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Articles taggés avec: Crahay Delphine

Laura Willowes, Sylvia Townsend Warner (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 06 Avril 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Joelle Losfeld, Iles britanniques, Roman

Laura Willowes, Sylvia Townsend Warner, janvier 2020, trad. anglais, Florence Lévy Paoloni, 224 pages, 5,10 € Edition: Joelle Losfeld

 

Sylvia Townsend Warner (1893-1978) était romancière et nouvelliste, poétesse et musicienne, excentrique et éprise de liberté. C’est de son premier roman, publié en 1926, réédité chez Joëlle Losfeld en 2007 et à présent épuisé, dont il sera question ici.

Laura Willowes, son héroïne, est au début du roman une jeune femme insignifiante de la bourgeoisie anglaise. Enfant docile et insouciante, elle est brusquement jetée dans l’âge adulte par la mort prématurée de sa mère, et devient une maîtresse de maison tout à fait convenable. Elle serait un beau parti… si elle était mariable – or il se trouve qu’elle ne l’est guère. Des lectures peu orthodoxes – pour une jeune femme de son milieu et de son temps, s’entend – et pour lesquelles elle a toujours joui d’une rare liberté, un vif intérêt pour les simples et le brassage, une passion pour les fleurs, une propension à la rêverie et un goût pour la solitude « l’ont jetée hors du monde », comme le souligne Geneviève Brisac dans la préface de cette édition. En somme, c’est une excentrique – comme toute famille anglaise se doit, paraît-il, d’en engendrer une – mais du genre introverti.

Pastorale, Aki Ollikainen (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 30 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Héloïse D'Ormesson

Pastorale, Aki Ollikainen, janvier 2020, trad. finnois, Claire Saint-Germain, 144 pages, 16 € Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Pastorale : « œuvre littéraire (poésie, roman, drame) qui relate la vie, les amours des bergers et des bergères dans le cadre conventionnel de la douceur champêtre » (Trésor de la langue française).

Il s’agit bien d’une œuvre littéraire. Il y est question, entre autres, d’un berger, qui partage peut-être avec ceux de la tradition une certaine candeur, de sa vie et de ses amours. Le cadre pourrait, si l’on évacue les connotations du terme et que l’on s’en tient à sa dénotation première, être qualifié de champêtre. Pour le reste, Pastorale n’en est pas une, comme on peut s’en douter : Aki Ollikainen subvertit les codes d’un genre qu’il serait bien malaisé, autrement, de remettre au goût du jour – sauf peut-être dans une certaine veine écolo-post-apocalyptico-décroissanto-minimaliste… qui nous semble suspecte.

Fanny et le mystère de la forêt en deuil, Rune Christiansen (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mardi, 10 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Editions Noir sur Blanc

Fanny et le mystère de la forêt en deuil, Rune Christiansen, janvier 2020, trad. norvégien Céline Romand-Monnier, 240 pages, 19 € Edition: Editions Noir sur Blanc

C’est presque en conteur que Rune Christiansen s’adresse à son lecteur : « Permettez-moi de vous raconter une histoire », écrit-il – et nous permettons bien volontiers, quoique cette formule rhétorique, à la courtoisie désuète et avenante, puisse paraître un tantinet artificielle.

Cette histoire, c’est celle de Fanny, dont la vie est bouleversée par un événement aussi banal qu’éprouvant : à dix-sept ans, un accident de voiture la prive de ses parents. Malgré son jeune âge, elle est autorisée à demeurer dans la maison de son enfance, seule. Le récit semble commencer quelques mois plus tard, un matin, quand un vent violent la réveille et qu’a lieu une rencontre étrange et initiatique. Un cerf, « l’esprit de la forêt », est monté jusqu’à sa chambre à son insu et d’une façon inexplicable. Il finit par sauter par la fenêtre et s’écrase sur le sol. D’un coup de hache ferme et sûr, Fanny expulse de son corps brisé ce qu’il y reste de vie. Rien ne change, pourtant, et c’est seulement plus tard, pendant la dernière année de lycée, qu’un cycle nouveau s’initie : la jeune fille est réveillée par de brusques bourrasques qui semblent annoncer le terme du temps « laborieux et en suspens » où elle languissait.

Des trottoirs et des fleurs, André Dhôtel (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 02 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Roman

Des trottoirs et des fleurs, André Dhôtel, 336 pages, 9,10 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Il semble – fors une confrérie de happy few à laquelle nous prétendons appartenir – qu’on ait oublié André Dhôtel. Il est certain qu’on a tort.

Il a écrit, entre les années 30 et 80 du siècle passé, une quarantaine de romans, de nombreuses nouvelles et des poèmes. Tous sont désuets, inactuels et intemporels à la fois, dotés d’un charme – au sens magique du terme, si l’on nous passe cet adjectif vague et galvaudé qui, ici, est juste – d’un charme donc, puissant quoique subtil – et sans doute imperceptible, donc inexistant, pour beaucoup. Dhôtel est aussi l’auteur d’articles et d’ouvrages critiques, notamment sur Rimbaud, mais aussi sur des écrivains délaissés, qui sont de la même race que lui : Charles-Albert Cingria, Jean Follain, Henri Thomas, pour ne citer qu’eux.

À notre grand dam, la plupart de ses œuvres sont épuisées. Certains titres ont été réédités dans les années 2000, chez Phébus, Gallimard, Horay, Fata Morgana et La Clé à molette, mais plusieurs d’entre eux sont déjà indisponibles – raison supplémentaire de scruter les rayonnages des bouquinistes, dans l’espoir – souvent vain – d’en trouver un que nous ne possédons pas encore. Parmi ces œuvres, Des trottoirs et des fleurs, dont il sera question dans cette chronique.

Au bord du monde, Frédérique Dolphijn (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Jeudi, 27 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Au bord du monde, Frédérique Dolphijn, éd. Esperluète, novembre 2019, 176 pages, 18 €

 

Fêlures

Mon Rêve est un lieu de vacances banal : un gîte à la campagne, non loin d’une forêt. Il accueille successivement Yann, Clarisse et leurs triplés ; Bernard, Sarah et leur nourrisson ; Nico Mangalini et Elisée, sa nouvelle maîtresse. Tous rêvent d’un séjour qui ressoude, restaure, régénère : Yann et Clarisse aspirent au repos et à la symbiose familiale ; Bernard espère renouer avec sa compagne une intimité perdue depuis la naissance de l’enfant ; Nico Mangalini, séducteur compulsif et maître fabulateur, s’imagine que la jeune femme pourrait être, enfin, celle qu’il recherche.

Mais Mon Rêve n’en est un que pour sa propriétaire, Madame Lacroix, mégère et marâtre, flanquée d’un simplet – l’Enfant – et d’un mari-paillasson, qu’elle accable de ses acrimonies et sur qui elle semble se venger de sa vie avortée. Pour les autres, ce lieu-personnage agit comme un révélateur des dissonances enfouies, des béances tapies : les couples se défont, les familles se disloquent, les départs sont précipités, les faux-semblants s’estompent et les illusions se dissipent.