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Nord, Merethe Lindström (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 26 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Cambourakis

Nord, Merethe Lindstrom, février 2020 Edition: Cambourakis

 

Bien sûr que La Route plane sur ce roman, mais pourquoi pas ? Quand l’écriture est belle et serrée, quand les personnages sont étranges et attachants, quand l’histoire est captivante, on est devant un beau roman. Et prendre modèle sur Cormac McCarthy n’est pas une faiblesse pour cet auteur mais la force de son talent et de son ambition qui nous offre un roman énigmatique et plein de poésie.

La route donc. Celle où chemine le jeune narrateur et son encore plus jeune compagnon – dont le nom sera tout au long du roman « le garçon ». Où vont-ils ? Au Nord. La dévastation du monde les pousse vers ce qui est autre chose qu’un pays ou une région : juste la pointe de l’aiguille d’une boussole, celle qui montre le Nord. Nous ne saurons jamais vraiment ce qu’ils espèrent y trouver mais au moins ils sortent des flots morbides de millions de déplacés qu’un Enfer inconnu a chassé de chez eux dans un monde désolé. C’est la présence du garçon qui donne à ce récit glacé une chaleur d’humanité. Et c’est aussi l’absence d’un chien dont le narrateur a perdu la trace.

September September, Shelby Foote (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 11 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, USA, Gallimard

September September, Février 2020, traduit de l’américain par Jane Fillion, traduction révisée par Marie-Caroline Aubert. 431 p. 21 € . Ecrivain(s): Shelby Foote Edition: Gallimard

 

Ce roman du grand Shelby Foote, son dernier roman en date de 1978, a été publié pour la première fois en français sous le titre de « Septembre en noir et blanc », traduit par Jane Fillion pour les éditions 10/18 en 1985. Il est réjouissant de voir ce bijou réédité par Gallimard/La Noire, avec la traduction de Jane Fillion toujours, revue et corrigée par Marie-Caroline Aubert.

 

Décidément, Shelby Foote ne fait rien comme aucun autre écrivain. Dans ce roman, il s’attaque au genre « polar » mais aucun des codes connus de ce genre ne sont ici appliqués. Si bien que, si ce livre est un polar, alors tous les polars n’en sont pas. A travers l’intrigue qui tient September, September Foote va décliner toutes ses obsessions : le Sud bien sûr, son histoire, ses démons, les rapports entre blancs et noirs, la dérive des petits blancs pauvres vers le crime, les rapports sulfureux entre hommes et femmes et, toujours, en fond de tableau, l’Histoire des USA, la monographie du Delta, la mythologie sudiste.

Le Diable et l’Histoire (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 07 Février 2020. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

« De la Ville, les mourants se lamentent

et l’âme des blessés crie au secours,

mais Eloah n’entend pas la prière !

Au petit jour se lève l’assassin,

Il tue le pauvre et l’indigent

Et l’œil de l’adultère épie le crépuscule

Il se dit : « un œil ne m’aperçoit point ! »

Et il met le voile sur sa face.

Et dans la nuit marche le voleur,

Il perfore, dans les ténèbres, les maisons

Qu’il a repérées le jour (…)

S’il n’en est pas ainsi, qui me convaincra

De mensonges et réduira à néant ma parole ? »

Job. XXIV. 12-25

Et vous m’avez parlé de Garry Davis, Frédéric Aribit (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 06 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Anne Carrière, Roman

Et vous m’avez parlé de Garry Davis, février 2020, 206 p. 17 € . Ecrivain(s): Frédéric Aribit Edition: Anne Carrière

 

Défense et illustration de l’art romanesque.

 

C’est un plaisir de retrouver l’élégance et l’humour du style de Frédéric Aribit. Ajoutez-y une structure romanesque virtuose, qui croise jusqu’au vertige les fils d’une rencontre amoureuse d’une soirée basque et l’histoire d’un personnage pour le moins improbable, Garry Davis, fondateur en 1948 du mouvement pacifiste « Citoyens du monde », et bargeot hyperactif qui va réussir un temps à mobiliser un large public, parmi lesquels des intellectuels de premier rang comme Camus, Gide, Einstein, Sartre, rien moins ! Tricotage narratif qui offre à Frédéric Aribit l’occasion de jouer avec les frontières du réel et de l’imaginaire, de l’essai et de la fiction, avec un doigté qui évoque irrésistiblement le « F for Fake » d’Orson Welles. A la phrase prêtée à Fernando Pessoa : « la littérature est la preuve que la vie ne suffit pas », Aribit répond – épanoui – « la vie est la preuve que la littérature ne suffit pas ». L’essai que Julia, la belle Julia, écrit sur Garry Davis est plus semé d’événements incroyables que la plupart des romans.

Moustiques, William Faulkner (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, USA, Points

Moustiques (Mosquitoes, 1927). Traduit de l’américain par Jean Dubramet. 328 p. 8,80 € . Ecrivain(s): William Faulkner Edition: Points

 

Ecrire, ne serait-ce que quelques lignes, sur un roman de William Faulkner semble toujours être d’une audace présomptueuse. Tant a été dit, écrit, analysé, disséqué sur l’œuvre du maître du Mississippi qu’il peut paraître inutile de dire encore quelque chose. Plus d’audace encore que de dire dans ce propos que le roman considéré est, probablement, le moins grand de son auteur. Mais le « moins grand » Faulkner ne serait-il pas aussi un grand roman ?

Un bateau de loisirs, la Nausicaa, en croisière sur un lac (probablement le Pontchartrain, jamais nommé dans le roman), appartenant à une grande bourgeoise créole, Mrs Maurier, emmène pour une croisière de quelques jours une bande de personnages « Bourgeois Bohêmes » – déjà – artistes, mécènes, jolies filles, bourgeois sudistes de la Jet-Society orléanaise. Croisière qui s’avèrera mouvementée mais surtout un moment d’échanges vides entre personnages qui ne le sont pas moins. Amour, argent, succès, déceptions – l’occasion est rêvée pour ces gens de trimbaler leur égocentrisme, de se l’envoyer à la figure à longueur de temps, dans une joute permanente lors de laquelle les « passions tristes » spinoziennes vont tenir la barre.