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Articles taggés avec: Fiorentino Marie-Pierre

Les angéliques, Iris Murdoch (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Iles britanniques, Roman

Les angéliques, Iris Murdoch, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Anne-Marie Soulac, Folio, 320 pages, 9,50 euros. . Ecrivain(s): Iris Murdoch Edition: Folio (Gallimard)

 

« L’homme n’est ni ange ni bête,

et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »

Blaise PASCAL

Paru en 1966 sous le titre Time of the angels, tout dans ce roman très sombre finit par démentir l’idée que « les anges sont les pensées de Dieu », comme l’affirme l’un des personnages. Contrairement aux ambiances estivales, aux familles élargies bruyantes, aux baignades dans des eaux parfois improbables à partir desquelles la romancière tisse la plupart de ses romans, celle-ci en appelle ici au brouillard, à la neige pour isoler encore plus le presbytère où se déroule l’intrigue. « Le brouillard imposait silence comme un doigt levé. »

Dans le silence, le roulement régulier du train souterrain ébranle les murs et les nerfs des occupants du lieu. Car le huis-clos se déroule à Londres, comme pour mieux souligner l’anomalie qu’est la réclusion dans laquelle vivent les personnages.

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Recensions, Nouvelles, USA

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent, Héros-Limite, août 2025, 90 pages, 18 euros. . Ecrivain(s): Jim Harrison


La couverture blanche de l’ouvrage, nuages et chevaux à l’encre violette dont les yeux, les naseaux, les crins sont nettement tracés, évoque autant le milieu dans lequel se déroule l’intrigue que le caractère de son héros, Owen, insaisissable par tout autre qu’une personne assez proche pour le rassurer, assez humble pour le laisser déployer librement ses passions.

Tel est Wendell. Admirant son cousin, orphelin à cinq ans et élevé avec lui, dresser une pouliche, Wendell avoue un indéfectible sentiment : « J’ai senti une violente bouffée d’affection et je me suis encore demandé pourquoi cet homme courageux, charmant et amoureux de la vie cravachait aussi dur vers le précipice de la folie. »

La plupart des entreprises d’Owen semblent pourtant réussir, à commencer, dès l’adolescence, auprès des femmes. Wendell, sage et renommé juriste, fidèle à l’ennuyeuse Patricia, en est un peu étourdi : « Cette nature sexuelle des femmes est toujours une énigme pour moi, et j’ai découvert en grandissant qu’Owen la comprenait très bien. »

Dimanches d’août, Patrick Modiano (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 18 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

Dimanches d’août, Patrick Modiano, Folio 1989 (parution en 1986), 186 pages, 7,99 euros. . Ecrivain(s): Patrick Modiano Edition: Folio (Gallimard)


« Toute la journée, je l’attendais, allongé sur le lit de ma chambre.

Le soleil, à travers les persiennes,

dessinaient des taches blondes

sur les murs et sur sa peau. »

Est-ce parce que le narrateur, photographe, a aimé les jeux de lumières sur les murs et la peau de Sylvia que le souvenir que l’on risque de garder du roman est associé à la série de Lucien Clergue, Nus zébrés ? Le héros du roman, en tout cas, a renoncé à devenir artiste, disposé tout au plus à vivre de polaroïds vendus aux touristes de passage sur la Promenade des Anglais. En attendant, il s’est laissé photographier par un confrère et le cliché le représentant lui en rappelle un autre, conservé dans son portefeuille.

Trois sentiers vers le lac, Ingeborg Bachmann (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mercredi, 18 Mars 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Babel (Actes Sud), Langue allemande, Nouvelles

Trois sentiers vers le lac, Ingeborg Bachmann, traduit de l’allemand par Hélène Belletto, Babel, 2006, 275 pages, 9,20 euros. . Ecrivain(s): Ingeborg Bachmann Edition: Babel (Actes Sud)


Nadja, Béatrix, Miranda, Franziska, Elisabeth : à travers ces cinq figures féminines, principales protagonistes des cinq nouvelles de ce recueil paru en 1972 sous le titre Simultan, Ingebord Bachmann explore ce qu’est l’expérience d’être une femme dans l’Autriche des années d’après-guerre. Peut-être serait-il plus rigoureux de préciser « une femme libre » si on admet que cet adjectif ne valorise pas nécessairement le nom qu’il qualifie. Car si pour la personne elle-même, la liberté est une chance de réalisation de soi, elle correspond souvent, à travers le jugement de la société sur les comportements féminins dits libres, à une déviance.

Cette déviance se fait par comparaison avec le modèle social féminin façonné par la société traditionnelle, modèle incarné, dans Aboiements, par le personnage de Madame Jordan. Mère âgée de Léo, un professeur riche, célèbre et ignoblement ingrat, elle a sacrifiée sa vie au bonheur de son fils. Un modèle révolu ?

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 20 Février 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Le Livre de Poche

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon, Le livre de poche, 152 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Le Livre de Poche

 

« Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l’on passait en voiture devant les panneaux d’information touristique du parc régional des Volcans d’Auvergne, on est les derniers Indiens. »

La mère, c’est celle de Pierre, son préféré, mort prématurément d’un cancer généralisé, et de Marie et Jean, de quatre et cinq ans ses cadets. Quand la romancière livre l’histoire de la famille Santoire du point de vue de sa fille, la mère, veuve, est morte depuis longtemps mais elle n’a pas disparu, paradoxalement plus vivante ou du moins plus vivace que ses deux vieux enfants restés célibataires, gardiens d’un temple dans lequel les habitudes tiennent lieu de foi.

Car de la confiance en l’avenir, ils n’en ont pas sauf la certitude que leur destin est scellé dans ce constat de la mère : ils sont « les derniers Indiens », paysans du Cantal qui vivent dans leur ferme comme dans une réserve où la modernité de la fin du XXème et du début du XXIème siècle les a progressivement fait se reclure.