense, rassemble et remue des paysages, fait sonner des visions, s’étoffe du monde vivant, totémique, d’une Afrique, peut-être celle de l’enfance, de la vie et des émotions qui deviennent presque étouffantes tant elles sont profuses, épaisses, feuillues, ramassées. De cette abondance, il y a une forme d’échec merveilleux à ne pouvoir dire la totalité. Par exemple, comment Gabriel Okoundji tient plus vaste en son cœur un sentiment pour écrire TOUT de l’Afrique qui l’a constitué, dire un poème en crue débordant de lui-même (un peu à la manière de la phrase de Proust qui ne sait parfois pas sa propre limite).

Labyrinthes, Christopher Okigbo (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 07 Avril 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Afrique, Les Livres, Poésie

Labyrinthes, Christopher Okigbo, Poésie/Gallimard, mars 2025, 224 pages, 10,30 €

 

Vortex

Pure découverte que ce recueil du poète nigérian, Christopher Okigbo. Non pas que pour la couleur locale, les noms toponymiques, ceux des animaux, les descriptions des paysages d’Afrique. Cela ne s’arrête pas là, mais cherche l’union de cultures totémiques et de la poésie occidentale (dans sa version initiale en anglais, ici dans une édition bilingue). Et surtout, le vortex des mots, des images, de l’angoisse, de la mort et de l’espoir politique.

Écrire c’est ouvrir la Boîte de Pandore des inquiétudes nouvelles et qui n’ont jamais été dites. Parole de la mort qui est à la fois essence et unique moment sans nomination. Et au fond de cette boîte gît le pauvre langage humain.