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Les musiciens du Stalag 1A, Olivier Barli (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Jeudi, 11 Avril 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Les musiciens du Stalag 1A, Editions Jourdan, février 2019, 165 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Olivier Barli

 

Aimez-vous Brahms ?

Hector Berlioz affirmait que « La musique et l’amour sont les deux ailes de l’âme » ; Paulina Szmukler a été dotée très jeune de l’aile de la musique. Son fils, Olivier Barli, raconte dans quelles circonstances elle a rencontré l’amour et son futur mari.

Paulina, née à Kiev d’une père polonais, est une jeune pianiste prodige qui a étudié au conservatoire de Varsovie. Ébloui par ses dons, son professeur, qui la compare au grand Vladimir Horowitz l’incite, en plus des nombreuses pièces de Chopin qu’elle travaille, à apprendre aussi « le deuxième concerto de Brahms, l’un des plus difficiles du répertoire romantique ». En 1937 elle participe au prestigieux concours Chopin de Varsovie où seule sa judéité l’empêche d’obtenir l’un des premiers prix. Après l’invasion de la Pologne en 1939, elle se retrouve enfermée dans le ghetto de Varsovie ; elle parvient à s’en évader à l’aide de la complicité d’un médecin et de faux papiers. Mais elle finit par être dénoncée un jour de 1942, « où une grosse voisine polonaise très pieuse, cultivant avec zèle l’art de la délation, sentit qu’une nouvelle proie pourrait s’ajouter à sa liste ». Elle est envoyée à Treblinka.

Fouché, Stefan Zweig (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Fouché, Stefan Zweig, Le Livre de Poche, 2000, trad. Alzir Hella, Olivier Bournac, 288 pages, 6,70 €

 

Auteur de nombreuses biographies, toutes passionnantes, Stefan Zweig est un des écrivains les plus susceptibles de pénétrer le cœur des êtres humains, même si, tel Fouché, ceux-ci en sont dépourvus.

Joseph Fouché reste un des personnages les plus habiles et les plus opportunistes de la Révolution, et il a su traverser tous les régimes qui se sont succédé. Stefan Zweig le décrit comme capable d’avaler « les injures les plus grossières, et, avec un froid sourire, les humiliations les plus pénibles ; aucune menace, aucune fureur n’ébranlera cet homme au sang de poisson ».

Élu député à la convention, il siège dans le parti des plus nombreux, les Girondins. Au moment de voter la peine qui sera prononcée contre Louis XVI, alors qu’il est peu favorable à sa décapitation, il fait le compte des forces en présence ; il en conclut que le roi déchu sera condamné à mort et rejoint sans état d’âme le camp majoritaire.

Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois, par Fabrice del Dingo

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans La Une CED, En Vitrine, Les Chroniques, Les Livres

Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois, Editions de Fallois, août 2018, 320 pages, 18 €

Nul ne connaissait mieux l’œuvre de Proust que Bernard de Fallois. Son Introduction à La Recherche du temps perdu en est la meilleure preuve. Il parle de cette somme romanesque d’une manière passionnée, magistrale et limpide, parvenant à rendre simple et concis ce qui ne l’est pas toujours. Et, surtout, il donne furieusement envie de déguster, ou de relire, les sept volumes qui la composent.

L’auteur évacue en quelques pages la biographie de Proust ; rien ne sert de connaître la vie d’un écrivain pour apprécier et comprendre son œuvre car « les vrais livres sont les enfants du silence et de la nuit » et « l’homme qui écrit, peint ou compose n’est pas celui qui dîne en ville, bavarde avec des amis, leur envoie des lettres ou leur fait des confidences ».

Du côté de chez Swann reçut un accueil tiède et décontenança ses lecteurs. Ce premier volume comporte pourtant le volet le plus célèbre de La Recherche, Un amour de Swann, « un Proust en réduction, un Proust pour ceux qui n’ont pas le temps de lire Proust. (…). Nous rions de Mme Verdurin et de ses fidèles, nous souffrons avec ce pauvre Swann, nous sourions de sa naïveté en le voyant souffrir pour Odette car il est le seul à ne pas avoir compris qu’elle était une demi-mondaine ».

Un tournant de la vie, Christine Angot (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 09 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Flammarion

Un tournant de la vie, août 2018, 190 pages, 18 € . Ecrivain(s): Christine Angot Edition: Flammarion

 

Un tournant de la vie est un livre déconseillé aux personnes qui ont peur du vide : elles risquent d’y laisser leur peau.

Il y a Elle, celle qui raconte l’histoire. Enfin… histoire est un grand mot.

« Depuis une heure j’entendais l’eau couler. Je suis allée dans la salle de bains. Il n’y était pas. Le robinet était fermé ». Le robinet fermé c’est une métaphore sublimée de l’inspiration de l’auteur.

En fait, Elle a entendu Alex pleurer et ça fait un bruit de bain qui coule. Alex est décrit avec une précision balzacienne. « Il avait des dreadlocks » et son père « les traits négroïdes ».

Sors de ce livre Doc Gynéco !

Alex pleure parce qu’Elle a revu Vincent le grand amour de sa vie, un chanteur qui ne prononce jamais une phrase intéressante mais qui lui fait de l’effet. Elle va assister à sa première : « Il s’est assis au piano. Mon sexe a mouillé ». Il mouille, c’est la fête à la grenouille. A moins que Vincent ne joue sur un piano aqueux.

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mercredi, 29 Août 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Iles britanniques, Roman, Jean-Claude Lattès

Les fureurs invisibles du cœur, août 2018, trad. anglais Sophie Aslanides, 592 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): John Boyne Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les fureurs invisibles du cœur, ce sont d’abord celles de Cyril, le narrateur qui dresse un portrait sans complaisance de la société irlandaise des années 40 et des décennies suivantes.

Dés la première scène le ton est donné : enceinte à 16 ans, la mère de Cyril est publiquement bannie et elle doit quitter sa famille et s’exiler à Dublin sans un sou en poche.

Abandonné dès sa naissance, Cyril est confié par une nonne bossue à Charles, un homme d’affaires qui fraude le fisc, et à sa femme, Maude, romancière qui pense que le succès littéraire est vulgaire, ce qui ne l’empêche pas de passer ses journées derrière sa machine à écrire, noyée dans un rideau de fumée car elle grille clope sur clope.

Maude et Charles Avery élèvent Cyril de façon à ce qu’il ne manque de rien mais ne ratent pas une occasion de lui rappeler qu’adopté, il n’est pas un véritable Avery. Et c’est bien le drame de Cyril, il ne sait pas d’où il vient, qui il est, ni pourquoi, contrairement aux autres garçons, il n’aime pas les filles.