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Le Diable et Sherlock Holmes, David Grann (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Nouvelles, USA

Le Diable et Sherlock Holmes, Editions du Sous-Sol, mars 2019, nouvelles traduites de l’américain, 452 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Grann

 

Autant le dire d’emblée, ce volume de novellas de David Grann n’a que très peu de rapports avec le pensionnaire du 221b Baker Street à Londres. Certes, la première histoire – qui nous place au cœur des descendants et des fanatiques du détective – raconte la quête aventureuse des documents précieux de Sir Arthur Conan-Doyle. On peut aussi dire qu’une autre nouvelle, Un crime parfait, évoque de loin les énigmes que Sherlock avait à résoudre et ses méthodes d’enquête. Mais pour tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, le lien avec Sherlock Holmes nous a échappé. Par contre, nous avons du pur David Grann, et c’est déjà formidable.

Grann est un cas très particulier dans ce qu’il faut bien appeler la littérature. C’est qu’il n’en fait pas. Si l’on estime que l’acte littéraire est création, fiction, alors les histoires qui sont racontées ici – et plus généralement dans tous les livres de David Grann – ne sont pas littérature car elles sont vraies et rapportées telles qu’elles ont eu lieu, jusqu’au moindre détail. Aucune part à la fiction, rien à voir avec l’exofiction par exemple qui prend des faits réels pour les romancer, les remodeler au gré de l’auteur.

Quand le ciel se déchire, Thomas McGuane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 16 Mai 2019. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Nouvelles, USA, Christian Bourgois

Quand le ciel se déchire (Cloudbursts), février 2019, 667 pages, 25 € . Ecrivain(s): Thomas McGuane Edition: Christian Bourgois

 

Thomas McGuane, on le savait grand romancier. On le savait rattaché au courant dit du Montana et, par conséquent, proche souvent du « Nature Writing » (The Longest Silence (Le long silence, Bourgois), An Outside Chance (Outsider, Bourgois). Le volume qui nous intéresse ici est tout en contraste avec nos certitudes concernant McGuane : des nouvelles, fort éloignées de la tonalité montanienne. Des nouvelles, d’une finesse, d’une puissance, d’une pénétration psychologique de chaque instant.

Le lecteur avisé reconnaîtra évidemment les grands thèmes des romans de McGuane : l’absurdité des hommes, de leur vie et de leur destin. La cocasserie des relations interpersonnelles. Un goût immodéré du surgissement de l’inattendu, de l’invraisemblable, de l’outrance souvent. Et, bien sûr, le tout traversé par un regard ironique, distancié. L’humour de Thomas McGuane tient lieu de passeur littéraire. Il permet à des moments et des tableaux pitoyables et tristes de faire triompher, malgré tout, l’intelligence humaine. Les pitres, les salauds, les pleutres restent, sous la plume de McGuane des êtres intéressants, presque toujours pardonnables. Et les malheurs accentuent encore cette empathie. « Des chasseurs de canards » (un des thèmes récurrents de ce recueil) ouvre, de façon terrible, la galerie des humains trop humains de ce livre.

Le temps des livres est passé, Juan Asensio (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Le temps des livres est passé, éditions Ovadia, mars 2019, 655 pages, 35 € . Ecrivain(s): Juan Asensio

 

Pour quiconque aime vraiment la littérature, la vraie, celle dont l’unique projet est la justesse et la perfection, ce livre est un don du ciel. Juan Asensio, dont on sait la force de travail et le talent qu’il déploie dans son Blog littéraire Stalker*, nous y offre quelques-unes de ses études critiques, plus de soixante au total. Travail de Titan qui fait et qui fera trace dans l’histoire de la critique littéraire.

Le mot est dit, critique littéraire – ce qui semble tirer l’objet de ce livre vers un exercice dont il faut dire qu’il n’existe quasiment plus. Aujourd’hui – les Américains nous ont tendu le mot – on fait des « revues » (reviews) de livres, on dit aussi en français des recensions. De quoi s’agit-il ? D’un exercice de compte-rendu de lecture : de quoi parle ce livre (ah les résumés de livres !), comment c’est écrit, quel en est le degré, non pas d’intérêt mais de plaisir qu’il procure. Le journaliste littéraire aujourd’hui est un bateleur du livre. Les plus intelligents d’entre eux parlent aussi de la situation du livre, de son champ de signification et de son importance littéraire. Les autres se contentent de leur propre plaisir (« J’ai aimé », « J’ai adoré », délayés à l’envi…) brandi comme une preuve de la grandeur du livre traité.

Entretien avec Juan Asensio (mené par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Mai 2019. , dans La Une CED, Les Dossiers, Entretiens

 

La Cause Littéraire :

Malgré sa réputation de virulence, que vous entretenez savamment, Stalker est devenu un incontestable lieu français de la littérature. On s’y agace parfois, souvent on s’y enthousiasme, mais toujours on s’y nourrit grâce à l’intelligence et l’érudition de ses articles. Pouvez-vous nous tracer sommairement l’histoire de ce blog, son origine, ses choix éditoriaux ?

 

Juan Asensio :

Ce blog, je l’ai évoqué plusieurs fois, est né dans la salle des marchés d’une société de Bourse filiale d’une grande banque, en mars 2004. C’est alors qu’éclata l’affaire Dantec : la presse de gauche, pour résumer, tomba sur le romancier comme une frétillante troupe de rats affamés, lui reprochant d’avoir osé discuter (via des échanges de courriers électroniques, a priori privés) avec le Bloc identitaire.

Nuits Appalaches, Chris Offutt (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Avril 2019. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Gallmeister

Nuits Appalaches (Country Dark), mars 2019, trad. Anatole Pons, 225 pages, 21,40 € . Ecrivain(s): Chris Offutt Edition: Gallmeister

 

L’âpreté de ce roman laisse des traces profondes. Dans un Kentucky onirique et désolé, des personnages vivent la tragédie du monde, de la peur, de la violence, de la solitude et de l’amour. Peut-être faudrait-il commencer par le dernier, tant, au cœur de ce trou perdu et de cette histoire plus sombre que la nuit, la lumière qui traverse le récit est portée par un amour éperdu, puissant, invincible.

1954. Dans un monde quasi biblique, fait de solitude, de nature sauvage et de pauvreté, Tucker et Rhonda semblent directement sortis d’une légende édénique. Tout commence par une rencontre improbable, faite semble-t-il sous le regard colérique d’un Dieu jaloux, d’un Iahvé fidèle à lui-même, terrible et sans pitié.

« La foudre naissait de leur friction, comme les étincelles lorsqu’on frotte deux cailloux, et la pluie était une sorte de sang qui s’écoulait des nuages blessés. Il respirait paisiblement. L’orage allait passer et ça ne lui faisait ni chaud ni froid.