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Bacchantes, Céline Minard (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Janvier 2019. , dans Rivages, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Bacchantes, janvier 2019, 106 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Rivages

 

On peut, on doit, commencer en disant que ce court roman – plutôt une novella – est parfait. Parfait comme l’est le stupéfiant braquage qu’il raconte. Minard nous déploie une mécanique narrative dont l’économie et la maîtrise touchent à l’accomplissement absolu.

Un braquage donc, mais comme jamais vous n’en avez lu ni entendu. Trois femmes, tout droit sorties d’un film de Tarantino, ont réussi à pénétrer dans un bunker imprenable, une sorte de Fort Knox plein d’un or rouge et blanc : des centaines de milliers de bouteilles de vin, de flacons de légende, confiées pour longue garde à Coetzer qui a eu l’idée géniale de créer cette caverne hyper technologique à Hong Kong. Cette forteresse contient 350 millions de dollars de vin.

Et dans leur bunker, elles ont pris le pouvoir sur ceux de l’extérieur, policiers et propriétaires du lieu ! Elles tiennent en otages cent mille bouteilles mythiques et tous les « blaireaux » qui tremblent au-dehors. Elles « exécutent », en forme d’avertissement, quelques-unes de leurs « otages » millésimées, les explosent devant les caméras intérieures de surveillance pour mieux boucler encore leur emprise sur la situation.

Et la mariée ferma la porte, Ronit Matalon (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 18 Décembre 2018. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Israël, Roman

Et la mariée ferma la porte, octobre 2018, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 142 p. 15,80 € . Ecrivain(s): Ronit Matalon Edition: Actes Sud

 

Le court roman d’adieu de la regrettée Ronit Matalon, disparue hélas il y a un an, est un trésor littéraire et un formidable cri de femme. On pourrait dire de femme israélienne, tant l’héroïne de cette histoire, Margui (la mariée), associe les détresses diffuses d’une jeune femme confrontée à la perspective d’un destin fermé, et celles d’un pays, Israël, qui vit avec la même peur d’un lendemain impossible. C’est un roman de la fragilité, de l’inquiétude. Pas seulement celle de la mariée qui refuse soudain son destin immédiat, mais aussi celle du marié, Matti, qui, derrière la porte close de sa fiancée, va endosser peu à peu toutes les peurs, tous les doutes, tous les refus de celle qui est enfermée de l’autre côté. Margui, Matti, Ronit Matalon n’a pas choisi ces prénoms si proches par hasard. Ils sont miroirs l’un de l’autre et renvoient, métaphoriquement, aux deux peuples qui vivent, « de chaque côté de la porte », en Israël.

Les Séquestrés, Yanette Delétang-Tardif (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Cette semaine, Les Livres, Roman

Les Séquestrés, L’Arbre Vengeur, 4ème trimestre 2017, 140 page, 13 € . Ecrivain(s): Yanette Delétang-Tardif

 

Si ce court roman – son auteure est surtout connue pour son œuvre poétique – n’est pas à proprement parler épistolaire, il n’en est pas moins scandé, structuré par des missives. Adressées à Gilbert par Barbara. Mais Gilbert ne sait pas qui est Barbara ; il ne l’a jamais vue, n’en a jamais entendu parler avant de recevoir sa première lettre. Elle se dit séquestrée par un homme, quelque part du côté de Quimper. Peu à peu, lettre à lettre, le trouble gagne Gilbert. Plus que le trouble, une fascination vénéneuse qui ressemble à l’amour fou.

Yanette Delétang-Tardif construit son roman sur le fondement même de la mythologie de l’amour en Occident. Il est le lien indestructible qui unit l’un à l’absent. Gilbert aime Fanny – jolie, intelligente, amoureuse de lui –, vient alors l’absente, l’impossible amour avec Barbara, celle qui est de l’autre côté de la parole écrite. A chaque lettre, Gilbert aime moins Fanny, fasciné par l’amour de celle qui n’est pas là, de celle dont il ne sait même pas si elle existe et, au cas où elle existerait, qui elle est. Au début les hypothèses défilent. Une folle ?

Pour une juste cause, Vassili Grossman (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 06 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Russie, Le Livre de Poche

Pour une juste cause, trad. russe Luba Jurgenson, 1050 pages, 12,30 € . Ecrivain(s): Vassili Grossman Edition: Le Livre de Poche

 

Avant l’immense Vie et Destin, Vassili Grossman a consacré un roman de plus de mille pages à la bataille de Stalingrad. C’est une épopée qui alterne les faits historiques de cet épisode crucial de la Seconde Guerre Mondiale et les destins individuels de personnages jetés dans cette tourmente inouïe, sûrement la plus ahurissante de l’histoire des guerres menées par les hommes.

Un roman de guerre ? Assurément, mais la puissance narrative et les modes d’énonciation de Grossman décalent le genre. Sur les trois premiers quarts du livre, le champ de bataille, la ligne de front, sont constamment évoqués par les personnages mais jamais directement présents. Pas de combats, de sang, de morts, de souffrances physiques et/ou morales en direct. Toute la violence du front, qui avance vers Stalingrad, est médiatisée par la narration romanesque. Les personnages, militaires gradés, familles, fonctionnaires soviétiques, sont à l’arrière. Ils sont obsédés par la guerre, ils parlent de la guerre, mais on ne les voit pas faire la guerre. Vassili Grossman a choisi de nous raconter comment la guerre se pose sur les vies, les consciences, les peurs, les amours, les engagements. Et c’est passionnant, scandé par en fond d’écran par la mitraille, l’avancée des Nazis, mais aussi par les convictions et les idéaux bolcheviks.

L’Été des charognes, Simon Johannin (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Allia, Roman

L’Été des charognes, 2017, 140 pages, 10 € . Ecrivain(s): Simon Johannin Edition: Allia

 

Ce petit livre est tonitruant par l’histoire qu’il raconte et par l’écriture explosive et vitriolée de son auteur. C’est une ode à la pauvreté, à la ruralité profonde, à la putréfaction des choses, des animaux et des êtres. Ce petit livre défie toute complaisance à la nature, tout pathos bucolique. Ce petit livre PUE de beauté morbide.

Le jeune narrateur vit dans la ferme de ses parents, quelque part vers le sud de la France. Une ferme est un grand mot. Une bicoque avec trois bouts de terre, branlante, sale, misérable. L’été il passe ses vacances autour, avec ses copains, aussi pauvres que lui, aussi sales. Désœuvrés, ils inventent des jeux. D’étranges jeux qui ont pour décor et objets la pourriture. Au sens propre du terme. Des talus de fumier grouillant de vers, des petits monts d’animaux morts dont sortent, en rivières vivantes, des larves de mouches et autres insectes, les déjections animales et humaines qui se font n’importe où, partout autour de leur ferme.