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Articles taggés avec: Crahay Delphine

Les rues dans l’aurore, André Dhôtel (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 23 Novembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Les rues dans l’aurore, André Dhôtel, éditions Sous le Sceau du Tabellion, octobre 2020, 432 pages, 19 euros

 

Les rues dans l’aurore, quatrième roman d’André Dhôtel, est un de ceux qu’il préférait. Publié en 1945, il n’avait pas encore été réédité : grâce aux éditions Sous le Sceau du Tabellion, c’est chose faite.

Georges Leban est un menteur : rien n’est plus vrai – rien n’est plus inexact. Comme souvent dans les romans d’André Dhôtel, il y a un hiatus entre le jugement de la société, univoque et sans appel, et la paradoxale complexité des personnages, qui manifeste, plus encore qu’une opposition, une différence foncière et irréductible entre deux visions de l’existence aussi bien que de l’être humain.

J’entends des regards que vous croyez muets, Arnaud Cathrine (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mardi, 17 Novembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Folio (Gallimard)

J’entends des regards que vous croyez muets, Arnaud Cathrine, Gallimard Folio, novembre 2020, 192 pages, 6,90 €


L’écrivain est – entre autres – celui qui observe et imagine tout à la fois : c’est ce que fait Arnaud Cathrine dans J’entends des regards que vous croyez muets, recueil de fragments qui doivent leur beau titre à Racine : c’est un vers de Britannicus, conjugué au présent au lieu du futur, suivant le conseil d’une amie de l’auteur.

Il s’agit d’une galerie de portraits : ceux de quidams que l’écrivain a croisés dans la rue, son voisinage, des restaurants, des cafés… – quand ces lieux n’étaient pas encore déserts à cause de l’impéritie politique – et qui happent son attention. Ils s’ouvrent le plus souvent sur des notations descriptives puis, de ces instantanés capturés furtivement, Arnaud Cathrine glisse vers la fiction, en inventant les vies de ces inconnus. Çà et là s’intercalent des fragments autobiographiques.

La fenêtre au sud, Gyrðir Elíasson (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mardi, 06 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman

La fenêtre au sud, Gyrðir Elíasson, La Peuplade, 2020, trad. islandais, Catherine Eyjólfsson, 168 pages, 18 €

 

Deuxième volet d’un triptyque sur la solitude dont le premier est Au bord de la Sandá (La Peuplade, 2019), La fenêtre au sud est le journal d’un écrivain qui peine à écrire – ce dont on ne s’étonne guère en lisant son sujet : « l’histoire d’un couple qui se rend dans un hôtel de montagne à l’étranger pour revigorer son union ». Retiré dans une petite maison au bord de la mer, demeure d’un ami séjournant à l’étranger, il mène une vie solitaire dont il consigne minutieusement les menus faits, sur le ton de l’observation.

Dès la première page, une atmosphère sombre, épaisse et lourde est posée : maisons tassées, ciel couvert, brouillard infini, algues amoncelées… jusqu’au narrateur, qui se couvre de glace comme certaines montagnes. Tout est noir, ou gris, et même les éléments a priori anodins – nuit qui tombe, couvercle de la machine à écrire… – accentuent une sensation d’écrasement qui rappelle, l’angoisse en moins, certain couvercle baudelairien.

Les villes de papier, une vie d'Emily Dickinson, Dominique Fortier (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 28 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Grasset

Les villes de papier, Dominique Fortier, septembre 2020, 208 pages, 18,50 € Edition: Grasset

 

Une vie d’Emily Dickinson, et non la vie d’Emily Dickinson, comme l’annonce le sous-titre : l’auteure a pris quelques libertés – c’est bien le moins pour un écrivain – avec la vérité historique – vague épouvantail manchot, baudruche toujours déjà flasque – et ne s’en cache pas : elle précise en note de fin que quelques épisodes de son récit sont « le fruit de son imagination », en espérant qu’on ne parvienne pas à déterminer lesquels – entreprise qui me paraît du reste assez dépourvue d’intérêt.

Car le propos des Villes de papier n’est pas, ou si peu, biographique au sens courant du terme : il s’agit moins de raconter la vie de la poétesse – les faits – que de dérouler le tissu de son existence. Non que les données factuelles soient absentes – loin de là – mais elles ne constituent pas l’essentiel du récit – tout au plus une nécessaire trame de fond. En fait de récit, il s’agit plutôt d’une collection de fragments plus ou moins brefs : notations, évocations, scènes, tableaux, anecdotes…

La Lune bouge lentement mais elle traverse la ville, Corinne Desarzens (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mercredi, 16 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, La Baconnière

La Lune bouge lentement mais elle traverse la ville, Corinne Desarzens, juin 2020, 344 pages, 20 € Edition: La Baconnière

 

La Lune bouge lentement mais elle traverse la ville est un recueil de chroniques linguistiques, chacune consacrée à une langue : l’anglais, le russe, le japonais, mais aussi l’arménien, le géorgien, ou encore le romanche. Ces textes, autobiographiques, racontent les voyages de Corinne Desarzens dans les contrées de ces langues d’élection, ainsi que quelques expériences d’étudiante éternelle et ardemment assidue. Ils rapportent des anecdotes, des rencontres, et constituent une galerie de portraits de locuteurs : professeurs, écrivains, artistes, artisans et quidams. Ils contiennent aussi, et ce n’est pas le moindre de leurs attraits, des fragments de lexique… dont on ne peut faire grand-chose sinon s’étonner, s’enchanter et en ânonner béatement les merveilles, en regrettant que leur transcription phonétique ne suffise pas à faire sonner en notre bouche ignare la juste prononciation, ni à les inscrire dans notre mémoire… On serait presque tenté de s’en servir comme viatique, l’ouvrage et les mots retenus étant plus séduisants et inspirants que les Vocabulaire de survie et autres kits pour touristes enclins au baragouin…