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Articles taggés avec: D'Hérart-Brocard Christelle

Timika, Nicolas Rouillé (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 11 Février 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Timika, Editions Anacharsis, mars 2018, 492 pages, 22 € . Ecrivain(s): Nicolas Rouillé

 

 

Éminemment riche, Timika est un Western politique qui appelle toute la concentration du lecteur, ce sans quoi sa dimension ambitieuse, tant historique que sociologique, voire anthropologique, risque d’égarer le bouquineur désinvolte. D’une lecture exigeante donc, le roman de Nicolas Rouillé propose une description d’une incroyable précision des événements qui ont motivé, marqué et accompagné la colonisation indonésienne de la Papouasie occidentale : si Timika, cette ville minière cruellement convoitée pour son or, fait symboliquement figure de principale héroïne du roman, il est à noter qu’aucun des protagonistes ou victimes de cet impérialisme aux conséquences tragiques n’est écarté du récit, d’où un foisonnement de personnages dont l’importance singulière montre bien leur étroite intrication dans l’Histoire.

Lola, Melissa Scrivner-Love (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 04 Février 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Seuil

Lola, octobre 2018, trad. Karine Lalechère, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Melissa Scrivner-Love Edition: Seuil

 

A Los Angeles, dans le quartier sordide d’Huntington Park, Lola fait profil bas devant la bande de gros durs à cuire que sont les Crenshaw Six. Sa qualité de petite amie du chef lui assure un certain statut, dérisoire toutefois en raison de son sexe, mais aussi et surtout une position on ne peut plus stratégique au cœur des magouilles organisées par le gang : véritable fouine, Lola voit tout, Lola sait tout, Lola bénéficie de l’invisibilité que lui confère le sexe faible dans un monde totalement gouverné par la force virile. Lorsque El Coleccionistale Collecteur, fait irruption dans sa piètre « garden-party », organisée pour entretenir les rapports de bon voisinage, et demande à parler à Garcia, l’atmosphère, qui n’était déjà pas tout à fait bon enfant, s’alourdit sérieusement : les femmes s’éclipsent, les hommes gonflent le torse et se parent de leur masque de gravité. L’heure est à la discussion entre mâles. Lola flaire le gros coup. Malgré la peur de commettre une erreur et de se faire démasquer, elle ne se démonte pas et revêt habilement son costume de faire-valoir inoffensif. Transparente et docile, elle propose et distribue cafés et biscuits, sans toutefois perdre une once de ce qui se joue à huis clos dans la buanderie, là où se sont retranchées les têtes pensantes.

Etat d’ivresse, Denis Michelis (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 30 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions Noir sur Blanc

Etat d’ivresse, janvier 2019, 140 pages, 14 € . Ecrivain(s): Denis Michelis Edition: Editions Noir sur Blanc

Elle est femme, épouse, mère et rédactrice d’un magazine de psychologie. Autant de statuts qui se combinent et façonnent une belle identité, solide et légitime. Mais que se passe-t-il quand l’état d’ivresse vient s’immiscer dans l’engrenage et gangréner tout le système ?

On ne peut plus exemplaire et significatif, le procédé narratif de focalisation interne prend toute son ampleur dans ce court roman de Denis Michelis puisque la narratrice enferme littéralement le lecteur dans son carcan d’ivrogne, sans d’autre perception que celle de ses propres délire et obsession. Hormis les spéculations hors texte auxquelles le lecteur ne manquera pas de s’adonner, il est inutile d’attendre des explications sur les tenants et aboutissants de cette situation. Comme le suggère le titre du roman, l’ivresse est postulée comme un état de fait que la narratrice, qui domine l’appareil discursif, serait bien en mal de justifier. En dépit de cette narration ingénieusement restreinte et resserrée dans le temps (une semaine et quelques jours), il n’est nullement question de l’allocution vaseuse, sans queue ni tête, d’une poivrote en plein délire, qu’il aurait été laborieux de retranscrire et plus encore de déchiffrer. Si confusion mentale il y a, elle se concentre sur le fond et n’entache point la forme. Faut-il rappeler que la narratrice est rédactrice de magazine et par conséquent capable de s’exprimer de manière intelligible ?

La Maison Golden, Salman Rushdie (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 05 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman

La Maison Golden, août 2018, trad. anglais Gérard Meudal, 416 pages, 23 € . Ecrivain(s): Salman Rushdie Edition: Actes Sud

 

Un millionnaire arrogant et ses trois fils, émigrés d’une ville mystérieuse puisqu’il leur a formellement enjoint d’en taire le nom, viennent s’installer dans les « Jardins » cossus de Greenwich Village, à New-York. L’arrivée soudaine de cette famille et de sa livrée haute en couleur sidère et inquiète le voisinage. Chacun observe, commente, suppute et conspire à l’édification du mythe de ceux qui se font appeler : Néron, Petronius, Apuleius et Dionysos Golden. René, le narrateur, un jeune cinéaste ambitieux, se passionne plus que tout autre pour cette intrigue familiale qui vient à point nommé se jouer et se dénouer sous ses yeux, et dès lors constituer une mine d’inspiration inestimable pour son prochain film. Aussi va-t-il se frayer, à force de persévérance et d’ingéniosité, un chemin équivoque dans l’intimité énigmatique du clan Golden, jusqu’à occuper auprès de chacun de ses membres une place aussi singulière que périlleuse et audacieuse. Car à mesure qu’il perce le secret d’un ancien potentat de la mafia indienne ou qu’il spécule sur les ombres de son passé, il prend part, à son insu, à l’effondrement d’une dynastie familiale dont le destin tragique est inscrit dans les noms d’emprunt des principaux protagonistes. L’équilibre du monde est ainsi préservé : à l’arrogance d’un empire gigantesque et malhonnête répond la chute vertigineuse.

Histoire d’un chien mapuche, Luis Sepúlveda (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 10 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Amérique Latine, Critiques, Jeunesse, Contes, Métailié

Histoire d’un chien mapuche, octobre 2018, trad. De l’espagnol (Chili) Anne Marie Métailié, dessins Joëlle Jolivet, 98 pages, 7 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

Il n’en a pas toujours été ainsi mais aujourd’hui, force est de constater que le roman représente un, sinon le genre prééminent dans le paysage littéraire. Faut-il pour autant bouder les autres genres, ceux dits mineurs, tels que la nouvelle, le conte ou encore la poésie ? C’est une question ouverte qu’il serait intéressant de poser à Luis Sepúlveda, ce conteur si talentueux qu’il serait bien capable d’attendrir les âmes les plus endurcies. Histoire d’un chien mapuche fait partie de ces contes merveilleux abolissant naturellement les frontières entre le réel et l’imaginaire sans toutefois verser dans l’écueil d’une littérature dite de jeunesse, tout à fait méritoire, certes, mais qui, comme son nom l’indique, ne serait destinée qu’à un jeune lectorat. Aussi les adultes y trouveront-ils également leur compte, et quel conte !

Le narrateur est un animal, un chien nommé Afmau. D’abord recueilli par Nawel, le jaguar, il est ensuite adopté par les Mapuches, une communauté d’hommes, avec laquelle il vit des jours heureux. Mais Wenchulaf, le chef indien de cette communauté, est tué par des hommes blancs et son clan logiquement chassé du territoire. Capturé par les assaillants, Afmau perd son nom propre et devient « le chien ».