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Articles taggés avec: Sagne André

Au fil du labyrinthe, suivi de Marines résiliences, Silvaine Arabo (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Mardi, 25 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Au fil du labyrinthe, suivi de Marines résiliences, Silvaine Arabo, éditions Rafael de Surtis, février 2019, 100 p. 15 €

 

Le dernier ouvrage en date de Silvaine Arabo, composé de deux ensembles, procède d’une remontée dans le temps. En effet, comme elle l’explique elle-même en quatrième de couverture, « ces textes dormaient dans un tiroir ». Le premier d’entre eux a été écrit à vingt-six ans alors qu’elle venait de perdre sa mère, le second deux ans plus tard pour tenter de se reconstruire. Après une relecture attentive, elle a décidé de les revoir et de les corriger en vue d’une publication. C’est aujourd’hui « cet enfant d’autrefois » qu’elle propose à ses lecteurs.

La mort d’une mère est une expérience traumatisante, un « grand vertige » dit Silvaine Arabo. Une rupture dans l’existence. Le monde est devenu inhabité depuis que la mère l’a quitté. « On ne ressent plus rien comme autrefois » répète la poète, comme pour exorciser une douleur trop intense et qui ne cessera plus. Entrer dans ce deuil-là, c’est comme entrer dans un labyrinthe. Labyrinthe des mots bien sûr, qui s’épuisent à essayer d’exprimer l’inexprimable, mais aussi labyrinthe de l’égarement ressenti devant l’insupportable, l’inexplicable. Un dédale du chagrin et de la perte qui n’a pas de fin.

Lisière trouble des métamorphoses, Jean-Louis Clarac, Françoise Cuxac (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts

Lisière trouble des métamorphoses, Editions du Petit Véhicule, coll. L’Or du temps, octobre 2018, 60 pages, 25 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Clarac, Françoise Cuxac

 

Pour leur dernier livre d’artiste, publié avec soin par les éditions du Petit Véhicule basées à Nantes, dans leur belle collection Galerie Or du temps, le poète Jean-Louis Clarac et la plasticienne Françoise Cuxac nous convient à un bien étrange voyage vers un bien étrange pays, « en lisière trouble des métamorphoses ». C’est en effet dans cet entre-deux, cette frontière précaire et mouvante que se situe le cœur de leur exploration. Chacun avec son moyen d’expression, le poème pour Jean-Louis Clarac, la sculpture par assemblage de différents matériaux naturels pour Françoise Cuxac (végétaux, minéraux, coquillages, insectes, os, plumes, cornes… placés sur des structures grillagées ou des corps de poupées et liés par de la pâte à papier, pâte à modeler ou tissus), ils partent à la rencontre de ce monde des métamorphoses en croisant leur art et leur technique grâce au dispositif mis en œuvre dans l’ouvrage. Intercalées entre les poèmes, les sculptures photographiées, dont chacune porte un titre rappelé en bas à droite, sont accompagnées de l’extrait d’un poème, un ou deux vers le plus souvent, trois plus rarement, en guise de légende. Ainsi confrontés, le mot et l’image entrent en relation sous les yeux du lecteur qui va librement de l’un à l’autre.

Ce lointain de silence, Jean-Louis Bernard (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 29 Avril 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Encres vives

Ce lointain de silence, octobre 2018, 16 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Bernard Edition: Encres vives

 

Le nouveau recueil de Jean-Louis Bernard se déploie comme sur un fil tendu dans l’espace, un fil de silence considéré à son horizon, comme projeté à son « lointain ». Fil suspendu entre un point de départ et un point d’arrivée si l’on veut les appeler ainsi, entre les deux premiers poèmes et le dernier. Parti d’une sorte de bilan, d’un constat (au temps de « nos stridences », nous n’avons rien fait pour prévenir « l’arche de solitude »), comme un regret des occasions manquées et qui « fixe » la situation du poète lui-même (« à terre perdue / je compte les collines »), le recueil aboutit dans son dernier poème à une sérénité nouvelle, une forme d’apaisement : un autre silence s’ouvre alors, un « silence des mots / échappés de leur cage », où « la parole s’absente ». Un passage du « silence diluvien à recoudre » au « silence étiré », jusqu’à ce point d’aboutissement que constitue l’amnésie, qui se fait au prix d’une tension, d’une évolution en tout cas, peut-être d’une transformation.

A l’ordre de l’oubli, Jean-Louis Bernard (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 15 Avril 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

A l’ordre de l’oubli, éd. Alcyone, coll. Surya, 2016, 72 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Bernard

 

« D’où vient qu’au souvenir son souvenir s’oublie ? »

Jean de Sponde, Sonnets de la mort, I, 8

 

Le titre du recueil de Jean-Louis Bernard sonne comme un programme ou un projet, peut-être comme une profession de foi. Ouverture apparemment paradoxale pour un recueil placé sous le signe de l’oubli, le premier poème est consacré à la mémoire, qui constitue à première vue son exact opposé. Mais il s’agit d’une mémoire à double face, qui à la fois fait jaillir les étincelles du souvenir à la manière d’un silex frotté et renaît sans cesse dans ses méandres et ses floraisons, à l’image de la glycine. Si elle peut renfermer en son sein, parce qu’elle manifeste parfois un repli sur soi, de la solitude, suspendue telle une menace diffuse, est-elle capable en revanche, questionne Jean-Louis Bernard, de conserver trace de l’oubli ? Autrement dit, comme le formulent les deux derniers vers du poème, « se souviendra-t-on / d’avoir oublié » ?

Les années sida à l’écran, Didier Roth-Bettoni (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Mardi, 15 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Albums, Les Livres, Critiques

Les années sida à l’écran, ErosOnyx Editions, collection Images, 2017, Aurillac, 135 p., E . Ecrivain(s): Didier Roth-Bettoni

 

En intitulant son dernier ouvrage Les années sida à l’écran, Didier Roth-Bettoni prend pour objet d’étude une période historique particulièrement sombre, qui va du début des années 1980 à l’arrivée des trithérapies en 1996 mais qui se prolonge au cinéma (on verra plus loin par quelles distorsions temporelles) jusqu’à aujourd’hui, puisque cette année même est sorti le très beau film de Robin Campillo, 120 battements par minute.

Il entend à ce propos parler non de toutes les personnes touchées mais d’un groupe spécifique, celui des homosexuels, « qui, plus que tout autre, subit l’impact du sida » (p.17), et du cinéma qui en a résulté, ces « images de nous en ces temps de tempête » (ibid.). Son livre, il souhaite précisément en faire « un mausolée, un mémorial, un tombeau comme on dit en musique, un hommage à ceux qui ont fait ces images » (ibid.).